Le syndrome de l’épuisement professionnel va être reconnu comme une maladie professionnelle

31 août 2019
Emplois précaires, milieux de travail toxiques, patrons qui violent les droits... Le syndrome de l'épuisement professionnel sera bientôt reconnu comme une maladie liée au travail. L'OMS est déjà très consciente de l'importance vitale de cette réalité.

Le syndrome de l’épuisement professionnel, exige une plus grande reconnaissance et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette dernière va enfin lui donner la classification qu’il mérite.

Il passera donc d’une simple condition médicale à un syndrome professionnel. Ainsi, il sera considéré comme une maladie professionnelle, favorisant ainsi la gestion des congés maladie et même de l’invalidité.

Cependant, certaines personnes ne voient pas cette nouvelle d’un bon œil. Il existe des voix critiques qui ont une perspective différente. Comprendre le « burn out » comme un trouble mental dérivé d’un mauvais emploi, d’un environnement de travail toxique ou d’un patron qui exploite, implique que nous prêtions attention à un autre aspect pertinent. L’épuisement professionnel ne sera pas résolu uniquement par la prise de médicaments ou le congédiement du travailleur. Le problème disparaîtrait si les conditions de travail étaient différentes.

Malgré cela, il est compréhensible que l’OMS ait voulu franchir le pas et reclasser cette réalité psychologique si commune. C’est une bonne chose. Cependant, cette reconnaissance devrait être le début d’une nouvelle prise de conscience. Il est vrai que de meilleures ressources cliniques et de soutien pourront être offertes aux travailleurs. Mais la racine du problème n’est pas à chercher du côté de l’employé. Elle réside sur le marché du travail précaire.

Malgré ces controverses et ces voix quelque peu sceptiques, nous devons l’admettre : c’est une bonne nouvelle. En effet, c’est le début d’un changement et aussi de la reconnaissance d’un fait indéniable : l’épuisement et le stress causés par certains milieux professionnels réduisent complètement notre qualité de vie.

Selon les propres recherches de l’OMS, l’épuisement psychologique survient lorsque les exigences d’un emploi l’emportent de loin sur les récompenses, la reconnaissance et les périodes de détente.

Une allumette qui se consume

Le syndrome de l’épuisement professionnel, ou de la dégénérescence émotionnelle

Le syndrome d’épuisement professionnel (burnout) apparaîtra dans la prochaine Classification internationale des maladies (CIM-11) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce sera donc en 2022 et il sera inclus dans la section « problèmes liés » à l’emploi et au chômage et portera également le code QD85.

Comme nous pouvons le voir, il reste encore quelques années avant que la nouvelle classification entre en vigueur, mais c’est sans aucun doute la reconnaissance d’une réalité qui n’existait pas jusqu’à présent ou qui était imprécise.

  • Jusqu’à présent, le trouble associé au stress chronique au travail apparaissait dans une épigraphe plus vague, notamment dans celle des « problèmes liés à la difficulté à contrôler la vie« 
  • Il était nécessaire, comme nous pouvons le constater, d’établir un lien direct avec le scénario de travail, afin de pouvoir gérer les congés maladie et les incapacités et de mettre ainsi en évidence une réalité sociale indéniable

De plus, les données statistiques nous indiquent que le syndrome de l’épuisement professionnel est déjà une épidémie. Christina Maslach, professeure émérite à l’Université de Californie à Berkeley, est l’une des principales expertes en matière d’épuisement professionnel.

Elle a elle-même commencé à étudié ce phénomène dans les années 1970 ; aujourd’hui, elle met en évidence une augmentation de cette réalité. Le syndrome de l’épuisement professionnel est souvent un fait dévastateur : il étouffe les ambitions, l’idéalisme et le sens de la valeur des personnes.

Le coût personnel élevé du syndrome de l’épuisement professionnel

Armita Golkar de l’Université Karolinska en Suède a mené une étude en 2014 où elle a démontré quelque chose de très frappant. L’épuisement émotionnel et la négativité causés par le stress au travail peuvent changer le cerveau d’un travailleur d’une manière très frappante :

  • L’impact est semblable à celui que l’on a connu dans les traumatismes de l’enfance. Des zones comme l’amygdale et le cortex cingulaire antérieur plongent la personne dans un état d’alarme constante, d’angoisse et même de stress post-traumatique
  • En outre, le syndrome de l’épuisement professionnel est également lié aux maladies coronariennes. Il est également fréquent de souffrir de douleurs musculo-squelettiques, de fatigue prolongée, de maux de tête, de problèmes gastro-intestinaux, d’insomnie, de dépression, etc
  • D’autre part, nous devons être conscients d’un aspect. L’épuisement et le stress lié au travail apparaissent dans tous les domines et toutes les catégories de travail. Il est subi par les médecins, les travailleurs, les agents pénitentiaires, les magasiniers, les infirmières, les enseignants, etc. Personne n’est à l’abri de cette réalité
Une femme en blouse atteinte du syndrome de l'épuisement professionnel

Qu’obtiendrons-nous avec la nouvelle classification ?

La nouvelle Classification internationale des maladies (CIM-11) de 2022 stipulera que 3 symptômes évidents devront apparaître pour diagnostiquer cette maladie professionnelle :

  • Sentiments d’épuisement extrême
  • Négativité et angoisse persistante
  • Diminution de l’efficacité au travail

Par conséquent, voici ce que l’OMS recherche en établissant cette nouvelle classification :

  • Donner de la visibilité au syndrome de l’épuisement professionnel et apporter des chiffres réels sur cette maladie jusqu’ici sous-diagnostiquée
  • Parvenir ainsi à mettre l’accent sur l’attention aux facteurs psychosociaux du travail
  • Etablir de meilleures conditions de travail et ainsi protéger les travailleurs du stress lié à la surcharge de travail, aux horaires impossibles et à la précarité même des conditions de travail

En conclusion, les nouvelles sont encourageantes. Et elles le seront d’autant plus si cela ne reste pas une solution temporaire : il ne nous sera d’aucune utilité de prendre un congé et d’offrir une thérapie à un travailleur si nous le réintégrons ensuite à son poste dans les mêmes conditions et pratiques. C’est une chose à laquelle il vaut certainement la peine de réfléchir.

 

  • Angerer, J. M. (2003). Job burnout. Journal of Employment Counseling. American Counseling Association. https://doi.org/10.1002/j.2161-1920.2003.tb00860.x