Les personnes intelligentes manquent souvent de confiance en elles

9 décembre 2017 dans Psychologie 2686 Partagés
petite fille assise

Les personnes intelligentes sont habituellement plus réfléchies, méticuleuses, dubitatives et incertaines dans leur quotidien. Et, au contraire, les profils les plus arrogants et caractérisés par la surévaluation personnelle sont sûrs d’eux par nature car ils ne pensent pas aux conséquences de leurs actes et ne mesurent pas l’effet de leurs mots. Qui plus est, ils ne se préoccupent pas du mal qu’ils peuvent faire aux autres.

On dit souvent qu’il n’y a pas de bonheur plus profond que celui qui naît de l’ignorance. Nous serons tous certainement d’accord avec cette idée car nous avons tous probablement fait face à cette caractéristique si typique de la stupidité humaine qui fait agir les personnes avec une totale négligence émotionnelle et rationnelle, sans prendre conscience de l’effet de certains comportements.

“L’intelligence d’un individu se mesure à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter.”

-Emmanuel Kant-

Malgré tout, et même si nous savons tous reconnaître “l’ignorant”, celui qui agit avec une fierté marquée, une présomption affolante et une arrogance sans fin, une question apparaît dans nos esprit : pourquoi continuent-ils à avoir autant de pouvoir ? L’historien Carlo Maria Cipolla disait que nous sous-estimons parfois la grande quantité de personnes stupides qui existent dans le monde, mais nous devrions rajouter quelque chose à cette affirmation… Pourquoi la stupidité a-t-elle atteint des quotas de pouvoir si élevés dans notre société ?

Les psychologues et sociologues nous disent qu’il existe un aspect curieux associé à ce type de profil comportemental. Les personnes les plus idiotes bénéficient normalement d’une grande confiance en elles, sont plus véhémentes, plus “bruyantes” et ont la capacité d’influencer les autres à cause de ce type de traits.

Les personnes intelligentes, de leur côté, se caractérisent par une insécurité marquée, une latence de réponse et de réflexion élevée ainsi qu’une discrétion personnelle. Toutes ces dimensions ne créent pas d’impact. Qui plus est, nous vivons dans un monde où l’insécurité continue à être vue comme une caractéristique négative.

enfants dans des ampoules

Les personnes intelligentes ont tendance à se sous-estimer

Nous continuons à avoir une idée un peu erronée sur les personnes intelligentes et, en particulier, sur celles qui présentent un quotient intellectuel (QI) très élevé. Nous les voyons comme des hommes et des femmes compétents, capables de toujours prendre les meilleures décisions ou d’être extrêmement efficaces dans leur travail, leurs responsabilités et leurs obligations quotidiennes.

Cependant, un détail se retrouve à de nombreuses reprises : les personnes intelligentes ont tendance à souffrir d’anxiété sociale. Elles se sentent rarement intégrées dans un contexte déterminé : l’école, l’université, le travail… Ainsi, comme nous l’explique le psychiatre et docteur en neurosciences Dean Burnett, le profil caractérisé par une intelligence élevée se sous-estime de manière constante.

C’est ce qui est connu sous le nom de “syndrome de l’imposteur“, un trouble qui fait que la personne minimise ses réussites et capacités personnelles, jusqu’à miner son estime d’elle-même et sa confiance en elle. Bien sûr, nous ne pouvons pas faire de généralisation car il y a sûrement des personnes avec un QI élevé qui font preuve d’une grande sécurité et qui ont atteint des sommets avec aplomb, constance et efficacité.

Malgré tout, le modèle cité auparavant est très commun : les personnes brillantes ont une perception plus profonde de la réalité, une réalité qui n’est pas toujours facile à assimiler, qui est loin d’être agréable ou digne de confiance.

Face à un monde complexe, plein de contradictions, imprévisible, les personnes intelligentes se perçoivent elles-mêmes comme des figures “étranges” et éloignées de ces environnements. Ainsi, et presque sans qu’elles s’en rendent compte, elles finissent habituellement par se sous-estimer parce qu’elles ne se considèrent pas capables de s’adapter à ces dynamiques sociales.
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petite fille sur un arbre

L’insécurité est-elle réellement une dimension si “négative”?

Nous devons bien l’admettre, la sécurité personnelle attire et nous inspire. Nous aimons ce type de personnes qui sont capables de décider rapidement, de faire preuve d’aplomb et d’une capacité de réaction incroyable en toutes circonstances. Cependant, est-ce vraiment bien d’être toujours aussi “sûrs” de nous ?

La réponse pourrait être “oui mais non”. La clé réside dans la mesure, dans l’équilibre. Si nous citons de nouveau le neuro-scientifique Dean Burnett, il vaut la peine de parler de l’un de ses livres les plus connus : Le cerveau idiot. Il nous y explique qu’en général, les personnes les plus ingénues ou “stupides” sont celles qui affichent un plus grand niveau de sécurité personnelle. Ce sont des profils incapables de reconnaître quand quelque chose ne va pas ou d’appliquer une pensée analytique et réflexive pour juger, au préalable, l’effet de certaines décisions, de certaines actions, de certains commentaires.

Cependant, et c’est là qu’apparaît le point le plus étrange et le plus préoccupant, “la personnalité idiote” connaît normalement une plus grande réussite sociale. Les directeurs, les hauts fonctionnaires ou les politiciens qui font preuve de véhémence, de confiance et de fermeté dans leurs décisions ont ce que beaucoup considèrent comme une “capacité de leadership“. Assumer cela est un véritable danger car, parfois, nous plaçons notre futur dans les mains de personnes incapables d’évaluer les conséquences de leurs actes.

chat sur parapluie

L’insécurité productive

L’insécurité qui nous coince et nous immobilise n’est pas utile. Cependant, l’insécurité qui nous indique quelque chose comme “fais une pause, sois prudent et réfléchis avant de décider” peut nous être précieuse si elle nous aide à prendre une décision et non si elle nous paralyse de façon indéfinie.

Les personnes intelligentes connaissent habituellement de grandes difficultés au moment de gérer cette insécurité car, comme nous l’avons dit, elles présentent une faible auto-estime en plus de certaines de ces dimensions :

  • Elles analysent excessivement chaque fait, événement, mot dit, geste ou attitude.
  • Elles présentent un type de pensée “arborescent”. C’est-à-dire qu’elles passent d’une pensée à une autre, et ainsi de suite, jusqu’à rester  éternellement bloquées dans des états mentaux sans issue.
  • Ce sont des personnes très logiques, qui ont besoin que “tout s’emboîte”, que tout ait un sens. Alors que la vie exige parfois que nous l’acceptions telle qu’elle est, avec ses irrationalités, son chaos, son étrangeté.

Par conséquent, et pour réussir à faire en sorte que l’insécurité ne les isole pas dans l’immobilisme de leurs esprits sophistiqués, il est nécessaire qu’elles apprennent à tolérer les incertitudes, l’imperfection du comportement humain ainsi que le manque de logique de beaucoup d’événements dans le monde.

En plus de tout cela, il est vital que leur intelligence aille au-delà de cette frontière éminemment “rationnelle”, vers cette intelligence émotionnelle qui leur permettrait de cesser de se sous-estimer ou de se percevoir comme des êtres étranges, éloignés d’une réalité qui, même si elles n’y croient pas, a plus que jamais besoin d’elles pour vaincre “le virus de la stupidité humaine”.

Images de Franzesca Dafne

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