« Le cerveau peut nous rendre malades », nous dit Suzanne O’Sullivan

14 octobre 2019
L'affirmation selon laquelle "le cerveau peut nous rendre malades" se rapporte au fait que de nombreuses maladies organiques ont pour cause un problème psychique non résolu.

Suzanne O’Sullivan est une célèbre neurologue et c’est aussi l’auteure de l’ouvrage It’s all in your head. Cet ouvrage insiste sur l’idée suivante : « le cerveau peut nous rendre malades ». Il est question de découvrir le monde bien méconnu des maladies psychosomatiques.

Les maladies psychosomatiques sont connues depuis bien longtemps. Pourtant, au XXI è siècle, elles soulèvent encore beaucoup de questions et suscitent encore beaucoup d’incompréhension. Nombreux sont ceux qui pensent que ces maladies sont des simulations. Ils ne sont alors pas conscients du fait que, comme nous le signale Suzanne O’Sullivan, « le cerveau peut nous rendre malades ».

Les maladies psychosomatiques ne sont pas de fausses maladies. La cause à l’origine des symptômes physiques ressentis se trouve dans le mental. Par exemple, une douleur psychosomatique au niveau des jambes est bien réelle, mais cette douleur n’est pas associée à une condition physique, mais à une condition psychique. La personne ressent la même douleur que si la cause à l’origine de la douleur était d’ordre physique. D’où l’affirmation selon laquelle « le cerveau peut nous rendre malades ».

« Sur quatre-vingt-dix maladies, cinquante naissent de la culpabilité et quarante de l’ignorance. »

-Paolo Mantegazza-

Une femme de dos

 

Les maladies psychosomatiques

Suzanne O’Sullivan nous rappelle que toutes les émotions génèrent des changements physiques. Par exemple, au début d’une relation amoureuse, nous ressentons des « papillons dans le ventre » lorsque nous sommes près de l’être aimé. Il s’agit d’une sensation physique causée par un sentiment et une émotion. La même chose se passe lorsque, par exemple, nous parlons en public : le cœur bat plus fort et les jambes tremblent.

Personne ne remet en cause la connexion entre les émotions et les manifestations physiques pour les exemples que nous venons de donner. En revanche, lorsqu’il est question de maladies psychosomatiques, certains nient cette connexion… Nombreux sont ceux qui pensent que la peur peut provoquer des tremblements dans le corps, mais ces mêmes personnes refusent de reconnaître que cette peur, dans certaines circonstances, peut être à l’origine de symptômes beaucoup plus graves.

C’est une contradiction qui concerne de nombreux médecins. Une forte tradition nous incite à séparer le mental du corps et à considérer les phénomènes du mental comme des « fictions » et les phénomènes du corps comme des « réalités ». Si ces deux structures étaient séparées, nous n’aurions pas de papillons dans le ventre et nous ne tremblerions pas à cause d’une charge émotionnelle intense.

 

« Le cerveau peut nous rendre malades… »

Pour Suzanne O’Sullivan, l’idée selon laquelle « le cerveau peut nous rendre malades » fut toute une découverte. Au début de sa carrière en tant que neurologue, elle recevait des patients dont les symptômes étaient graves. Beaucoup de ses patients, par exemple, présentaient des convulsions épileptiques. Mais ses recherches n’étaient pas bien concluantes : aucun modèle neurologique ne pouvait expliquer ces symptômes.

Elle s’est alors souvent demandé si ces patients faisaient semblant, mais avec le temps elle comprit que non. Ces patients souffraient de leurs symptômes de la même façon que ceux pour qui il était possible d’identifier une cause neurologique.

C’est à ce moment-là qu’elle comprit alors que le cerveau pouvaient nous rendre malades. Cela veut dire que, parfois, la cause d’un tableau symptomatique se trouve dans le mental et non dans le corps : les manifestations de la maladie sont grosso modo les mêmes ;  ce qui varie c’est la cause et, par conséquent, le protocole d’intervention recommandé.

 

Le cerveau peut nous rendre malades

Le cerveau peut nous rendre malades : un problème généralisé

Suzanne O’Sullivan nous raconte que nombreux de ses patients se montraient déçus, voire même contrariés, lorsqu’elle leur informait que leur problème était psychosomatique. Ses patients souhaitaient même recommencer les examens ou bien consultaient un autre médecin pour avoir un deuxième avis. Pourtant, ce diagnostic aurait dû être une bonne nouvelle pour eux, mais il en était pas ainsi. Nombreux de ses patients avaient l’impression qu’ils étaient considérés comme « fous ».

Il semblerait alors que nous sommes doués pour camoufler des symptômes émotionnels, mais beaucoup moins pour les identifier. Ce mal-être se manifeste bien souvent sous la forme d’un symptôme physique alors qu’il s’agit en réalité d’un symptôme psychosomatique. Les patients concernés doivent reconnaître ce fait plutôt que de l’ignorer. Le problème est que la plupart de ces patients ne sont pas préparés à cela et restent alors incrédules devant le diagnostic.

Selon une étude de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une personne sur cinq présente au moins six symptômes physiques dont la cause n’est pas organique. Cela veut dire que la cause à l’origine de ces symptômes est psychosomatique. Une autre étude montre que parmi les malades hospitalisés, au moins 30 % d’entre eux souffrent d’une maladie psychosomatique.

Un diagnostic non accepté

Dans de nombreux cas, le problème est la résistance du patient : de nombreux patients refusent le diagnostic. Leur crainte qu’il existe une cause organique ayant été ignorée par les médecins qui seraient alors motivés par une intervention simplifiée en ayant alors recours à des médicaments ou à des interventions chirurgicales sont deux des principaux constructeurs de cette résistance. Cela suppose un problème, car la collaboration active du patient pour résoudre ce problème est nécessaire.

Dans tous les cas, la souffrance est réelle. Par conséquent, notre devoir en tant que société est de continuer à faire des recherches sur le sujet tout en brisant les mythes sur les problèmes psychosomatiques. Cela ne fait aucun doute, « le cerveau peut nous rendre malades ».

 

Bornhauser, N., & Csef, H. (2005). Nuevas enfermedades ¿del alma?: Reflexiones psicosomáticas a propósito de algunas analogías estructurales entre síndrome de fatiga crónica, fibromialgia y sensitividad química múltiple. Revista chilena de neuro-psiquiatría, 43(1), 41-50.