La sapiosexualité : quand la conversation intéressante fascine

30 octobre 2019
Pour les sapiosexuels, peu de choses sont plus séduisantes qu'une conversation intéressante, intime et enrichissante. Pour cette partie de la population, le désir sexuel va au-delà de la chair et de l'aspect purement physique ; il découle de l'intelligence.

La sapiosexualité est apparue pour rester. Beaucoup d’agences et de sites de rencontres en ligne incluent déjà ce terme comme une identité sexuelle de plus. En outre, le New York Times a révélé en 2014 qu’une bonne partie de notre population est plus enthousiasmée par une conversation intéressante que par un corps sculptural. Quelque chose serait-il en train de changer dans le langage de notre attraction ?

Pas du tout. La sapiosexualité se définit comme cette fascination pour l’intelligence de l’autre, où un dialogue intéressant constitue un jeu sexuel entre deux esprits, et où les mots sont une arme puissante de séduction. En réalité, l’intellectualité comme forme d’érotisme n’est pas un phénomène nouveau ; elle a toujours existé et c’est Platon lui-même qui nous en a parlé en 380 av. J.C.

Aujourd’hui, nous assistons non seulement à sa popularité, mais aussi à plusieurs tentatives pour donner une reconnaissance scientifique à ce terme qui semble définir bon nombre de personnes. Rencontrer quelqu’un de compétent dans les connaissances les plus variées, capable d’enflammer notre esprit et d’éveiller ce mélange entre curiosité, mystère et admiration érige un jeu qui va au-delà de la chair.

« Les cerveaux, comme les coeurs, vont là où ils sont appréciés. »

-Robert McNamara-

Deux personnes parlent de la sapiosexualité

La sapiosexualité : quand le cerveau est l’attribut le plus sexy d’une personne

Il existe un type de critique qui apparaît le plus fréquemment autour du terme « sapiosexualité ». Beaucoup y voient une forme de discrimination et de fierté élitiste. Ainsi, l’attraction créée entre les personnes de haute intelligence est censée exclure les personnes ayant un QI moyen ou faible et, bien sûr, les personnes ayant des déficiences.

Mais les sapiosexuels soulignent qu’il n’y a pas d’arrogance dans cette forme d’attraction. De plus, ce type de sexualité ne s’éveille pas seulement en étant avec quelqu’un de très intelligent. En réalité, la sapiosexualité n’est pas une question de « tout savoir », mais de trouver quelqu’un avec qui le dialogue devient une forme d’intimité, de réflexion, où l’on se relie émotionnellement par la parole, la connaissance et l’émotion.

L’intelligence et l’esprit comme facteur d’attraction interpersonnelle

Le New York Times a publié en 2017 un article intéressant qui rassemble les témoignages de plusieurs sapiosexuels. Ainsi, à notre époque où de nombreuses relations débutent par le biais de réseaux et de contacts en ligne, les personnes qui se sentent frustrées et ennuyées par le type d’interaction qui se produit dans de tels scénarios virtuels ne manquent pas.

L’échange de photos et de conversations banales où l’on vante la valeur de l’apparence physique est souvent décevant. Cependant, lorsqu’ils parviennent à trouver quelqu’un capable de tenir une conversation brillante, qui approfondit les aspects d’une manière habile, empathique et intéressante à la fois, l’attraction et l’excitation sont stimulées.

Une personne peut-elle vraiment être attirée sexuellement par quelqu’un seulement à travers la conversation ? Dans une étude menée à l’Université Western de Crawley, en Australie, on a conclu qu’environ 8 % des jeunes de 18 à 35 ans sont sapiosexuels. D’autre part, les sites de rencontres comme OkCupid soulignent que ceci est de plus en plus fréquent chez les personnes âgées entre 30 et 45 ans.

De même, Gilles Gignac, auteur de cet ouvrage, a conclu par le fait que l’intelligence est en effet pour certaines personnes un facteur d’attirance sexuelle. L’homme ou la femme intelligent génère l’excitation sexuelle parce que, d’une certaine manière, il nous éloigne des conventions et de la superficialité quotidienne, et nous leur attribuons aussi des qualités comme le respect, la bonne décision, la compréhension et un sentiment de protection envers l’autre.

Deux cerveaux connectés, une représentation de la sapiosexualité

Caresse mon cerveau : l’intelligence est une beauté qui va au-delà de la chair

Beaucoup voient le sujet de la sapiosexualité avec un certain scepticisme. D’une certaine manière, ces nouveaux paradigmes lexicaux ne cessent d’apparaître de plus en plus fréquemment. Ainsi, des termes comme pluviophiles (amour de la pluie) ou bibliophiles (amour des livres) sont des étiquettes récentes qui donnent des noms à des réalités qui ont toujours existé.

Cependant, lorsque nous parlons de sapiosexualité, nous ne parlons pas d’un passe-temps ou d’une orientation sexuelle. Des spécialistes en la matière, comme la Dre Debby Herbenick, éducatrice en santé sexuelle et professeure de santé publique à l’Université de l’Indiana, soulignent qu’il s’agit vraiment d’un type d’identité.

Il y a beaucoup d’hétérosexuels, d’homosexuels et de bisexuels qui s’identifient et se définissent comme des sapiosexuels. L’intelligence les séduit, les conquiert, et ils ne considèrent pas l’apparence physique comme un facteur pertinent lorsqu’il s’agit d’être sexuellement attiré par quelqu’un. Il est vrai que pour plus d’une personne il peut sembler trompeur qu’il existe des personnes qui n’arrêtent pas leur regard sur une femme ou un homme attirant.

Les sapiosexuels ne sont pas aveugles à la beauté et ne la nient pas du tout. La seule particularité est qu’elle ne suscite pas un grand désir ou une fascination particulière. C’est la conversation, c’est le dialogue et la parole qui éblouit, qui capte et qui approfondit dans les matières les plus diverses avec succès et élégance, ce qui séduit vraiment et nous fait tomber amoureux. Caresser le cerveau au lieu de la peau est pour beaucoup la forme de sexualité la plus intéressante.

 

  • Gignac, G. E., Darbyshire, J., & Ooi, M. (2018). Some people are attracted sexually to intelligence: A psychometric evaluation of sapiosexuality. Intelligence66, 98–111. https://doi.org/10.1016/j.intell.2017.11.009
  • Walton, M. T., Lykins, A. D., & Bhullar, N. (2016). Beyond Heterosexual, Bisexual, and Homosexual: A Diversity in Sexual Identity Expression. Archives of Sexual Behavior, 45(7), 1591–1597. doi: 10.1007/s10508-016-0778-3