Les mères de Soacha : un exemple de courage

27 octobre 2017 dans Psychologie 0 Partagés
Soacha

Soacha est une commune très proche de Bogotá, la capitale de la Colombie. Cet endroit a été le théâtre de difficultés complexes de toutes sortes. L’un des événements les plus graves survenus à Soacha est ce qui a été appelé les « faux positifs ». Il s’agit de crimes commis par des militaires tuant des civils en les faisant passer pour des criminels et en retirer des avantages.

Neuf cas de faux positifs ont été confirmés à Soacha. Bien que le nombre total de victimes de ce genre de crime s’élève à plus de 3000, ils eurent un impact beaucoup plus élevé à Soacha. Ceci est dû au fait que les mères des victimes se sont organisées, prenant comme modèle les « Mères de la Place de Mai«  en Argentine, et commencèrent une lutte qui n’est pas encore terminée.

« Ne laissez personne vous dire ce que vous pouvez faire et ce que vous ne pouvez pas faire. Ne le permettez pas. »

-Emma Watson-

Ces femmes ont été baptisées « Mères de Soacha » par la presse. Elles sont également appelées les « Mères d’Octobre », parce que c’est au cours de ce mois qu’elles initièrent la formation du groupe et réalisèrent leurs premiers pas. Leur lutte les a conduit à une croisade de dénonciation dans le monde entier. Leur travail a été reconnu par l’intermédiaire de divers prix internationaux.

L’un des impressionnants cas de Soacha

L’un des cas les plus paradigmatiques de faux positifs à Soacha est celui de Fair Leonardo Porras. Il s’agissait d’un garçon de 25 ans qui présentait un handicap cognitif de plus de 53%. Il vivait dans une maison modeste, comme la plupart des habitants de Soacha. Il travaillait d’arrache-pied à des métiers simples, principalement dans le domaine de la construction. Il était également reconnu comme étant une personne solidaire, collaborant avec tout le monde en échange de quelques pièces de monnaie.

Fair Leonardo Porras

Un jour, il n’est pas rentré chez lui. Sa famille commença une recherche effrénée dans les hôpitaux, les prisons, les hospices et même à la morgue. Cependant, ils ne le trouvèrent pas. Son cadavre apparut des mois plus tard à Ocaña, une commune située à plus de 600 kilomètres de Soacha. Il leur fut raconté qu’il était mort au combat, car il était, clandestinement, à la tête d’un commandement de guérilla armé.

Lorsque ses proches allèrent chercher le cadavre, ils trouvèrent de grandes incongruités. Par exemple, son corps était censé avoir été retrouvé avec un pistolet dans sa main droite. Le jeune homme ne disposait pas de mobilité avec cette main et des certificats attestant cela existaient. En outre, et de toute évidence, il n’était pas logique pour une personne ayant une déficience cognitive de commander un groupe armé.

Des mères qui sont devenues des héroïnes

Ce fut Luz Marina Bernal, la mère de Fair Leonardo, qui entreprit de manière déterminée la lutte afin de clarifier les faits. Le président de la Colombie de l’époque, Alvaro Uribe, insinua que ce jeune homme, ainsi que les huit autres jeunes de Soacha trouvés dans les mêmes circonstances, étaient des délinquants. C’est également pour cela que les mères de Soacha se fixèrent comme objectif de rétablir la bonne réputation de leurs enfants morts.

Grâce à l’aide de fonctionnaires de la prison de Soacha et à des procureurs, elles parvinrent à faire traduire les responsables en justice. Madame Luz Marina apprit que son fils avait été « vendu » pour moins de 100 dollars à certains membres de l’armée. Ils le trompèrent et obtinrent par la même qu’il accepte de voyager. Ils l’assassinèrent ensuite par derrière et le livrèrent en tant que « mort au combat ». Ils obtinrent des autorisations et de l’argent pour leur « bonne performance ».

les Mères de Soacha

Mères de Soacha par Carlos Julio Martinez / SEMAINE

Luz Marina Bernal et les autres mères de Soacha firent face à de nombreuses menaces de mort. Il leur été exigé qu’elles renoncent à leurs dénonciations et à leurs actes de pression auprès de la justice. Après plus de cinq ans, le meurtre de Fair Leonardo Porras a été déclaré crime « contre l’humanité« . En d’autres termes, il a été considéré que ces actes sont une offense à l’humanité tout entière. Les auteurs matériels du crime furent condamnés à plus de 50 ans de prison. Les auteurs intellectuels sont encore inconnus.

Les mères de Soacha ont transposé leur tragédie dans une pièce de théâtre et dans plusieurs manifestations artistiques. Elles sont appelées « les Antigones » et sont devenus un exemple de courage et de résistance. A l’instar de leurs homologues argentines, elles ont décidé de ne pas se taire face à l’arbitraire. Elles ont prouvé que la force féminine est capable de vaincre même dans les étapes les plus difficiles et les plus atroces.


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