La Rigidité Mentale, cette gardienne de prison intolérante et pressée

· 26 juin 2016

L’expression « être fermé d’esprit » fait partie du langage populaire depuis longtemps.

On emploie cette expression pour parler d’une personne qui présente une certaine rigidité mentale; autrement dit, d’une personne qui ne comprend pas ou ne veut pas comprendre un point de vue différent du sien, ou au contraire d’une personne qui, désireuse de nous faire entendre raison, perd son sang froid en essayant de nous faire comprendre notre erreur et de nous convaincre que nous nous sommes trompé.

Ainsi, on pourrait dire que, conventionnellement, lorsqu’on parle de quelqu’un de « fermé d’esprit », on fait référence à une personne qui rejette les idées ou autres perspectives différentes des siennes pour « se fermer » et se cantonner à ses propres idées et ses propres schémas mentaux ; finalement, à une personne qui tente d’adapter le monde à ses idées, et pas l’inverse.

Cette expression, au même titre que bien d’autres expressions populaires, comporte des nuances dès lors qu’on l’emploie d’un point de vue psychologique.

Ainsi, on pourrait dire que l’expression « être fermé d’esprit » a connu différentes variantes sémantiques dans le domaine de la psychologie en tant que discipline.

Dans cet article, nous allons nous concentrer sur deux de ses variantes.

La Rigidité Mentale

La rigidité mentale implique un manque de flexibilité et d’ouverture d’esprit dès lors qu’il s’agit de voir les choses sous différentes perspectives, d’accepter une critique portant sur une chose que l’on ne remet soi-même pas en question, et de vivre plutôt que de survivre.

Cette expression a souvent été utilisée dans le domaine de la psychologie clinique, que ce soit en tant que phénomène, symptôme ou trait de caractère.

Voici quelques exemples :

  • En tant que phénomène clinique : lorsque le psychanalyste parle de rigidité mentale, il fait référence à une certaine résistance de la part du patient face au changement, ou à la discussion autour d’un sujet précis que ce dernier préférerait éviter.
    Cette définition a bien plus de sens, et est davantage liée à l’expression que l’on emploie dans la vie de tous les jours.
    Par exemple, on peut parler de la rigidité mentale d’un patient face à l’amour ou l’engagement, ce qui complique alors le travail portant sur ces deux thèmes.
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  • La rigidité mentale est également très impliquée dans le concept de « Zone de Confort« , où elle agit en coupant ces ailes nécessaires à l’imagination, l’amélioration et l’amplification de notre zone de confort, explorant ainsi de nouveaux lieux.
  • La rigidité mentale peut aussi être le symptôme de certains troubles tels que le Syndrome d’Asperger, les démences séniles, ou encore le Trouble Obsessionnel Compulsif.
    La signification et la manifestation de la rigidité mentale sont les mêmes que celles présentées précédemment.
  • En réalité, le concept de rigidité mentale est pourtant plus largement considéré comme un « trait de caractère ».
    Autrement dit, généralement, en psychologie clinique, la rigidité mentale correspond à un ensemble de caractéristiques mentales, émotionnelles et comportementales (bien que fondamentalement mentales) qui se présentent ensemble de façon stable.
    Ainsi, on peut parler d’un mouvement continu comportant deux pôles opposés : forte rigidité, et faible rigidité.

Le besoin de Fermeture Cognitive

Le besoin de Fermeture Cognitive fait référence au besoin d’écarter l’incertitude que peut générer en nous une pensée ou une situation.

Ce besoin s’instaurerait en nous, nous motivant ainsi à donner une réponse simple. Plus le besoin de fermeture est important, plus il faudra d’énergie pour accepter la réponse.

Même cela n’implique pas que la réponse soit bonne, certaine, authentique ou simplement saine.

Mais, qu’est-ce que cela a à voir avec les personnes fermées d’esprit ? La réponse est très simple.

Imaginez qu’un jour, de la cendre se mette à tomber du ciel. Ce phénomène serait inexplicable, puisqu’il n’y a aucun volcan aux alentours, ni rien qui puisse produire autant de cendre.

Une personne fermée d’esprit ou quelqu’un qui présenterait un grand besoin de fermeture cognitive dirait que ce n’est pas de la cendre, mais de la neige.

Comme nous le disions précédemment, plus le besoin de fermeture est important, plus l’urgence de la réponse l’est aussi, même si cette dernière n’est pas certaine.

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Imaginons maintenant que la situation implique émotionnellement la personne ; disons qu’un de ses proches est décédé.

La personne présentant un important besoin de fermeture -n’oubliant pas les particularités propres à chacun.e- tentera de donner une réponse à cette grande incertitude qu’est la mort de façon catégorique, et peut-être même plus douloureuse qu’il ne le faudrait.

Elle remettra la faute sur les médecins et canalisera sa haine sur eux, ou bien se sentira coupable de toutes les erreurs qu’elle aura commises auprès de la personne décédée.

Les scénarios possibles sont nombreux, mais tous présentent une même caractéristique: celle de l’immédiateté et de l’impétuosité, lorsque que par moments, ces facteurs n’aident pas.

Il s’agit de la caractéristique commune entre le besoin de fermeture cognitive et l’expression « être fermé d’esprit » : l’immédiateté, et la faible tolérance à l’incertitude, ce qui pousse à répondre, et ce pas forcément en cherchant à formuler une réponse nouvelle.

Etes-vous fermé d’esprit ?

La réponse à cette question tient en deux parties. Précédemment dans cet article, nous vous avons parlé de la rigidité en tant que trait de caractère cognitif ainsi que du besoin de fermeture mentale, tout en observant le fonctionnement logique de ce besoin que, dans une plus ou moins grande mesure, nous ressentons tous : celui de surmonter l’incertitude.

D’un coté, nous devons être honnête avec nous-même et nous demander si nous voulons chercher des explications ou bien les donner.

Si vous arrêtez de couper vos amis quand ils parlent, si vous permettez que, parfois, la curiosité prenne le pas sur la tentation de s’en tenir à la première alternative de réponse, ou si vous êtes capable de vivre avec des questions, probablement êtes-vous loin d’être quelqu’un de fermé d’esprit.

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Comme nous avons déjà pu le voir, être rigide ou non, c’est une question personnelle, c’est pourquoi il est évidemment insensé de dire des choses comme « je suis moins rigide que toi » alors que l’échelle détermine chacun d’entre nous.

D’un autre côté, pour ce qui est du besoin de fermeture, il faut dire que même si on dispose d’échelles et de tests en tous genres pour le mesurer (Webmaster et Kruglanski, 1994), finalement, il en est ainsi : nous présentons tous ce besoin de fermeture.

Il n’y a rien de plus humain que de chercher l’efficience mentale et l’évitement du mal-être qui suppose de ne pas comprendre quelque chose, d’autant plus si ce quelque chose implique nos émotions.

Qui pourrait mettre sur le dos d’un de ses proches ses sentiments face à la mort ?

Finalement, ce qu’il faut tenir, c’est que c’est un mouvement continu ; il est difficile d’être ou de ne pas être rigide, d’avoir ou de ne pas avoir besoin de fermeture.

Finalement, même si on peut mesurer ces facteurs, le fond du problème, seul nous pouvons le gérer.

Ainsi, peut-être notre travail ne réside-t-il pas dans le fait d’être plus ou moins fermé, mais dans le fait de comprendre pourquoi nous le sommes, et dans quelle mesure cela nous porte préjudice.