Moon

24 août, 2020
Moon est un film qui s'inspire de la science-fiction du passé, avec un rythme moins soutenu pour s'interroger sur des questions importantes. Loin du point de vue progressiste de la carrière spatiale, il envisage la Lune comme le dernier recours pour la survie de notre espèce.

Jusqu’en 2009, Duncan Jones était sans doute un parfait inconnu pour beaucoup de monde. Pour d’autres, il était tout simplement le fils de l’inoubliable David Bowie. Néanmoins, il s’est fait connaître cette année-là grâce à une oeuvre incroyable : Moon. 

Loin de suivre les pas de son père, Jones décide de se consacrer à une autre branche artistique : la direction cinématographique. Diplômé en philosophie et avec un doctorat en poche, il décide de bien se former dans le domaine du cinéma. C’est comme cela qu’il arrive à son première long-métrage en 2009.

Beaucoup de personnes penseront sûrement que –de par ses origines, il posséderait un carnet d’adresses étoffé et qu’il pourrait se permettre de faire le grand pas vers le cinéma. Certes, il aurait pu prendre le nom d’artiste de son père et essayer d’obtenir des financements importants. Il a néanmoins choisi d’être simplement Duncan Jones et de s’appuyer sur un budget relativement limité.

Malgré cela, Moon a dépassé les attentes et les bénéfices ont été surprenants. Le film a conquis le Festival de cinéma de Sitges et a obtenu plusieurs prix tels que celui de meilleur film indépendant de 2009.

Moon : science-fiction

On pourrait penser que seuls les grands producteurs d’Hollywood sont capables de faire de la science-fiction, que la seule manière pour le genre sont les effets spéciaux spectaculaires et les budgets impressionnants auxquels nous ont habitués les grandes productions.

Moon s’éloigne de tout cela pour nous présenter une oeuvre de science-fiction intime, qui se penche sur des questions métaphysiques et inhérentes à l’être humain. Avec à peine un acteur et des ressources limitées, nous avons un film plus lent, simple et introspectif mais élégant et comportant des questionnements intéressants.

Le scénario est simple et pas trop absurde. Il imagine un futur qui pourrait être plus proche que ce que nous pensons. Sur une planète dont les ressources sont épuisées, il faut trouver de nouvelles sources qui, dans ce cas, se trouveront sur la Lune.

Le satellite s’est converti en une exploitation minière et l’entreprise Lunar Industries y enverra l’un de ses astronautes, Sam Bell, pour une mission de 3 ans.

Bell est chargé de contrôler les pelleteuses qui extraient le matériel nécessaire pour générer de l’énergie sur la Terre. À sa solitude s’ajoute l’impossibilité de communiquer avec la Terre en temps réel en raison d’une panne du satellite de communication.

L’entreprise a en outre des priorités plus importantes que de rétablir le problème de communication. Bell parvient à communiquer avec sa famille mais uniquement grâce à des messages enregistrés. Sa seule compagnie est celle d’un robot intelligent GERTY qui rappelle à plus d’un HAL-9000 de 2001 : l’Odyssée de l’Espace

D’ailleurs, le film de Kubrick est très présent dans le film de Jones. En effet, on compte plusieurs allusions voire des scènes presque calquées sur le long-métrage qui a redécouvert la science fiction. Mais ce n’est pas seulement le film de Kubrick qui est présent dans Moon ; c’est également des titres comme Alien (Scott, 1979) ou Solaris (Tarkovski, 1972) qui ont laissé leur empreinte dans Moon.

En outre, le film anticipe, en quelque sorte, des films plus récents, tels que Interstellar (Nolan, 2014), Ad Astra (Gray, 2019) voire High Life (Denis, 2018). D’une certaine manière, tout cela nous mène à réfléchir à la manière dont a évolué la science-fiction au fil du temps, et d’une manière plus concrète, celle qui est liée à l’espace.

L’évolution d’un genre dans Moon

Depuis la nuit des temps, l’être humain a regardé le ciel avec émerveillement. Il a observé les étoiles et les astres à différentes fins. L’un des grands pionniers du genre de la science-fiction est La femme sur la Lune (Fritz Lang, 1929).

Le film se divise en deux parties bien différenciées : l’idée du voyage sur la Lune dans un premier temps et dans un second temps, le voyage lui-même. À cette époque, l’homme rêvait toujours des étoiles, de la conquête de l’espace, un scénario qui était vu comme un signe de progrès et d’évolution.

