Je n’ai pas cessé de t’aimer, j’ai seulement cessé d’insister

12, août 2017 dans Emotions 5248 Partagés

Parfois, ce qui se termine, ce n’est pas l’amour, c’est la patience. Les envies de continuer à raviver un feu qui n’apporte aucune chaleur, de fixer un regard qui n’embrasse pas, de faire des câlins qui ne nous touchent pas s’épuisent. On finit par se fatiguer d’insister, la motivation fond, les illusions se diluent et ne restent alors que les braises de cette dignité que nous ramassons en morceaux, conscient-e que ce n’est pas sa place.

Il est curieux de voir comment certaines personnes, lorsqu’elles consultent un-e professionnel-le pour les aider à surmonter un processus de deuil d’une relation, n’hésitent pas à dire au/à la psychologue : « Aidez-moi à cesser d’aimer mon ex-conjoint, aidez-moi à l’oublier. » Peut-être que beaucoup de thérapeutes aimeraient avoir la formule magique, une technique fabuleuse avec laquelle on pourrait effacer toute lueur de cet amour qui fait mal, ce souvenir mélancolique qui trouble nos journées et rallonge nos nuits.

« Au début, toutes nos pensées appartiennent à l’amour, mais après, tout notre amour appartient aux pensées. »

-Albert Einstein-

Or, un-e bon-ne professionnel-le sait bien que le deuil est une souffrance utile, que c’est un processus lent, mais progressif, qui permet à la personne d’acquérir de nouvelles stratégies de croissance et de ressources pour améliorer sa gestion émotionnelle. Les baumes de l’oubli seraient donc une ressource stérile et peu utile, qui endorment un apprentissage vital, un type de ressource intérieure qui permet de retrouver la prise d’initiatives et les envies d’aimer à nouveau.

Car finalement, personne ne cesse d’aimer d’un jour à l’autre. Ce que nous faisons, c’est cesser d’insister sur quelque chose qui n’en vaut plus la peine.

Les deux deuils dans les ruptures affectives

Il y a des gens qui n’hésitent pas à se comporter ainsi : insister pour recevoir un peu plus d’attention, insister pour que les pensées, les décisions, les peurs, les joies et les complicités se partagent, pour que le temps vécu ensemble connaisse le bonheur et non pas les doutes, le désir authentique et non pas la froideur, les excuses, les regards qui n’esquivent pas… De fait, cette personne qui insiste, nous l’avons tou-te-s été un jour.

Quand on comprend enfin qu’il est préférable de cesser d’insister, c’est là que le premier deuil a lieu, un début de douloureuse réalité qui nous fait ouvrir les yeux face à l’évidence. Cependant, cela nous oblige aussi à passer par une série d’étapes, essentielles, pour mieux clarifier la réalité de ce lien affectif, et enfin finaliser une relation avant qu’elle ne se transforme en un calvaire de souffrances inutiles.

Les étapes de ce premier deuil sont les suivantes :

  • L’émoussement ou l’engourdissement de la sensibilité : il s’agit des situations dans lesquelles nous ne comprenons pas les raisons de certaines réactions, de la distance, de la froideur émotionnelle de notre conjoint ou du pourquoi de ses mensonges.
  • L’aspiration. Dans cette deuxième étape, il est habituel que l’on continue à insister, et qu’apparaissent les biais et les mensonges à soi-même tels que : « s’iel fait cela c’est qu’iel est très stressé-e, car iel est occupé-e, fatigué-e… », « Si je suis un peu plus tendre, peut-être qu’iel m’aimera un peu plus, qu’iel fera davantage cas de moi… ».
  • L’acceptation est la dernière étape de ce premier deuil, un moment essentiel où l’on cesse d’insister face aux évidences claires. Alimenter l’espoir est plus qu’un fardeau, nous le savons, une manière de s’empoisonner lentement et lourdement, sans sens ni logique. Il est donc nécessaire de s’éloigner…

C’est là que débute une phase beaucoup plus complexe : le second deuil.

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J’ai cessé d’insister, j’ai mis de la distance mais je t’aime toujours : le second deuil

Quand nous faisons un adieu définitif et qu’on établit de la distance, nous passons au second deuil. Face à l’irrémédiable, face à ce qui fait mal, face à ce qui effondre notre dignité et anéantit notre auto-estime, l’option la plus intelligente est la distance. Mais, ce qui ne sera jamais possible, c’est la distance sans l’oubli.

« L’amour est si court et si long l’oubli »

-Pablo Neruda-

Nous savons que la simple reconnaissance de « Tout est fini et il n’y plus rien à faire », nous libère de la salle d’attente et des terrains stériles, mais… que faire avec ce sentiment qui jaillit en nous comme un démon insistant ? Le second deuil est plus complexe que le premier, car il est très difficile de découvrir que nous ne sommes pas aimé-e-s ou que nous sommes « mal aimé-e-s ». C’est plus compliqué encore de guérir nos blessures, de survivre et de se réinventer en quelqu’un de plus fort.

Ainsi, sachant tout cela, il est essentiel de donner lieu à un deuil affectif qui s’ajuste à nos besoins, où l’esprit mais également le corps puissent pleurer, assimiler l’absence de l’être aimé et accepter de force -et à contre-cœur- la nouvelle situation sans rancœur, sans colère ni ressentiment.

Ainsi, c’est aussi le moment idéal pour « insister » sur soi-même. Il est temps de s’entêter, de s’alimenter d’espoirs, de se nourrir de nouveaux rêves, même si au début, bien sûr, nous n’y croyons pas. Ce second deuil exige que nous insistions et que nous persistions sur notre propre être, réglant les souvenirs et les anxiétés, trouvant la fréquence parfaite où la nostalgie et la dignité trouvent leur harmonie pour nous permettre de continuer à aller de l’avant, la tête haute.

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Image de Agnes Cecile

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