L’intelligence dans le monde animal : les corbeaux

29 mars 2019
L'intelligence dans le monde animal révèle des données fascinantes. Les corbeaux, par exemple, sont des oiseaux avertis, capables de planifier, de construire des outils et de résoudre des problèmes de manière logique.

En matière d’intelligence du monde animal, une figure singulière se démarque : les corbeaux. Leur capacité à planifier, à créer des outils ou à inhiber leurs impulsions pour obtenir de meilleurs bénéfices place leur performance cognitive au même niveau que les grands singes. De cette façon, les corvides se présentent sans aucun doute comme ces créatures énigmatiques et fascinantes qui défient notre logique.

Quand Edgar Allan Poe a publié en 1845 son poème Le corbeau, il a choisi de placer son animal prophétique sur le buste de Pallas Athéna, la déesse de la sagesse, de la stratégie et de la science. L’image n’était pas fortuite. Elle représente donc l’une des compositions poétiques les plus révélatrices et les plus frappantes de l’histoire de la littérature.

Pendant des siècles, on a considéré le corbeau comme un animal de mauvais augure. Et ce pas uniquement à cause de son plumage noir. Ce qui nous préoccupe le plus, c’est son intelligence indéniable. Certains corvidés sont mêmes capables d’articuler des mots, par simple imitation humaine.

Lorsque Lewis Carroll a écrit Alice au pays des merveilles, il a soulevé une de ces questions restées sans réponse dans la bouche du Chapelier Fou. « A quoi ressemble un corbeau sur un bureau ? » A ce jour, nous n’avons toujours pas la réponse. Cependant, Carroll aurait eu beaucoup plus de succès s’il avait soulevé une autre question plus intéressante. En quoi les corbeaux ressemblent-ils aux humains ?

Comme le révèlent les scientifiques, les corbeaux sont conscients de leurs capacités. Ils sont capables de résoudre des problèmes de manière logique. Mais aussi de construire des outils.

corbeaux

L’intelligence dans le monde animal : les corbeaux et leur cerveau fascinant

Les grands primates sont très intelligents. Cependant, s’il existe une chose qui prouve depuis des siècles que les êtres humains partagent des espaces communs avec des corbeaux, c’est que bon nombre de leurs comportements sont comparables à l’intelligence humaine. En effet, comme le révèle une étude publiée dans la revue Science et réalisée à l’Université de Lund, les corbeaux présentent des processus cognitifs très similaires à ceux d’un enfant de 8 ans.

La culture corvide et les relations sociales complexes

Le corbeau est l’un des rares animaux à avoir pleinement conscience de lui-même. De plus, dans le groupe des corvidés, les pies ont toujours attiré l’attention des scientifiques sur un aspect fondamental. En effet, elles reconnaissent leur reflet dans le miroir. L’Université de Goethe, par exemple, a appliqué un petit autocollant sur les plumes de ces oiseaux et, dès qu’ils ont découvert cette « anomalie » en voyant leur reflet, ils ont immédiatement procédé à la suppression de cet élément étrange.

De plus, on sait également que les corbeaux forment des groupes sociaux complexes où il existe des leaders clairs et où les décisions sont prises collectivement pour résoudre des problèmes, chercher de la nourriture et même commettre des « meurtres ». Parfois, le groupe peut décider d’éliminer un membre s’il estime que ce dernier n’est ni respectueux ni utile.

Fonctions exécutives et planification

L’Institut de Neurobiologie de l’Université de Tubingen, par exemple, a publié il y a quelques années une série de données de relais sur le cerveau de ces oiseaux.

Le cerveau des corbeaux se compose d’une zone appelée nidopallium caudolatéral qui présente de grandes similitudes avec notre cortex préfrontal. La densité neuronale de cette structure est immense. Cela permettrait donc de montrer que les corbeaux ont une pensée très raffinée et la capacité d’assumer des fonctions exécutives.

En fait, un exemple très classique est celui observé au Japon. Dans ce pays, les corbeaux ont appris à faire ce qui suit : apporter des noix sur les passages pour piétons lorsque les feux sont au vert. Attendre que les voitures les écrasent. Et revenir les chercherDavid Attenborough lui-même en a parlé dans un documentaire.

Construction d’outils

Lorsqu’il s’agit de comprendre l’intelligence dans le monde animal, les mêmes questions se posent toujours : qu’entendons-nous réellement par intelligence ? Un animal est-il intelligent simplement pour avoir démontré un comportement original en matière de recherche de nourriture ? Les scientifiques affirment qu’en plus des fonctions exécutives, il doit exister deux dynamiques supplémentaires : la capacité de construire des outils et la capacité de réprimer les instincts.

Aussi frappant que cela puisse nous paraître, les corbeaux montrent ces capacités. Par exemple, il a été observé que ces oiseaux ont une grande capacité de maîtrise d’eux-mêmes. Ils répriment leurs instincts et retardent la collecte des récompenses s’ils savent qu’ils peuvent à long terme en acquérir davantage. Et ce n’est pas tout ; une étude publiée dans le magazine Science nous explique comment les corbeaux construisent des outils « sophistiqués » pour se procurer de la nourriture. Ils fabriquent en effet des crochets et des poulies, savent utiliser des cordes, etc.

Ce qui fascine le plus les chercheurs, c’est que l’apprentissage des corbeaux ne passe pas par les tentatives et les erreurs. En effet, ils observent et savent très bien quoi faire dès le départ. N’est-ce pas incroyable ? Le Dr Joshua Klein, l’un des plus grands spécialistes de l’intelligence des corvidés, a vu nombre de ces oiseaux garder des pièces de monnaie pour les introduire dans des distributeurs automatiques afin d’obtenir de la nourriture.

 

Notons cependant qu’il reste encore beaucoup de zones d’ombre dans notre connaissance de l’intelligence animale. Nous parlons là d’un domaine regorgeant d’informations merveilleuses et admirables pouvant nous permettre d’en savoir plus sur certaines de ces espèces qui coexistent avec nous. Les corbeaux sont des oiseaux qui nous observent et apprennent en silence nos comportements pour en tirer des avantages.

 

Savage, C. (1997). The intelligence of crows, ravens, magpies and jays. New York: Greystone Books