Le syndrome Houdini : fuir l’implication émotionnelle

21 juin 2019
Il existe des personnes qui fuient l'implication émotionnelle dans leurs relations. De fait, plus elles perçoivent d'engagement, plus elles ressentent le besoin de fuir.

Le syndrome Houdini fait précisément référence aux capacités du célèbre illusionniste hongrois du XIXème siècle. Toutefois, dans ce cas nous parlerons d’une fuite psychologique dérivée de l’évitement. Ainsi, on peut s’échapper d’une situation familiale, d’un travail ou des obligations quotidiennes.

Les luttes d’ego, la complaisance et même la difficulté de s’exprimer authentiquement sans nuire aux autres sont des circonstances courantes dans les relations interpersonnelles. Cela dit, le fait que de nombreuses personnes fuient ces relations exprime un symptôme beaucoup plus profond dans la société actuelle.

Dans de nombreux cas, la relation est directe, plus l’engagement est grand, plus le « besoin » de s’échapper est grand. C’est quelque chose qui est naturalisé chez de nombreuses personnes, mais quelles sont les causes réelles de ce phénomène ? Pourquoi est-il si compliqué de s’impliquer émotionnellement ?

femme touchée par le syndrome Houdini

Implication émotionnelle

L’implication émotionnelle requise par la majorité de nos relations n’a jamais autant été remise en question. Les liens sociaux ont joué un rôle actif dans l’évolution de notre espèce.

L’implication peut aussi se définir par son contraire, l’éloignement. Les sentiments sont tout aussi fondamentaux que la capacité à les extérioriser pour comprendre les autres.

Houdini serait aussi surpris

Des modèles tels que la famille et le « sentiment de troupeau » qui ont marqué la vie de nos aînés ont été déformés.

Nous vivons dans une société individualiste dans laquelle les mouvements de jeunesse sont de plus en plus dispersés. Cette caractéristique ne se retrouve pas seulement dans les relations de couple, elle est aussi fréquente dans les relations amicales, qui tendent à l’utilitarisme.

La fuite émotionnelle : ses phases

Le syndrome Houdini comporte habituellement plusieurs phases. Elles marquent toutes un processus allant du dévouement au rejet total. Examinons les principales caractéristiques de ces phases.

  • Implication : étape du boom sentimental. A cette étape, des stratégies de persuasion sont exécutées pour obtenir ce que l’on veut de l’autre. Il semble qu’il n’y ait pas de limites à l’amitié ou à l’amour.
  • Doutes : les fondements peu solides sur lesquels reposent les liens conduisent rapidement à l’émergence de doutes. C’est alors que le château de cartes commence à s’effondrer. Il le fait lentement afin de ne laisser aucune trace.
  • Evasion : dernière étape qui se produit lorsqu’il n’y a plus de contact. L’autre personne s’est échappée de nos vies et la communication est nulle.

Une société qui n’aide pas

La société individualiste dans laquelle nous vivons ne favorise pas spécifiquement les relations. La technologie a mis la communication totale à portée de main.

De nos jours il n’est plus nécessaire d’être proche d’une personne pour pouvoir établir une relation active avec elle. Il est ainsi beaucoup plus facile de rompre des relations, car nous n’avons pas à justifier notre position en regardant l’autre dans les yeux. Nos liens transcendent ceux qui nous entourent physiquement.

Les réseaux sociaux

Dans ce contexte, des dispositifs qui « facilitent » les relations sociales sont apparus. Par exemple Tinder ou Facebook, où nous pouvons contacter des personnes du monde entier ou trouver un partenaire en quelques minutes. Les personnes ne sont plus indispensables : il existe une « banque » de réserve avec de nombreuses personnes qui attendent.

