Le déni ou le désir de ne pas savoir

2 mai 2019
Le déni est très fréquent dans les addictions, les duels et les situations impliquant des tabous. Ce désir de ne pas savoir procure une tranquillité momentanée, mais avec le temps, il devient très destructeur.

La psychanalyse suggère qu’il existe des stratégies inconscientes que nous utilisons tous pour nous maintenir en équilibre. Ces stratégies sont appelées mécanismes de défense et l’une d’elles est le déni ou le désir de ne pas savoir, voire de ne pas admettre. Bien que cela puisse générer une certaine tranquillité momentanée, à long terme, ce comportement pose de nombreux problèmes.

Comme son nom l’indique, le déni consiste à invalider certaines informations désagréables ou méconnaissables. Cette opération se produit inconsciemment. Ce désir de ne pas savoir est inapproprié, car il empêche les gens de trouver des moyens de faire face à la réalité.

Par le déni, la personne annule, pour ainsi dire, un aspect qui la dérange, qui implique une insatisfaction ou un conflit avec elle-même ou avec les autres. On retrouve le déni fréquemment dans les dépendances ou lorsqu’il y a d’importants problèmes de personnalité. On pourrait dire que ce désir de ne pas savoir peut s’apparenter à la fameuse « politique de l’autruche ».

le déni et ses conséquences

Les manifestations du déni

Le déni se manifeste dans la pensée, l’action et le langage. Par exemple, une personne entre dans un endroit où il y a quelqu’un qu’elle ne veut pas voir. Il arrive souvent qu’en fait, il ne la voit pas. Peu importe à quel point il regarde les visages des personnes présentes, il ne se rend pas compte que cette personne est là.

Une autre situation très fréquente dans laquelle ce désir de ne pas savoir opère est celle où survient un événement extrêmement douloureux. Quand un être cher meurt, une personne peut fantasmer autour de sa résurrection. Elle peut aussi imaginer qu’il va communiquer avec elle de l’au-delà (c’est-à-dire qu’il n’est pas mort dans un sens absolu).

La même chose se produit si une maladie catastrophique apparaît. On pense que le diagnostic est faux, que les tests ont échoué ou qu’il existe un remède pour ce qu’ils ont déclaré incurable.

Le déni dans le langage se manifeste dans la forme grammaticale de la double négation. Lorsqu’une chose est refusée deux fois, elle est en fait affirmée. Par exemple, lorsque quelqu’un demande à une autre personne si elle a pris de l’argent qui n’était pas le sien. Celle-ci lui répond : « Non, pas du tout. Ce n’est pas moi qui ai pris cet argent ». La première phrase nie la seconde.

Le désir de ne pas savoir

Personne n’essaie d’ignorer la réalité pour le plaisir. Le mécanisme du déni est mis en mouvement parce que la reconnaissance d’une réalité particulière implique une sorte de tremblement de terre existentiel. Les fondements mêmes de ce que nous sommes, l’image que nous avons de qui nous sommes ou de notre place dans la société sont remis en question.

Le désir de ne pas savoir nous protège de la profonde instabilité qui résulterait de l’admission d’une vérité spécifique. Cela est particulièrement visible dans les sujets tabous tels que la maltraitance des enfants. Souvent, la famille refuse de croire un enfant qui parle de situations d’abus sexuel, par un oncle ou un cousin, etc. L’admettre implique d’engendrer de grandes ruptures familiales et, éventuellement, de faire face à des actions en justice.

Ce désir de ne pas savoir est aussi un désir de rendre la réalité plus tolérable et de ne pas s’exposer à un effondrement de la vie personnelle, de la famille et même des valeurs et coutumes socialement acceptées. Cependant, le déni n’est pas synonyme de succès : il couvre, mais n’élimine pas.

les effets du déni

 

Les effets du déni

La principale conséquence du déni est l’impossibilité d’initier des actions de changement face à des réalités problématiques. Les difficultés sont là, même si nous ne voulons pas les voir. Très souvent, cette résistance à les assumer ne fait que les aggraver et les rendre de plus en plus inaccessibles.

Le déni n’atteint pas son objectif, car tôt ou tard la réalité s’impose aux désirs. Parfois, cette réalité est suffisamment grave pour faire des ravages dans la vie d’une ou de plusieurs personnes. Dans les cas extrêmes, il peut même incuber le germe d’un trouble mental grave.

Accepter une réalité amère ou douloureuse n’est jamais facile. Il est normal qu’il nous faille du temps et qu’il faille surmonter des résistances pour y parvenir. Nous devons également compter sur nos propres ressources pour franchir cet obstacle. Si nous le faisons, nous découvrirons que les situations difficiles constituent un chemin qui nous permet de grandir.

 

  • Freud, A., & Carcamo, C. E. (1961). El yo y los mecanismos de defensa (Vol. 3). Barcelona: Paidós.