L’amabilité est un cadeau qui mérite d’être partagé

· 16 juillet 2017

Les expert-e-s en leadership et en psychologie organisationnelle nous disent que, par exemple, l’amabilité et l’altruisme ne sont pas des valeurs qui sont en accord et en harmonie avec toutes celles qui sont associées au succès d’une entreprise dans son secteur d’activité. La compétitivité, le pouvoir, l’influence ou l’innovation sont placés au-dessus de cette sorte de fraternité qui semble peu utile dans ce cadre, qui fait perdre du temps, de l’efficacité et un certain statut.

Cependant, d’autres penseurs, comme Félix Losada, directeur du marketing et des relations institutionnelles dans une grande entreprise, et auteur du livre « Protocole intelligent« , nous disent que la raison qui nous pousse à être de moins en moins aimables a des racines bien concrètes. La courtoisie sociale évolue et, dans notre cas, nous avons davantage développé un environnement marqué par l’empressement, le stress et le consumérisme, dans lequel une personne pense d’abord à prendre soin de ses propres univers égoïstes avant de regarder les autres planètes qui gravitent autour d’elle.

Si nous souhaitons arborer fièrement à nouveau la bannière de l’amabilité, nous devons commencer par nous changer nous-mêmes.

Vivons-nous dans l’ère de l’antipathie ?

Dans notre présent, nombreuses sont les personnes qui pensent qu’être aimable est une perte de temps ou un signe clair de faiblesse, voire même une attitude adoptée par des gens intéressés. Dans l’environnement professionnel, par exemple, le/la collègue qui est affable, aimable et accessible est vu-e d’un œil méfiant par les autres. Les personnes qui travaillent avec lui/elle le/la suspectent d’être une personne ambitieuse qui, grâce à son comportement mielleux, cherche à gravir au plus vite les échelons dans l’entreprise.

L’amabilité ne paraît pas non plus être une valeur centrale dans les postes de direction. Même si les directives venues des salles de réunion des grand-e-s patron-ne-s d’entreprises sont bien emballées, même si l’on nous dit qu’elles prennent en compte une forme d’intelligence émotionnelle et qu’elles sont en accord avec les valeurs du groupe, leur unique objectif est d’augmenter la rentabilité des employé-e-s et l’efficacité de l’organisation du travail, pour conserver des marchés qui deviennent toujours plus compétitifs.

Nous vivons dans la culture du « Je travaille pour ce qu’iels me payent« . C’est un monde marqué par le « JE » et par le « MAINTENANT ». Nous n’avons dès lors plus le temps de nous regarder sincèrement dans les yeux et de nous dire : « Bonjour ! Comment vas-tu ?« . Nous n’avons plus envie de demander à nos collègues : « Tu as besoin d’aide ou de quoi que ce soit ?« . Il n’est plus possible de s’asseoir tou-te-s ensemble autour d’une table, pendant ou en dehors des horaires de travail, tout simplement pour créer une ambiance positive, un climat de confiance et de collaboration qui profiterait à tout le monde.

Dans cette ère de l’antipathie et de l’immédiateté, l’amabilité est clairement devenue une perte de temps. La peur que l’entreprise fasse 3% de bénéfices en moins si nous prenons le temps de connaître nos collègues ou de manquer quelque chose sur les réseaux sociaux si nous éteignons notre téléphone pendant que nous buvons un verre avec un-e ami-e, est plus grande que notre volonté d’être aimables.

Cela en vaut-il vraiment la peine ?

 

Aux temps de crise, répondons par l’espoir de l’amabilité

L’amabilité est un cadeau qui mérite d’être partagé même si les autres ne le comprennent pas, même si nous ne recevons rien en retour. De toutes les manières, et même si cela peut paraître contradictoire, c’est un investissement que nous faisons sur nous-mêmes, pour nous sentir mieux et pour développer une certaine forme d’empathie, indispensable à notre épanouissement personnel et émotionnel.

N’oublions pas de penser aux générations futures et au monde hostile que nous allons leur laisser si nous n’initions pas rapidement des changements radicaux. Nous devons prendre conscience de cela et devenir des agents actifs d’une attitude nouvelle. Nous ne devons pas oublier que nous naissons tou-te-s programmé-e-s pour nous connecter aux autres. Lorsque nous atteignons l’âge de 7 ans, nous sommes altruistes et collaboratif-ve-s par nature. Après cette étape de plénitude, nous commençons à nous fermer et à être bien plus centré-e-s sur nous-mêmes. Nous développons alors des comportements basés sur la compétitivité.

 

Si nous investissons du temps pour éduquer véritablement nos enfants dans la valeur de l’amabilité dès leur plus jeune âge, nous allons planter une graine qui va nous permettre d’obtenir un futur plus noble, plus empathique. Cela commence par la courtoisie verbale et gestuelle. Pendant que nous apprenons des règles de savoir-vivre basiques à nos enfants, nous devons renforcer l’impact psychologique qu’elles ont sur eux en leur montrant l’exemple.

Réapproprions-nous les codes urbains, levons la tête de nos smartphones et faisons plus attention à ce qui s’offre à notre regard. C’est là que se trouvent les notifications les plus importantes, celles qui sortent du cœur et de l’âme des gens qui nous entourent. Commençons dès aujourd’hui à ne plus froncer les sourires, à ne plus fermer notre visage, à nous défaire des choses qui nous préoccupent et à profiter de la vie en la croquant à pleines dents, le sourire aux lèvres. Consacrons du temps aux personnes que nous aimons.

Car être aimable ne coûte rien et, même si certain-e-s sont persuadé-e-s du contraire, c’est un geste simple qui nous permet d’être plus heureux-ses.

 

Images de Sara Biernam