L’offre et la demande des sentiments

La vitesse à laquelle nous changeons les liens fait que l’extase de l’amour et de l’amitié dure très peu de temps. Une fois qu’une relation est terminée, nous retournons sur le marché à la recherche de l’extase de la nouveauté. De cette façon, une sorte d’offre et de demande de sentiments est créée avec le dénominateur commun de la nouveauté. Sur ce « marché » la superficialité prévaut : un profil tape-à-l’œil sur les réseaux sociaux est fondamental.

L’amour adolescent

Le syndrome Houdini peut prendre racine très tôt. De nombreux experts en relations affirment que l’une des causes possibles est le manque d’éducation émotionnelle que reçoivent les adolescents. Ils sont bombardés de stéréotypes relationnels, mais sans avoir une idée claire de la façon de les gérer.

La réaction de la fuite

Bien que nous identifions ce syndrome chez certaines personnes, ses effets et ses caractéristiques sont le produit d’un phénomène social. Le syndrome peut se manifester de différentes manières – en fonction de différents facteurs, comme la personnalité de l’individu – mais la fin est toujours la même, la fuite, un comportement qui apparaît habituellement lorsque l’on ressent de la peur.

Comment détecter une personne encline à la fuite ?

Pour analyser le syndrome Houdini, il faut commencer par soi-même. Bien souvent, les personnes se surprennent à se plaindre de ces attitudes, alors qu’elles ont d’autres personnes comme « plan B ».

L’implication émotionnelle implique des renonciations égocentriques. Ainsi, une indication qui trahit  une personne encline à la fuite, est l’impossibilité de s’engager au delà de ses propres intérêts.

Faiblesse émotionnelle

Le dilemme se pose. Arrivons-nous à nous impliquer totalement ? Si nous nous impliquons de manière superficielle, nous ne pouvons pas prétendre établir des liens forts et durables car ils impliquent un risque. Ainsi, l’usage répétitif et répétée et la fuite sont des symptômes clairs de faiblesse émotionnelle. La faiblesse peut s’exprimer de plusieurs manières.

  • Comportements d’évitement : les personnes qui ne peuvent s’impliquer ne peuvent pas non plus rompre des liens de manière directe. C’est ainsi qu’elles évitent progressivement le contact avec les personnes à travers des excuses.
  • Le déni : ces personnes peuvent montrer un certain blocage sentimental. Elles ont souvent des problèmes à extérioriser leurs sentiments sans agir.
  • L’égocentrisme : ces personnes ont des difficultés à planifier des activités qui tournent en dehors de leurs intérêts.

syndrome Houdini

Tout n’est pas perdu

Analysons la fuite émotionnelle comme un phénomène individuel et social. Nous n’avons pas besoin d’être des personnes enclines à la fuite pour s’adapter à certains bords du profil défini dans cet article. Nous devons analyser nos actions et si nous détectons une caractéristique de ce type, nous pouvons l’arrêter avant qu’elle ne devienne systématique. Certaines clés sont :

  • Faire face à la peur : il est vrai que lorsque nous nous impliquons, nous prenons aussi des risques. Confiance, empathie et sentiments semblent être en jeu. Mais nous devrions pas avoir peur si nous sommes cohérents avec nos idées.
  • Estime de soi : nous n’avons pas à vendre quelque chose à quelqu’un, que nous ne sommes pas. Les personnes qui s’approcheront et perdureront le feront pour nos vraies caractéristiques.
  • Prendre soin de l’autre : s’impliquer est quelque chose d’important et jouer avec les attentes de l’autre est un indice de fuite. La sincérité est une manière de protéger le reste.

Le dicton bien connu « de l’amour à la haine il n’y a qu’un pas » s’est transformé en « de l’amour au rejet il n’y a qu’un regard ». Bien que nous puissions certainement identifier le syndrome Houdini chez plusieurs personnes qui ont traversé nos vies, il est nécessaire d’être objectif. L’individualisme et la vitesse à laquelle change l’environnement qui nous entoure ont également évolué dans nos relations, de sorte qu’ils exigent maintenant des réflexes sociaux plus nombreux et meilleurs.