L’effet Matilda : femmes, science et discrimination

9 février 2018 dans Curiosités 49 Partagés
femme scientifique

Savez-vous combien de Prix Nobel ont été remis à des hommes durant ses 120 ans d’histoire ? Et à des femmes ? La proportion est terrifiante : 817 à des hommes et 47 à des femmes. L’effet Matilda a surgi pour reconnaître ce type de situations de discrimination sexiste dans le domaine de la science.

Il est apparu pour dénoncer les cas dans lesquels les femmes scientifiques reçoivent moins de prix, de crédit et de reconnaissance que les hommes alors qu’elles réalisent le même travail (ou un meilleur !). Il est curieux de voir que ce terme vient de son corollaire masculin. 

Son origine est biblique

Pour comprendre l’effet Matilda, il est nécessaire d’expliquer la naissance de son analogue masculin : l’effet Matthieu. Robert K. Merton, le sociologue qui a créé ce terme, a utilisé les mots de Saint Matthieu pour faire référence à un phénomène répandu dans divers domaines de la vie. Dans sa parabole des talents, l’évangéliste annonce une leçon qui invite à la réflexion.

« Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents.
Car on donnera à celui qui a, quel qu’il soit, et il y aura (pour lui) surabondance; mais à celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il a. »

-Matthieu 25: 14-30, Parabole des talents-

saint matthieu

L’effet Matthieu

Il fait référence à l’attention, la considération et la reconnaissance mineures que reçoivent ces travaux réalisés par des professionnels qui ne sont pas connus, en comparaison avec les œuvres de même importance réalisées par d’autres personnes déjà reconnues ou célèbres.

Il essaye d’expliquer pourquoi les travaux de personnes anonymes n’ont pas autant de mentions que ceux des auteurs reconnus, alors que ces derniers peuvent être d’une moins bonne qualité. De cette façon, ces personnes sont reléguées à un second plan, parce qu’elles n’ont pas de parrains ou parce que ce sont des jeunes prometteurs et non pas des auteurs célèbres. Elles restent donc dans l’ombre gigantesque des auteurs qui connaissent déjà un grand succès.

L’adaptation féminine à la science : l’effet Matilda

Le dénommé effet Matilda est né en 1993 grâce à Margaret W. Rossiter. L’historienne a pris pour base préalable l’effet Matthieu, afin de dénoncer et de donner un nom au mépris du travail des femmes par rapport à celui des hommes.

Elle a voulu dénoncer ces situations au cours desquelles les découvertes et les recherches des scientifiques ont été reléguées dans l’ostracisme, pour une simple question de genre et pas pour un problème de qualité. Ainsi, leur crédit et leur reconnaissance sont beaucoup plus faibles que si la découverte avait été faite par un homme.

Ainsi, l’incorporation de la femme dans le domaine scientifique s’est fait au compte-gouttes. Dans certains pays, elles ne peuvent encore pas étudier ou conduire. Aujourd’hui, elles peuvent accéder à l’université et suivre un doctorat mais les conditions dans lesquelles elles se trouvent ne sont pas équitables par rapport à celles des hommes.

femme dans un laboratoire

Comment porte-t-on préjudice aux femmes ?

Le bénéfice obtenu par les hommes ne se constate pas seulement en terme de prix. En plus des récompenses, la rémunération, les postes de travail, le financement ou les publications sont d’autres variantes par rapport auxquelles l’homme est avantagé, simplement parce qu’il est un homme.

De brillantes physiciennes, chimistes, sociologues ou médecins ont donc reléguées à un plan moins important. Elles ont vu à quel point leurs travaux étaient soumis à ceux des hommes, relégués dans un tiroir ou méprisés sans la moindre explication. Elles ne bénéficiaient pas de la reconnaissance dont elles méritaient.

La femme qui lui a donné un nom

Rossiter l’a appelé effet Matilda en honneur à Matilda Joslyn GageUne activiste nord-américaine, libre penseuse, auteure prolifique et pionnière en sociologie qui fut l’une des premières à lutter pour l’égalité des opportunités entre les hommes et les femmes.

Parmi certaines de ses initiatives, on peut souligner son soutien à Victoria Woodhull, l’une des premières femmes à avoir lutté pour être présidente de la Maison Blanche. Mère d’une famille nombreuse, elle a publié un grand nombre d’œuvres qui dénoncent le manque de liberté et qui revendiquent l’égalité des droits du genre féminin.

Son travail l’a hissé au poste de présidente de l’Association Nationale du Suffrage Féminin pendant de nombreuses années. Et, depuis lors, on utilise le nom d’effet Matilda pour dénommer tous ces cas au cours desquels les femmes, dans le déroulement de leur profession, ont dû faire face à une telle injustice.

victoria woodhull

Il est encore évident actuellement

Les cas qui révèlent un effet Matilda ne se limitent pas seulement aux siècles passés. Aujourd’hui, la situation injuste traversée par les femmes dans de nombreux domaines de leur vie quotidienne est évidente. Le domaine professionnel n’est qu’un exemple supplémentaire des domaines où, d’une façon ou d’une autre, elles sont victimes de discrimination.

Prenons un exemple en restant dans le thème des prix Nobel, les récompenses les plus prestigieuses qui sont accordées à des professionnels scientifiques. Lise Meitner et Rosalind Franklin ont réalisé des apports décisifs. Respectivement, à la découverte de la fission nucléaire et à la structure de double hélice de l’ADN.

Mais, devinez quoi ! Aucune d’elles n’a été récompensée par un Nobel. Cependant, leurs collègues masculins l’ont été et ont profité de leurs découvertes. En fait, celle de Meitner est l’un des cas qui illustrent le mieux la façon dont les découvertes scientifiques réalisées par des femmes sont totalement négligées par le comité de ces prix.

Ainsi, nous vous recommandons de lire le livre Les « mensonges » scientifiques sur les femmes (Las « mentiras » científicas sobre las mujeres dans la langue originale) de S. García Dauder et Eulalia Pérez Sedeño. L’oeuvre traite en détails de l’effet Matilda. Elle en inclut aussi d’autres, liés à cette discrimination professionnelle de la femme.

Il est vrai que nous avons beaucoup progressé sur ce chemin. Nous espérons que l’égalité des opportunités sera un jour atteinte. Mais il y a encore de grands progrès à faire pour que les avancées scientifiques ne soient pas qu’une question de genre. Nous serons ainsi tous d’accord pour dire qu’elles doivent être évaluées pour leur sens et pas pour la personne qui les a réalisées.

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