Les années passent et nous arrivons en 1968. À ce moment, Kubrick changera -presque de manière simultanée avec l’histoire même de l’humanité- le cours de la science-fiction spatiale. 2001 : l’Odyssée de l’Espace peaufine les maquettes simplistes de Lang et utilise des effets spéciaux exceptionnels.

Kubrick semble avoir tout anticipé. Il sort son film un an avant l’alunissage. En pleine course vers l’espace, il comprend que peut-être les machines peuvent devenir une menace pour l’Homme. Néanmoins, il finit sur un message d’espoir, d’évolution.

Avec La femme sur la Lune, nous voyions nos rêves devenus réalité. Avec Kubrick, nous assistons à ce que pourrait devenir la course à l’espace qui avait lieu à ce moment précis.

Par conséquent, on peut se demander : qu’est-ce qu’il se passe de nos jours ? Continuerons-nous à rêver les bienfaits de l’espace alors que la course à l’espace s’est avérée un échec absolu ?

En ce sens, Moon nous montre une perspective bien plus amère. Notre monde a été si massacré par l’Homme, dans un futur pas si lointain, que nous nous verrons obligés à retourner dans l’espace. Mais, dans ce cas, ce sera avec l’espoir d’améliorer notre vie sur Terre.

À l’heure du changement climatique, le monde devient inhospitalier et l’espace est notre dernier recours. En outre, l’idée de solitude qui était induite dans les films précédents devient ici plus explicite.

Désormais, l’objet d’étude n’est autre que l’Homme. L’Homme victime de son temps, du mensonge et des grandes entreprises. La science fiction sert d’excuse pour mettre en place une réflexion sur le moment présent. Il n’y a plus de rêverie, il n’y a plus d’espoir ou d’illusion, mais du désespoir.

Une scène dans Moon.

Le contexte de la science-fiction

Dans Moon, la science-fiction est un contexte qui permet des réflexions autour de l’être, des réflexions introspectives mais également vers la déshumanisation du monde réalisée par les grandes entreprises dans lesquelles les intérêts individuels importent peu.

L’esthétique est parfaitement soignée, malgré un budget réduit. L’interprétation est brillamment réalisée par un Sam Rockwell exceptionnel, qui devra faire face à une version plus âgée de lui-même.

Ce point est intéressant. En effet, Jones met devant nos yeux deux hommes qui disent être la même personnes mais qui se trouvent dans des moments différents de leur vie. C’est ainsi qu’apparaît le conflit. C’est l’essence du moi inaltérable, imperturbable ? Est-ce que l’être change avec le temps ou les circonstances ?

Un conflit entre un “moi” âgé et un “moi” plus jeune

Moon nous place dans cette position, un “moi” âgé affronte un “moi” plus jeune avec lequel il aura des différences sur un grand nombre de points. Sans doute, si n’importe qui d’entre nous se retrouvait confronté à un “moi” passé, il se trouverait dans un scénario complexe et rempli de discussions.

Sont-ce deux personnes distinctes ? Est-ce la même personne face à différentes circonstances ? Voilà quelques-unes des questions que se posera le spectateur.

Jones n’a pas voulu cacher l’apparition dans son film de la dichotomie du “moi”. Néanmoins, il est peut-être plus intéressant de se confronter au film dans la plus grande ignorance.

Moon est prévisible dès les premières minutes. Ce n’est pas pour cela qu’il cessera de nous surprendre, de nous accrocher et de nous divertir. Avec un rythme moins soutenu qui contraste avec les grandes productions de la science-fiction contemporaine, Moon dessine un scénario qui ne nous semble pas étrange, qui présente des réminiscences avec la réalité et qui repose sur un huis clos bien soigné.

Sans trop d’action, il pose des questions importantes autour de l’être en démontrant que la science-fiction possède toujours cette composante critique que nous associons tant à la dystopie. En démasquant des pratiques entrepreneuriales abusives, il interroge sur des idées telles que la liberté, la déshumanisation et le progrès.

Tout cela dans un film qui s’inspire des influences et qui les décrit d’une manière élégante mais authentique. Un film qui puise ses origine dans la science-fiction moins soutenue du passé pour s’interroger sur des questions d’actualité.

Sans aucun doute, une vision qui s’éloigne du positivisme des décennies précédentes vis-à-vis de la course vers l’espace, une vision plus tragique dans laquelle l’espace n’est autre que la dernière source de ressources.