Les limites de l’amour

· 6 juin 2015

Il n’est pas nécessaire de renoncer à ce que l’on est pour aimer l’autre. Un amour mature, c’est l’union de l’amour pour l’autre et de l’amour propre, sans qu’aucun conflit d’intérêts ne se présente. On doit apprendre à aimer sans renoncer à ce que l’on est.

En amour, certains sont dépendants de l’autre, si bien qu’ils s’oublient complètement eux-mêmes dans leur fusion avec l’être aimé.

Mais une fois qu’ils ont franchi cette limite et qu’ils ne peuvent plus vivre par et pour eux-mêmes, il est bien difficile de revenir en arrière. Ces personnes sont alors prises dans la toile des sentiments et des pensées qu’ils ont créés en parallèle des devoirs assumés.

Dans une relation de couple, l’acceptation et le renoncement à certaines choses sont évidemment nécessaires, puisque pour être en couple, il faut partager une vie affective, et par conséquent négocier un certain nombre de choses.

Mais, cette négociation ne doit pas aller au-delà des limites du « raisonnable », car cela affecterait directement la valeur personnelle d’un des membres du couple, voire le détruirait.

C’est ce qui arrive quand plutôt que d’essayer de négocier, on tente de prendre le dessus sur l’autre. Mais alors, jusqu’où doit-on aimer ?

Comme l’affirme Walter Riso dans un de ses livres, la limite, c’est la dignité, l’intégrité et le bonheur. Parfois, l’amour pour l’autre empêche l’amour de soi, et c’est bien ça le côté obscur de l’amour.

Non pas qu’il faille ne plus donner d’affection à l’autre, mais l’amour ne doit pas suffire à justifier le lien affectif et les coûts moraux, physiques, psychologiques et sociaux qui en découlent.

Et même si on ne peut pas se débarrasser de nos sentiments pour quelqu’un en un claquement de doigts, on peut en revanche mettre fin à une relation destructrice.

Souvent, dans l’oeil du cyclone, le climat en apparence calme et tranquille ne laisse pas entrevoir la tourmente.

La culture de chacun joue un rôle important, et elle est parfois porteuse de clichés sur l’amour et autre relations de couple irrationnelles.

Il s’agit d’idées reçues basées sur des catégories absolues consistant à voir la souffrance comme condition du grand amour, à penser qu’une personne qui ne souffre pas dans son couple n’est alors pas amoureuse de l’autre, ou qu’on ne peut connaître l’amour qu’en se sacrifiant perpétuellement.

Peut-être l’amour est-il absolu et comporte-t-il un certain nombre d’impératifs et de règles, qui l’empêchent de se réinventer. De ce point de vue, la dépendance serait constitutive de l’amour.

Ainsi, si on se trouve de ce fameux côté obscur de l’amour, on peut alors chaque jour prendre conscience de notre chute, voire en arriver à être insensible à la douleur et la souffrance, l’auto-tromperie participant à ce comportement.

Le mieux à faire, c’est donc d’entretenir une relation amoureuse où le « je », digne, permet d’équilibrer l’échange affectif.

Il ne s’agit pas de vivre dans un individualisme égocentrique ni d’exalter une autonomie rigide et catégorique, mais au contraire de s’investir dans la relation en mettant un point d’honneur à entretenir son amour propre.

Dans le couple, vous comptez autant que votre moitié, et vos différences deviennent compatibles et complémentaires.

Plus on s’aime soi-même, plus on a de chance d’aimer l’autre. L’amour qu’on ressent est alors plus mature et plus respectueux.

Ainsi, faire preuve d’un individualisme responsable au sein d’une relation de couple ne présentent que des avantages, tels que le développement humain de la part des deux membres du couple, la stimulation de la réciprocité et la recherche du consensus, la prise en compte des émotions de l’autre, l’inquiétude saine pour l’autre, une communication efficace, et le respect.

L’amour ne marche donc pas à sens unique. En effet, dès lors qu’on donne de l’amour, on en attend en retour. Les relations de couple se nourrissent de l’échange et de l’équilibre.

Rappelez-vous d’une chose : « Pendant que l’on attend de vivre, la vie passe » (Sénèque)