Ne me laisse pas s’il-te-plait : la peur de l’abandon au sein du couple

7 mars 2018 dans Couple 754 Partagés
peur de l'abandon

Nous sentir en sécurité peu importe le milieu de notre vie est fondamental pour expérimenter le bien-être, mais c’est encore plus important au sein du couple. S’il y a de la sécurité, la confiance et la protection surgiront, mais si ce sentiment se voit menacé par les fantasmes du passé, les craintes monteront sur scène. Parmi ces dernières : la peur de l’abandon.

L’insécurité provoquée par la crainte d’être abandonné peut complètement miner une relation de couple, surtout lorsqu’elle est le fruit d’une enfance brisée et passée sous silence. Sans le vouloir, ceux qui alimentent cette crainte de manière obsessive peuvent finir par pousser l’autre à confirmer ce qu’ils pensent à cause de leur comportement. Il se peut également que la relation devienne tellement destructrice que les deux membres deviennent prisonniers d’une spirale de mal-être et de souffrance.

Avoir peur que la relation ne fonctionne pas de manière ponctuelle est quelque chose de normal. En revanche, le fait de vivre dans une situation de manque de confiance et d’hypersensibilisation au rejet constante provoque uniquement du mal-être et de l’instabilité. Voyons plus en profondeur ce qu’implique la crainte d’être abandonné.

L’importance du lien d’attachement

Pendant la première année de vie, nous établissons un lien affectif avec notre principal tuteur, ce lien est connu comme l’attachement. Au travers de cette relation et du type de lien que nous construisons, chacun de nous acquière une série de capacités émotionnelles que nous mettrons en application dans nos futures relations.

Le fait que ce lien ne soit pas établi ou ne couvre pas nos besoins physiques et émotionnels peut conditionner l’apparition d’un sentiment d’insécurité, de non-protection et d’un manque de confiance. C’est l’une des causes issues de la théorie de l’attachement pour expliquer le profond sentiment d’abandon que beaucoup de personnes expérimentent même lorsqu’elles sont entourées d’autres personnes qui les aiment. Donnons un exemple pour le comprendre.

lien d'attachement

Un bébé a faim car il n’a pas mangé depuis plusieurs heures. Il ressent une grande activation de son corps et les gestes uniques qu’il manifeste sont l’agitation et les pleurs. Sa mère, en tant que figure principale de soin dans ce cas, capte les signaux qu’il émet et interprète son envie de manger. Pourquoi ? Car elle a appris à détecter ses besoins physiques et émotionnels et à les calmer en entrant en relation avec son bébé. Ainsi, son équilibre physique et émotionnel sera rééquilibré.

Si le bébé vit ce type d’expérience de manière répétitive, il finira par chercher la proximité physique avec sa mère dans le but d’être calmé et d’atteindre à nouveau son équilibre. Plus tard dans son développement, l’enfant sera capable de supporter le mal-être seulement en voyant sa mère s’approcher ou en l’entendant dire « j’arrive tout de suite ». Ainsi, lorsque quelque chose se passera à l’âge adulte, il se calmera en pensant que quelques heures plus tard il sera avec sa famille, son partenaire ou un ami. Son cerveau a appris le fait qu’il peut être calmé et que c’est une sensation permanente.

En revanche, si le cerveau infantile n’a jamais expérimenté cette sensation de calme ou la croyance du fait qu’après un mal-être, un état de tranquillité peut apparaître, le cerveau adulte ne le fera pas non plus. Cette personne ne se sentira pas en confiance dans une relation intime ou de couple car elle n’a pas appris à le faire.

De plus, l’absence de contact et le manque d’attention aboutissent à une production plus importante d’adrénaline dans le cerveau ce qui prédispose à des comportements plus agressifs et impulsifs et à une grande difficulté dans la gestion émotionnelle.

La trace de la blessure émotionnelle de l’abandon au sein du couple

Comme nous le voyons, il y a des blessures comme le sentiment d’abandon qui, même lorsqu’elles sont conscientes, restent gravées profondément en nous et sont capables de conditionner une bonne partie de notre vie. Il y a des situations vécues dans l’enfance qui laissent des traces et qui sont capables de nous détruire de l’intérieur sans que nous ne nous en rendions compte.

