Les informations virales : une manipulation cachée

· 7 novembre 2017

Les informations virales sont celles qui atteignent une grande marge de diffusion sur InternetElles circulent presque toujours à travers les principaux réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter. On les appelle « virales » parce qu’elles se comportent de la même façon qu’un virus. Elles passent d’un individu à un autre, comme par contagion, se répandent rapidement et deviennent massives.

En principe, toute nouvelle d’intérêt général ou ayant une importance suffisante devrait devenir virale. Or, parfois, les informations les plus importantes restent à la traîne. En revanche, certaines notes beaucoup moins significatives peuvent atteindre des niveaux d’intérêt et de diffusion insoupçonnés. Le pire étant que beaucoup de ces informations correspondent à des mensonges ou des « demi-vérités ».

« Un journal a toujours le même nombre de mots, qu’il y ait ou non des nouvelles ».

-Henry Fielding-

L’industrie de l’information se base désormais sur des algorithmes sophistiqués pour essayer de mettre à la portée de chaque personne ce qui fait partie de ses intérêts. Chaque fois que vous ouvrez votre session sur un réseau social, vous apportez des informations sur votre identité et ce que vous aimez. Sans en faire la demande, vous commencez à recevoir tous types d’informations, que ce soit parce que quelqu’un les partage avec vous ou parce qu’elles apparaissent dans votre espace virtuel.

De cette façon, vous finissez par savoir que tel chanteur a reçu un baiser passionné d’une fan, qu’une actrice célèbre va divorcer, qu’une autre va se marier ou qu’un footballeur a décidé de changer de coiffure. Sans vous en rendre compte, vous tombez dans un réseau informatif qui a été intelligent au moment de capter votre attention mais qui, au fond, vous offre une information qui ne vous intéresse pas vraiment. Il a réussi à vous faire cliquer sur un lien et vous a fait contribuer à augmenter son business.

Mais comment cet objectif est-il atteint ? Comment peut-on maquiller une information banale et la transformer en information irrésistible ? Nous allons tout de suite vous l’expliquer.

Les nouvelles virales : un marché de gros titres

Diverses études ont démontré que la plus grande partie des lecteurs se concentrent spécifiquement sur le titre et le premier paragraphe des nouvelles pour déterminer si elles les intéressent ou non. C’est quelque chose que connaissent très bien les gens chargés de mettre des titres : ils savent qu’un-e lecteur-trice lira ou évitera une nouvelle en fonction de l’attractivité du gros titre. Il n’est donc pas rare qu’une information similaire avec un titre différent attire plus ou moins de gens.

Les titres qu’on appelle « clickbait » (« piège à clics ») méritent une mention spéciale. Ils se servent de formules telles que : « Vous ne pouvez pas imaginer ce qui est arrivé à cet homme quand il a ouvert la porte de sa maison ». Au lieu de vous présenter l’information, ils vous la cachent. Et quand vous mordez à l’hameçon et commencez à lire l’article, vous découvrez que l’homme a trouvé son chat endormi sur le canapé.

information virale sur un téléphone

Par ailleurs, une fois que votre attention a été captée, que vous vous demandez ce qu’il a bien pu arriver à cet homme pour que cela devienne une nouvelle, vous vous rendrez compte que l’information que vous êtes allé-e chercher, celle qui vous emplit de curiosité, ne se trouve pas au début de l’article mais à la fin. Il y a tout un développement avant elle, qui vise à maintenir ou augmenter votre curiosité pour que vous poursuiviez votre lecture.

Les informations virales n’ont pas de titres qui visent à résumer l’essentiel de l’information en une seule phrase. Elles veulent avant tout vous captiver pour que vous soyez encore plus curieux-se et poursuiviez la lecture. Elles cherchent à vous faire « cliquer ». Chaque clic a une valeur monétaire. Très régulièrement, derrière ces titres tapageurs ou énigmatiques, il n’y a rien de spécial ou même de vrai.

Les informations virales se servent de cette manière peu noble de présenter l’information, c’est très clair. Mais il est aussi clair que beaucoup de lecteur-trice-s participent à ce plan. Même si vous devinez que, derrière ce titre que vous lisez, il n’y a rien de surprenant, vous ne pouvez pas vous empêcher d’entrer sur la page offerte par la nouvelle. C’est quelque chose que les publicitaires savent très bien : c’est même pour cela qu’iels insistent avec cette formule. Iels savent que le/la lecteur-trice se fâchera sûrement quand iel aura cette sensation d’avoir été « manipulé-e », mais iels savent aussi qu’iel passera vite à autre chose et retombera rapidement dans le piège.

D’autres mécanismes de manipulation

Exagérer et « tromper » avec des gros titres n’est pas le seul mécanisme utilisé par les nouvelles virales. Celleux qui sont aux commandes de cette industrie étudient minutieusement le comportement de leurs consommateur-trice-s. Et c’est de cette façon qu’iels ont découvert que beaucoup de personnes ont tendance à mordre à un autre type d’hameçon.

information virale sur facebook

L’un d’eux consiste à utiliser des graphiques qui causent une forte impression, que ce soit en photographie ou en vidéo. Le fait d’avoir la vidéo d’une éviscération est présenté comme un plus informatif. Cette industrie cherche à réveiller la curiosité morbide des lecteur-trice-s et, à long terme, y parvient. Ses membres savent aussi que la majorité de leurs consommateur-trice-s sont de mauvais-es lecteur-trice-s et c’est pour cela qu’iels n’hésitent pas à retarder, dans le texte, l’information qui correspond au titre.

Iels n’ont pas non plus de scrupules lorsqu’il s’agit d’avoir recours à un mensonge pour atteindre leurs objectifs. Il peut parfois s’agir d’un mensonge ouvert, comme dire qu’un célèbre personnage est mort alors que ce n’est pas vrai. D’autres fois, il peut ne pas s’agir d’un mensonge direct. Iels cherchent finalement à ce que vous entriez sur leur page afin de recevoir une somme d’argent.

Les personnes ayant tendance à tomber entre les griffes de ces informations virales pourraient en arriver à se faire une idée erronée de la réalité. Elles pourraient aussi ouvrir les portes d’un goût pour le morbide qui appauvrirait beaucoup leur intellect et leur vie. Le succès des industries de informations virales est si grand que les médias traditionnels eux-mêmes ont commencé à utiliser certaines de leurs ressources. Il s’agit d’une nouvelle forme de semi-esclavagisme que nous ne faisons que consolider.