Le paradoxe de l'efficacité selon Edward Tenner

Nous vivons dans un monde qui recherche et récompense l'efficacité. Le moindre investissement pour obtenir les meilleurs résultats. Cependant, derrière cette formule que beaucoup jugent parfaite, il y a aussi des risques importants. Voulez-vous les connaître?
Le paradoxe de l'efficacité selon Edward Tenner

Dernière mise à jour : 17 octobre, 2021

Edward Tenner était professeur à l’Université de Princeton, commençant plus tard une brillante carrière en tant que consultant indépendant. Il réalisa par ailleurs certaines des conférences les plus vues sur la plate-forme TED. Parmi elles se démarque son discours sur le paradoxe de l’efficacité.

Le paradoxe de l’efficacité est un concept qui tente d’élargir notre perspective sur ce que nous appelons la performance. Aujourd’hui, l’efficacité n’est pas seulement appréciée, c’est également la référence de nombreuses entreprises lorsqu’il s’agit de fixer les salaires ou d’embaucher.

Edward Tenner soutient que  la fixation qui peut exister autour de l’efficacité peut parfois rendre les individus et les organisations inefficaces. Il s’agit donc du paradoxe de l’efficacité.

« En résumé, pour être vraiment efficace, nous avons besoin d’une inefficacité optimale. Le chemin le plus court peut être une courbe, au lieu d’une ligne droite ».

paradoxe de l'efficacité

Efficacité

L’efficacité est une sorte d’équation dans laquelle l’axiome de base est « des fruits plus nombreux et meilleurs pour moins d’investissement de ressources ». Plus de tâches terminées en moins de temps, plus d’objets produits pour moins d’argent, plus de réalisations obtenues avec moins d’effort… C’est le monde des plus et des moins autour de variables qui sont généralement associées de manière positive. Par exemple, il est normal que lorsque nous étudions plus d’heures, nous obtenions de meilleures notes. Qu’en travaillant plus d’heures, nous soyons davantage payés.

Les nouvelles technologies nous rendirent plus efficaces à bien des égards – par exemple, un correcteur orthographique peut réviser cet article et identifier les erreurs avant de le publier-. Dans les supermarchés, les caissiers ne calculent pas le montant de nos achats, il existe une machine qui le fait en beaucoup moins de temps et avec moins d’erreurs que l’employé s’il devait le faire la main.

Cependant, Edward Tenner prévient que l’efficacité a aussi son côté sombre. L’axiome du plus avec moins comporte des risques qui passent souvent inaperçus. Aujourd’hui, nous savons que peu de progrès se réalisent sans en payer le prix.

Une histoire illustrative

Pour introduire son concept du paradoxe de l’efficacité, Edward Tenner parle de l’histoire de la pomme de terre. Rappelez-vous que ce tubercule est originaire des Andes et que de là il atteignit l’Europe. Il souligne que cet aliment a une grande qualité nutritionnelle. À l’époque, le roi Frédéric de Prusse considérait que c’était la clé pour que ses sujets retrouvent la santé.

Ce fait coïncidait avec un autre : les Prussiens firent prisonnier un savant nommé Parmentier. Il vérifia que la pomme de terre maintenait tous les prisonniers en bonne santé. A sa sortie de prison, il introduit la pomme de terre en France. La renommée de la pomme de terre commença à grandir et  elle fut même considérée en Irlande comme une sorte de miracle.

Il y avait toutefois en fond un risque lié à la consommation de masse que personne ne prenait en compte. Les pommes de terre irlandaises étaient génétiquement identiques. Par conséquent, si une peste affectait une pomme de terre, elle finirait par les affecter toutes, comme cela se produisit d’ailleurs.

Cela a conduit à la mort d’environ un million de personnes et à l’émigration de deux millions d’individus. Ainsi, la plante qui était censée mettre un terme à la faim finit par provoquer une tragédie.

Le paradoxe de l’efficacité

Outre la pomme de terre, il y a eu bien d’autres solutions magiques qui reflétèrent le paradoxe de l’efficacité. Un exemple classique est celui des armes. Son évolution n’engendra que la perte de de davantage de vies humaines.

Edward Tenner considère que les données semblent aujourd’hui être le nouveau dieu inspirateur de l’humanité. Cependant, de nombreuses analyses qui sont menées pour prendre des décisions laissent peu de place aux compétences purement humaines, telles que l’intuition ou l’imagination – avec les données, il peut être facile de choisir la meilleure solution parmi toutes celles qui ont été essayées, mais il n’est peut-être pas si facile d’imaginer quels seraient les résultats de la mise en œuvre d’une nouvelle. Cela se traduit souvent par ce que Tenner appelle « l’inefficacité inspirée ».

Nous semblons avoir oublié que la meilleure façon de faire les choses est parfois de prendre la route difficile. Tout au long de l’histoire, à de multiples reprises, ce sont des erreurs, et non une efficacité absolue, qui ont générées de grandes découvertes, créations et avancées. De même, pour donner un autre exemple, il a été prouvé qu’écrire à la main peut aider notre mémoire bien plus que prendre des notes sur un clavier.

Les exemples de Tenner sont nombreux. Ils sont tous orientés dans le même sens : « plus avec moins » n’est pas une fonction parfaite. En fait, cela peut devenir un chemin vers la stagnation ou la médiocrité.

L’erreur, la difficulté et un certain chaos sont des sources d’inspiration. La précision et le contrôle peuvent également produire de moins bons résultats. C’est le paradoxe de l’efficacité.

Image principale ” Creative Commons ” par Avery Jensen sous licence CC BY-SA 4.0.

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  • Tenner, E. (2020). Whose Humanities? The Hedgehog Review, 22(3), 124-133.