Le syndrome d’Echo : la fracture de l’estime de soi

· 5 décembre 2018
Le syndrome d'Echo définit ces personnes qui, influencées par une figure narcissique, ne prennent plus soin d'elles et utilisent cette énergie pour nourrir émotionnellement les autres.

Le syndrome d’Echo découle de cette nymphe des montagnes qui, chassée par Héra, répétait les derniers mots de toutes les conversations. Aujourd’hui, cette figure mythologique symbolise bien ces personnes qui luttent au quotidien pour avoir leur propre voix, pour être visibilisées… Quelque chose qu’elles ne parviennent presque jamais à faire, car rôde dans leur entourage une personne narcissique.

Un des termes les plus nouveaux dans le domaine psychologique est sans doute celui de « l’échoïsme« . Même si la racine de ce terme nous évoque peut-être quelques idées liées à l’environnement, en réalité, une telle dimension vient précisément de cette oréade du Mont Hélicon, amoureuse d’un beau pasteur appelé Narcisse.

C’est le docteur Craig Malkin, professeur de psychologie à l’Ecole de Médecine d’Harvard et psychologue clinicien, qui a introduit pour la première fois le terme « échoïsme » dans son livre Rethinking Narcissism (en français, « Repenser le narcissisme »). Suite à cette publication, aussi bien le public que la communauté scientifique se sont grandement intéressés à ce nouveau trait de personnalité qui venait d’être défini.

L’échoïsme rend visible cette part de la population qui, d’une certaine manière, vit oppressée ou conditionnée par une figure narcissique. Ce sont des personnes affectueuses et émotionnellement sensibles, mais qui ressentent un grand malaise lorsqu’elles sont au centre de l’attention. Elles craignent d’exprimer leurs besoins et font passer en priorité ceux des autres. Ce sont des profils passifs et peu assertifs en raison de la pression du conjoint, des parents ou d’une personne de leur entourage habitée par le narcissisme.

« Une personne égoïste est une personne qui s’obstine à vous parler d’elle alors que vous mourrez d’envie de parler de vous. »

-Jean Cocteau-

syndrome d'Echo

Le syndrome d’Echo : origine et caractéristiques

Dans les prochaines années, nous entendrons souvent parler de ce concept. Le syndrome d’Echo acquiert de plus en plus d’intérêt car le comportement narcissique (et son effet) s’étend visiblement dans nos entourages. De fait, des études menées à bien par l’Université de Bochum (en Allemagne) et publiées dans la revue Public Library of Science, nous signale que des réseaux sociaux comme Facebook nous permettent d’observer cette augmentation.

Par conséquent, ce sont de nombreuses personnes qui voient comment, dans leur quotidien, ce type de profil tend à limiter leur identité et avant tout, leur estime personnelle. D’un autre côté, si on analyse le mythe même d’Echo, on se rend compte d’un aspect singulier. Cette nymphe était la plus asservie et la plus brillante au moment de tenir une conversation. Tout le monde restait bouche bée face à son éloquence. Ses mots étaient gracieux et authentiques.

Si bien que Zeus lui-même l’utilisait pour divertir Héra pendant que lui allait voir d’autres femmes. Ainsi, le jour où la déesse se rendit compte de la tromperie, elle punit la nymphe en lui ôtant la voix. La seule chose qu’elle pouvait faire était donc de répéter les derniers mots des autres. Or, il faut dire que la plus grande tourmente pour Echo vint lorsqu’elle tomba amoureuse de Narcisse, qui se moquait d’elle du fait de cette singulière caractéristique.

C’est alors qu’elle s’enfonça dans une profonde tristesse. Ce rejet, cette humiliation a été plus douloureuse encore que le fait même de perdre la voix. L’échoïsme intègre cette même essence. Nous avons tous pu être, par le passé, des personnes habiles, brillantes et fortes. Cependant, la présence d’une personne narcissique peut nous annuler complètement à un moment donné, nous mener à cette caverne du mont Hélicon où Echo se réfugia.

syndrome d'Echo

Quelles sont les caractéristiques d’une personne touchée par le syndrome d’Echo ?

Le syndrome d’Echo ne définit pas seulement une personne présentant une faible estime d’elle-même, ou encore souffrant d’un problème de dépendance. Cette réalité psychologique est très complexe.

  • Ce sont des personnes présentant une grande sensibilité émotionnelle.
  • Elles savent écouter les autres, et sont très emphatiques. Cependant, elles ne se sentent pas à l’aise ni sûres d’elles lorsqu’elles expriment leurs propres besoins aux autres.
  • Elles n’apprécient pas leurs qualités et ne reconnaissent que rarement leurs réussites.
  • Ces personnes ne prennent pas d’initiatives afin de ne pas gêner les autres. Elles déclinent des projets si elles pensent que ces derniers peuvent supposer un quelconque type de gêne ou un problème pour les autres.
  • Le syndrome d’Echo puise souvent son origine dans une enfance où un des parents avait une personnalité narcissique. Les besoins émotionnels et personnels des personnes touchées par ce syndrome sont alors laissés de côté, voire même niés.
  • Or, il y a un aspect crucial qui définit aussi ces personnes : elles sont tout à fait conscientes de ce qui leur arrive. Elles renferment de grandes luttes internes, tentent de s’imposer, cherchent à retrouver leur voix, à mettre des limites et à bien mettre au clair leurs besoins. Cependant, elles n’y arrivent pas toujours, et cela les mène à avoir constamment à faire face à des conflits internes.
  • Il est aussi commun que les personnes échoïstes maintiennent des relations affectives avec des personnes narcissiques. Il y a une rétro-alimentation entre ces deux profils, où les uns nourrissent et les autres reçoivent, et où la plénitude ou la satisfaction réelles ne règnent que rarement dans le couple.

Le syndrome d’Echo est-il trouble psychologique ?

Le syndrome d’Echo n’est pas un trouble psychologique. C’est un aspect qu’il convient de bien avoir au clair. L’échoïsme n’est qu’un trait de caractère, qui conforme un type de mécanisme de survie peu habile qui peut se résumer de la manière suivante : « si je veux être sûr de moi et recevoir de l’affection, je dois en demander le moins possible et donner tout ce que je peux ».

Cette idée s’articule par l’effet d’une enfance basée sur ce type d’attachement insécure où un ou des parents narcissiques ont enterré tous les besoins émotionnels de l’enfant. Peu à peu, les personnes touchées par le syndrome d’Echo apprennent donc à ne plus avoir de voix, à vivre en silence, à ne pas trop gêner, et donc à devenir la parfaite cible des personnes narcissiques, auprès desquelles déployer toutes leurs ruses.

Cependant, nous pouvons tous sortir de ces cavernes personnelles. Echo se servit de Némésis pour demander sa vengeance. Pour autant, rien ne sert d’en arriver systématiquement à ces extrêmes. Car la sanction que reçut Narcisse ne permit pas à la nymphe de retrouver son éloquence, sa merveilleuse habilité à communiquer au travers du don du verbe.

Il suffit de travailler sur l’estime de soi, de comprendre que nous méritons d’être visibles, d’avoir une voix, d’exprimer des besoins et de nous nourrir d’affection et de dignité. Car parfois, il n’est pas non plus bon de faire comme ce beau pasteur et de regarder notre reflet pour nous rappeler à quel point nous avons de la valeur.