L’effet Dunning-Kruger : l’ignorance est osée

21 août 2018 dans Psychologie sociale 0 Partagés
effet dunning kruger

L’effet Dunning-Kruger est un biais cognitif qui fait que les personnes les moins compétentes dans un champ déterminé surestiment leurs habiletés. Les personnes les plus compétentes, elles, les sous-estiment. C’est un peu comme si certaines personnes ignorantes pensaient tout savoir alors que les plus savantes se considéreraient ignorantes.

De cette façon, ceux qui sont victimes de ce biais ont une illusion de supériorité au moment d’évaluer leur compétence comme étant supérieure à la moyenne. Ils ont aussi tendance à sous-estimer les personnes les plus compétentes.

Cet effet a été démontré dans une étude publiée en 1999 par Dunning et Justin Kruger, deux chercheurs du Département de Psychologie de l’Université de Cornell. Or, un point est assez curieux : il semblerait que l’effet Dunning-Kruger n’existe que dans les sociétés occidentales. En essayant de le reproduire en Asie, les chercheurs ont vu que c’était tout le contraire qui se produisait.

Pourquoi l’effet Dunning-Kruger se produit-il ?

Selon la théorie de Dunning-Kruger, l’explication de ce phénomène serait que les personnes incompétentes n’ont précisément pas les habiletés nécessaires pour se distinguer de celles qui ont plus de capacités. Les personnes qui manquent de connaissance ou de savoir pour bien se débrouiller l’ignorent bien souvent. Ce manque de conscience est attribué à un déficit dans les habiletés méta-cognitives.

effet Dunning-Kruger

En d’autres termes, l’incompétence qui les pousse à prendre de mauvaises décisions est la même que celle qui les prive de la capacité à reconnaître cette même habileté. Ces personnes sont incapables de la reconnaître, aussi bien en eux-mêmes que chez les autres. En fait, il existe toute une masse de gens médiocres, sur le plan intellectuel, qui gagnent leur vie en nous faisant croire qu’ils sont des génies et qu’ils sont pleins de charisme. Généralement, ils le font parce que nous sommes attirés par ce genre de personnes.

« Un intellectuel est ordinairement quelqu’un qui ne se distingue pas précisément par son intelligence, affirma-t-il. Il s’attribue lui-même ce qualificatif pour compenser l’impuissance naturelle dont il sent bien que ses capacités sont affectées. C’est aussi vieux et aussi sûr que le dicton ‘Dis-moi de quoi tu te vantes et je te dirai ce qui te manque’. C’est pain quotidien. L’incompétent se présente toujours comme expert, le cruel comme pitoyable, le pécher comme dévot, l’usurier comme bienfaiteur, l’arrogant comme humble, le vulgaire comme distingué et l’abruti comme intellectuel. »

-Carlos Ruiz Zafón-

Malgré tout, les résultats des études de Kruger et Dunning peuvent avoir plusieurs interprétations. Mais l’effet provoqué est souvent le suivant. Parmi toutes les personnes qui réalisent une tâche concrète, celles qui ont le moins de capacités croient qu’elles sont préparées pour la faire. Et, au contraire, les meilleures ont tendance à moins croire en elles.

La raison du succès des incompétents

Nous trouvons l’explication du succès de ces personnes dans une idée captivante connue comme la croyance en un monde juste. Selon cette dernière, les résultats que nous obtenons dans la vie sont toujours mérités. Les personnes qui pensent de cette façon croient que chacun occupe un poste déterminé parce que celui-ci correspond à ses mérites. Par conséquent, même si elles n’en ont pas l’air, « elles doivent bien avoir quelque chose ».

Les personnes incompétentes pensent qu’elles sont supérieures à ce qu’elles sont réellement. Or, en général, elles ne se croient pas aussi bonnes que celles qui le sont vraiment. Il est important de signaler que Dunning et Kruger n’ont jamais affirmé que les incompétents pensent qu’ils sont meilleurs que les compétents. Ils croient simplement qu’ils sont meilleurs qu’ils ne le sont et c’est ce qu’ils proclament.

Il existe une grande différence entre la façon dont les personnes incompétentes perçoivent leur rendement et le rendement réel. Cette discordance est beaucoup plus faible pour les personnes extrêmement compétentes, ce qui sous-entend un grave problème pour les deux groupes.

Pour les personnes qui ne sont réellement pas très habiles, l’effet Dunning-Kruger empêche toute amélioration. Si elles ne reconnaissent pas leurs erreurs, elles ne pourront jamais les surmonter. Au contraire, pour ceux qui sont déjà doués, ce biais les empêche de briller au maximum. Car la confiance en soi est fondamentale pour réussir dans la vie.

Exemples de l’effet Dunning-Kruger

Si, par exemple, vous n’êtes pas très doué en langues, vous pouvez avoir du mal à vous en rendre compte. Ceci se produit parce que les habiletés dont vous aurez besoin pour pouvoir distinguer quelqu’un qui est bon de quelqu’un qui ne l’est pas sont précisément celles qu’il vous manque. Si vous ne pouvez pas entendre la différence entre deux phonèmes distincts, comment pouvez-vous savoir qui est capable de les prononcer comme un natif ou non ? Si vous ne comprenez que peu de mots d’une langue étrangère, comment pouvez-vous évaluer l’étendue de votre propre vocabulaire par rapport à celui d’autres personnes?

Il vous est peut-être déjà arrivé d’entendre une personne parler d’un sujet dont elle ne sait absolument rien. Ceux qui savent réellement des choses ont tendance à rester silencieux. Ceci est visible et même au niveau des médias. On prête en général plus d’attention à ceux qui ont confiance en eux, même s’ils ont tort.

homme en proie aux doutes

Conclusion

Simplifiée à l’extrême, la théorie de Dunning-Kruger peut être comprise de la façon suivante : tandis que les ignorants se croient doués, ceux qui le sont réellement se considèrent comme incompétents.

Surmonter cet effet est assurément fondamental pour notre société. Par conséquent, si, à un moment donné, vous pensez savoir une vérité, ne vous taisez pas. Il est nécessaire que les personnes savantes commencent à avoir davantage confiance en elles-mêmes.

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