Mythes et vérités sur l’apprentissage pendant le sommeil

· 18 février 2019
Jusqu'à maintenant, il n'y a que deux faits concrets au sujet de l'apprentissage pendant le sommeil. Premièrement, il est effectivement possible d'apprendre pendant que nous dormons, bien que de manière limitée. Deuxièmement, la science ignore comment cela se produit et pourquoi.

L’apprentissage pendant le sommeil, ou l’hypnopédie, a été fortement encouragé. De nombreuses annonces publicitaires assurent qu’il suffit de laisser « reposer » la leçon pendant que l’on dort et qu’au réveil, cela nous aura permis d’acquérir une série de connaissances. Cela est-il vrai ? Que dit la science à ce sujet ?

L’attrait de cette méthode réside dans le peu d’efforts qu’elle exige pour arriver aux résultats escomptés. Vous apprenez, soi disant, sans faire aucun effort. Et, en théorie, vous apprenez bien : vous finissez par connaître quelque chose de nouveau sans même vous en rendre compte et, en plus, sans heurts ni erreurs. Ceci est considéré comme une panacée pour ceux qui n’aiment pas beaucoup étudier. Vous vous endormez ignorant, et vous vous réveillez connaisseur.

« Toute aide inutile est un obstacle au développement. »

-Maria Montessori-

En tant que sujet publicitaire, il s’agit sans aucun doute d’une technique très attirante. Cependant, en pratique, les choses peuvent être très différentes. Bien que les publicités vantant les mérites de cette méthode se soient fondés sur une base scientifique, elles ont tout de même fini par en surestimer les effets. Voyons ce qu’il en est.

L’apprentissage pendant le sommeil

Tout d’abord, il faut noter que l’apprentissage est un processus via lequel se produit une transformation du point de vue ou du comportement d’une personne, basée sur des expériences acquises. De telles expériences peuvent être de nature physique ou mentale. En définitive et dans tous les cas, après avoir appris quelque chose, la personne n’est plus la même qu’avant.

apprentissage pendant le sommeil

D’autre part, l’apprentissage ne correspond pas seulement à ce dont on se souvient consciemment. La mémoire n’est qu’une partie de ce processus. L’apprentissage génère donc non seulement des souvenirs, mais également des changements d’attitude, dans la manière de faire et de voir la réalité.
Pendant le sommeil, il y a essentiellement deux phases : le sommeil paradoxal et le sommeil non paradoxal. Lors de la première phase, on note la survenue d’un phénomène connu sous le nom de MOR (« Mouvement Oculaire Rapide »). La science a découvert qu’il existe un lien entre cette phase du sommeil et la consolidation de la mémoire. Cependant, ces mécanismes ne sont pas encore totalement compris.
Néanmoins, il a été établi que la mémoire qui se consolide pendant cette phase est la mémoire à long terme. De plus, si la personne est privée de ce temps de sommeil, sa propension à oublier et à stresser augmente. Si une personne reçoit des stimuli externes pendant cette phase, elle ne se reposera pas correctement. Malgré cela, l’apprentissage pendant le sommeil est-il possible ?

Une expérience suggestive

Afin de déterminer si l’apprentissage pendant le sommeil est possible, une expérience a été menée au Weizmann Institute, en 2014, qui a par la suite été publiée dans Nature Neuroscience. L’expérience portait sur l’apprentissage par conditionnement. On a fait écouter à des volontaires endormis des sonneries à différentes tonalités, et dans le même temps diffusé à plusieurs reprises une odeur dans la pièce où ils dormaient, jusqu’à ce que ce stimulus olfactif soit finalement supprimé.

expérience sur l'apprentissage pendant le sommeil

 

Le lendemain, certains membres du groupe ont été consciemment soumis au stimulus sonore. Il en a résulté que presque tous ont eu l’impression de sentir l’odeur qui y avait été associée lors de l’expérience alors même qu’elle n’était pas réellement présente. En un mot, ils avaient « appris » à associer deux stimuli pendant qu’ils dormaient.

Cela nous amène à la conclusion qu’il est possible de générer un certain type d’apprentissage pendant le sommeil, mais avec des limites bien précises. L’expérience a généré un apprentissage totalement mécanique, sans rationalisation. Aucun des participants de l’expérience ne s’est rappelé de ce qu’il s’était passé la nuit précédente. De même, au fur et à mesure de l’expérience, ils ont cessé d’associer le son et l’odeur. Par conséquent, il a été question d’un apprentissage basique et éphémère.

Conclusions partielles

Les scientifiques du Weizmann Institute ont été surpris de découvrir que l’apprentissage pendant le sommeil, bien que limité, avait été possible au cours de phases autres que celle du sommeil paradoxal. Apparemment, le cerveau serait plus réceptif aux stimuli externes pendant cette phase, et pourtant, l’expérience a prouvé le contraire.

Il est vrai qu’il y a encore bien des choses que nous ignorons à propos du rêve. Ce qui est sûr et que l’on sait en revanche, c’est qu’il s’agit d’un processus fondamental pour l’être humain. Lorsque nous dormons, notre cerveau effectue une sorte de nettoyage en éliminant les données inutiles et en consolidant celles qui sont importantes. Par ailleurs, lorsqu’on ne dort pas bien, des conséquences négatives pour la santé peuvent se présenter.

Jusqu’à présent, il n’y a aucune preuve attestant d’un réel apprentissage pendant le sommeil, du moins sur des sujets qui exigeraient un raisonnement. Nous n’avons pas non plus de certitudes quant à la durée et à la portée de tout autre apprentissage qui se produirait pendant le sommeil. Par conséquent, du moins pour le moment, il nous faut continuer à apprendre de manière traditionnelle !

 

Cherdieu, M. (2014). Effet du sommeil sur un apprentissage implicite : transfert vers une memoire explicite?Thèse.