Le silence en dit-il long ?

· 13 mars 2015

De toutes les formes de langage et d’expression dont une personne dispose pour communiquer, la moins fiable est la parole.

Voilà pourquoi : une personne qui parle peut, dans une mesure plus ou moins grande, corrompre la véracité de ses paroles avec une certaine aisance chaque fois qu’elle le souhaite.  Il n’y a rien de plus simple que de mentir, il suffit simplement de remplacer un mot par un autre, et de lui octroyer une valeur qu’il ne devrait pas avoir.

Certains mentent comme ils respirent. Certains mentent mieux que d’autres. Évidemment, il existe aussi ceux qui ne veulent pas mentir. Mais ce qui nous importe est la sincérité du message, car en règle générale, mentir ou ne pas mentir relève d’une décision.

Que se passe-t-il, par exemple, dans le cas du langage gestuel ? Nous nous référons ici au langage gestuel inconscient, c’est-à-dire non contrôlé, qu’il est très difficile de cacher.

Par exemple une grimace lorsque quelqu’un fait quelque chose qui va à l’encontre de nos principes, une situation qui invite à esquisser un sourire sincère et inévitable, la transpiration dans les situations stressantes ou gênantes, ou encore le teint qui rougit lorsque quelqu’un a le plaisir de recevoir un compliment…

Évidemment, la réaction de chacun est différente. Elle varie en intensité, en durée, et en nuances. Mais ce que ces réactions ont en commun est leur caractère spontané. Il est très difficile, voire impossible, de les réprimer. C’est pourquoi, ces réactions sont gages de véracité.

Qu’en est-il du silence ? Paradoxalement, ne s’agit-il pas du mode d’expression de l’inexpressivité par excellence, mais aussi du mode d’expression le plus éloquent ? Il semblerait que si.

Lorsque nous désirons quelque chose, il se peut que nous mettions du temps à découvrir de quoi il s’agit, à l’assumer et à tout mettre en œuvre pour l’obtenir.

Mais tôt ou tard, si nous désirons quelque chose, nous finissons par l’exprimer. Dès le premier instant, nous trouvons des indices qui vont dans ce sens, même s’ils ne sont pas toujours évidents au premier abord.

Toutefois, lorsque l’inverse se produit, c’est à dire lorsqu’il arrive quelque chose que nous ne voulions pas ou dont nous n’avions pas besoin, un sentiment fait son apparition. La haine et le refus se manifestent de façon très claire, avec beaucoup plus de force.

Cependant, un simple silence est bien souvent beaucoup plus implacable. Le silence envoie un message bien plus expressif qu’un long discours rempli d’innombrables points.

Le silence dit non, ou dit oui, mais il le dit avec plus de force, car il ne tolère aucun artifice. Le silence juge et condamne plus qu’il n’approuve. Le silence est une réponse, il n’est pas l’absence de réponse. Il ne laisse rien s’approcher de lui et ne vous laisse pas vous échapper.

Quand vous n’avez pas la réponse, le silence met en évidence votre déficience. Dans certains pays, comme la Chine, le silence a valeur d’or.

Cependant, dans notre culture, il est perçu comme une offense. Nous ressentons le besoin de le combler avec les premiers mots qui nous passent par la tête. « Continue de parler, s’il te plaît, même si je ne te comprends pas ». Tout dépend de la question, évidemment.

Mais si le silence blesse plus qu’une insulte, c’est parce qu’il manifeste une certaine indifférence.
La dernière chose que nous voulons, nous qui sommes vivants, c’est que l’on nous dédie une minute de silence. Et que personne ne le demande, s’il vous plaît !