Les personnes égoïstes sont incapables de s’aimer

6 avril 2016 dans Psychologie 137 Partagés

Nous pensons souvent que les personnes égoïstes sont narcissiques. C’est l’idée que ces personnes ne se préoccupent que d’elles-mêmes, qu’elles ne font que se valoriser et s’aimer avant toute chose.

Pourtant, la réalité est bien différente. Les personnes égoïstes ont des difficultés à aimer les autres mais également à s’aimer elles-mêmes. 

Bien sûr, en apparence, une personne égoïste est une personne qui n’est intéressée que par elle-même.

Elle manque de respect et d’intérêt pour les besoins des autres, elle a des liens avec les autres principalement par intérêt, et via les bénéfices qu’elle peut tirer d’elles.

Ces personnes établissent donc des relations qui instrumentalisent les autres pour couvrir leurs besoins, sans tenir compte de leur composant émotionnel.

Cela peut arriver, cependant, par crainte de trop s’impliquer dans les relations et d’en ressortir meurtries, ce qu’elles font véritablement, c’est fuir l’amour.

La personne égoïste n’obtient pas de satisfaction lorsqu’elle donne, et sa préoccupation ne se base que sur l’énergie centrée sur elle-même, et sur l’amour qu’elle se porte. Cependant, tous ces actes montrent qu’elle souffre de ne pas pouvoir s’aimer.

“Elle ne voit pas plus loin qu’elle-même ; elle juge tout le monde selon son utilité ; elle est tout simplement incapable d’aimer. Cela ne prouve-t-il pas que la préoccupation des autres et de soi-même sont des alternatives inévitables ? Il en serait ainsi si l’égoïsme et l’amour de soi-même étaient la même chose. Mais une telle supposition est précisément la supercherie qui a mené à tant de conclusions erronées concernant nos problèmes.”

-Erich Fromm-

Personnes-egoistes

Être égoïste est l’opposé de l’amour propre

On a souvent tendance à confondre amour propre et égoïsme. La personne qui s’aime elle-même est loin de ressembler à une personne égoïste.

Il existe des contextes bien marqués, dans lesquels on fait plus preuve de préoccupation réelle envers soi-même, ainsi qu’envers les autres.

Quand nous nous plongeons dans notre propre connaissance de nous-même, nous commençons à mieux comprendre les autres.

La connaissance de soi est l’unique manière d’être conscient de toutes nos limites et notre manque d’acceptation, et de toutes les peurs sous-jacentes à notre comportement.

“L’égoïsme et l’amour de soi-même, loin d’être identiques, sont réellement opposés. L’individu égoïste ne s’aime pas trop, mais trop peu ; en réalité, il se déteste. Un tel manque de tendresse et de soin de lui-même, qui n’est rien sinon l’expression de son manque de productivité, le laisse vide et frustré. Il sent forcément malheureux et très précoccupé par le fait d’arracher à sa vie les satisfactions qu’il s’empêche de vivre.”
-Erich Fromm-

S’aimer soi-même pour pouvoir aimer

C’est une condition sine qua non : s’aimer d’abord soi-même pour pouvoir aimer les autres.

Écouter ses propres besoins et leur donner la valeur qu’ils méritent, suppose du respect envers soi-même, indispensable pour apprendre à s’aimer.

Prendre en considération nos émotions en les exprimant et en les acceptant fait de nous des personnes plus authentiques, avec plus de facilité à se socialiser avec intimité et confiance.

“L’idée exprimée dans la Bible : “Aime ton prochain comme toi-même”, implique que le respect de sa propre intégrité et unicité, l’amour et la compréhension de soi-même, ne peuvent pas être séparés du respect, de l’amour et de la compréhension de l’autre. L’amour de soi-même est lié coûte que coûte à l’amour d’un autre être.”
-Erich Fromm-

S'aimer

Nous nous trahissons en pensant que nous aimons

Tout comme la personne égoïste est incapable d’aimer, la personne qui est obsédée par les autres, qui se consacre intégralement à ceux qui l’entourent et qui se déconnecte d’elle-même, en est également incapable.

Dans ce cas, on croit que l’on ressent tellement d’amour que l’on est capable de renoncer à ses propres besoins.

Cet exemple est évident chez les mères sur-protectrices et chez les personnes qui s’oublient pour ne prêter attention qu’aux autres, et se mettre à leur disposition dès qu’ils en ont besoin. Ce sont des personnes qui “retournent leur veste” selon les besoins d’autrui et qui se les approprient.

Cette manière d’aimer se trouve chez les personnes désintéressées, qui sont disposées à donner sans retour, et qui aiment les autres plus qu’elles-mêmes.

Cependant, elle est aussi trompeuse que celle des égoïstes, dont on croit qu’ils n’aiment qu’eux. Ces deux manières d’aimer sont une “auto-tromperie” où en fait, on compense exagérément cette incapacité à aimer.

“Il est plus facile de comprendre l’égoïsme en le comparant à la préoccupation avide des autres, comme celle que l’on trouve, par exemple, chez les mères sur-protectrices. Si elles croient consciemment qu’elles font preuve d’une tendresse extrême envers leur enfant, en réalité, elles témoignent d’une hostilité profondément réprimée contre l’objet de leurs préoccupations. Ses soins exagérés n’obéissent pas à un amour excessif de l’enfant mais au fait qu’elles doivent compenser leur incapacité totale à l’aimer.”
-Erich Fromm-

Comme on peut le vérifier chez les personnes égoïstes et chez les personnes qui se négligent elles-mêmes, ce sont deux manières d’être où l’amour envers soi-même n’existe pas, et où, donc, l’amour envers les autres ne peut prendre forme.

“On peut donc en déduire que ma propre personne doit être un objet de mon amour tout comme l’est l’autre personne. Dans l’affirmation de la vie, le bonheur, l’épanouissement et la liberté de soi-même, sont enracinés la capacité à s’aimer, le soin, le respect, la responsabilité et la connaissance de soi. Si un individu est capable d’aimer de manière productive, il s’aime alors également lui-même ; s’il n’aime que les autres, il ne peut aimer de manière absolue.”
-Erich Fromm-
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