Bowbly affirma que les liens affectifs formés au cours de l’enfance persistent comme des modèles dans le monde représentationnel de l’adulte. C’est une affirmation qui coïncide avec les recherches d’Hazan et Shaver. Dans celles-ci, ils montrèrent que le comportement adulte dans les relations de couple se trouvent influencées par les représentations mentales créées à partir de la relation entre l’enfant et son tuteur principal.

Ainsi, la peur de l’abandon au sein des relations de couple trouve racine dans l’enfance. Ce sont les fantasmes du passé qui refont surface, tout comme l’insécurité, afin de nous rappeler qu’il n’est pas digne de recevoir de l’amour et un bon traitement. Généralement, ces pensées apparaissent car le cerveau reçoit un signal d’alarme.

Un mot, un lieu, un comportement ou un souvenir sont suffisants pour activer la situation d’urgence chez la personne qui n’est jamais parvenu à se sentir totalement en sécurité. A partir de là, une accumulation d’émotions et de comportements commencent à se succéder : instabilité, indifférence, tristesse…

blessure émotionnelle

D’autre part, la personne qui expérimente la peur de l’abandon développe généralement une dépendance émotionnelle envers l’autre, en nécessitant son approbation constante. Bien que la relation soit toxique, la personne est dans ces cas là incapable d’y mettre fin ou de prendre de la distance. C’est comme si elle n’était rien sans l’autre et pour le garder auprès d’elle, elle est capable de tout. Tout, excepté la réouverture de ses vieilles blessures.

Dans certains cas, la peur de l’abandon génère une sorte d’addiction à la dévalorisation et à la haine de soi. La personne, en ne se sentant jamais aimée et en sécurité, a besoin de confirmer cette identité. C’est la raison pour laquelle lorsqu’elle trouve de la protection et de la sécurité, elle finit par la dévaloriser et ne pas y croire. Sa réalité est formée par la trace profonde d’un stress post-traumatique non soigné.

Soigner la peur de l’abandon

La peur de l’abandon est une blessure émotionnelle très profonde qui date de l’enfance. Guérir de cette blessure suppose d’accepter et de pardonner le passé pour le laisser s’en aller. C’est un tâche complexe, surtout lorsque la personne n’est pas consciente de son conditionnement en raison de son vécu ou si les défenses qu’elles a construites comme une protection sont trop imperméables. En fait, dans les cas les plus complexes, il est commun d’avoir recours à un professionnel pour aider notamment dans les premiers pas.

Un autre aspect à prendre en compte est le travail de l’auto-estime. Cette dernière est généralement fissurée, voire brisée. En fait, apprendre à se valoriser est primordial pour en finir avec le piège de la dépendance émotionnelle. De plus, avec une bonne estime de soi, il sera beaucoup plus facile de gérer les émotions et les pensées ancrées dans l’expérience passée.

  • Les émotions telles que la colère, la rancœur, la crainte et la tristesse sont très communes chez les personnes qui ont peur d’être abandonnée. Apprendre à diminuer leur intensité, à déchiffrer ce qu’elles veulent réellement dire et à les transformer pour se réinventer est fondamental.
  • Les suppositions et expectatives négatives sont également des éléments à prendre en compte. La majorité du temps, les pensées donnent le pouvoir à nos peurs en les rendant plus grandes. Si nous avons peur que quelqu’un nous abandonne, nous serons plus intéressés par les comportements et les mots de notre partenaire, et nous pourrons même les interpréter de la mauvaise manière afin qu’ils confirment ce que nous craignons.

soigner la peur

Comme nous le voyons, soigner la peur de l’abandon implique une reconstruction personnelle. C’est un processus qui requière du temps et surtout l’apprentissage de la priorisation de nous-même et de la mise en avant de nos peurs. Nous devons réaliser cela sans oublier que souvent, ce que nous croyons observer à l’extérieur est davantage une projection des empreintes de ce qui nous détruit de l’intérieur.

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