La pensée dichotomique et la personnalité autoritaire

11 avril, 2021
Soit vous faites ce que je dis, soit vous êtes contre moi. Ce que je dis et pense est la seule vérité, le reste n'est que mensonges ou absurdités. Ce type de raisonnement est caractéristique des personnes autoritaires. Leur pensée est généralement dichotomique et rigide.

La pensée dichotomique définit les personnes qui construisent leur réalité sur la base de catégories. Pour eux, tout est noir ou blanc, bon ou mauvais. Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes contre eux.

Cette tendance à évaluer ce qui les entoure sur la base de concepts aussi extrêmes ou polarisés définit souvent un profil clairement autoritaire avec lequel il est très difficile de vivre. Les concepts absolus ne sont pas aussi nombreux qu’on pourrait le penser dans notre univers social.

C’est une chose que nous devons comprendre avant tout. C’est-à-dire que l’expérience finit toujours par nous montrer que le bonheur absolu, par exemple, n’est pas possible.

De la même manière, les êtres humains ne sont jamais complètement bons ni complètement mauvais. La réalité est changeante, complexe, pleine de nuances. Etre capable d’accepter toute cette variabilité est la clé du bien-être et de l’intelligence.

Cependant, il y a ceux qui insistent pour que tout ce qui les entoure se conforme à un schéma rigide et stable. Il conçoive seulement un modèle aussi simple que possible pour que tout reste sous contrôle.

De plus, comme le dit avec dérision un vieux proverbe serbe, il y a deux types de personnes dans ce monde, celles qui croient qu’il y a deux types de personnes et celles qui ne le croient pas. Au-delà de l’ironie (et de la sagesse) de cette idée, elle se base sur une vision assez réelle des choses.

Cette approche dichotomique est à l’origine de nombreux préjugés et de nombreux partis pris qui sont à l’origine de stéréotypes assez néfastes. C’est un thème que les psychologues Theodor Adorno et Max Horkheimer ont déjà abordé dans leur temps.

La pensée dichotomique peut être combattue en encourageant la pensée critique et la flexibilité. Une chose qui, malheureusement, n’est pas toujours appliquée dans les écoles ni enseignée à la maison.

“Qui pense peu, se trompe beaucoup.”

-Léonard de Vinci-

Illustration d'arbres en forme de tête.

La pensée dichotomique et l’esprit primitif

La pensée dichotomique ou la pensée en noir et blanc est nuisible et devrait être mise au rebut. C’est le vestige d’un passé où les dichotomies clairement biaisées abondaient en excès. On parlait alors par exemple de certaines races supérieures à d’autres, d’un sexe plus fort qu’un autre, etc.

Or, s’il y a une chose que nous enseigne le domaine de la psychologie sociale, c’est que ce type d’approche cognitive est beaucoup plus courant que nous le pensons. Cela peut surprendre certaines personnes mais, d’une certaine manière, il est beaucoup plus facile de penser en termes absolus. En effet, cela ne demande aucun effort.

Pour cette raison, beaucoup de personnes appliquent ce mode de pensée sans même s’en rendre compte. Elles le font lorsqu’elles voient les choses en termes de bon ou de mauvais, de bien ou de mal. Elles ne savent pas apprécier les nuances entre ces deux extrêmes.

Avec un peu plus de réflexion et d’empathie, ce sont pourtant les nuances qui, souvent, nous permettent de voir une réalité plus large et plus riche. Il convient de noter que des psychologues tels que Aaron T. Beck ont défini ce type de raisonnement comme une “pensée primitive et immature”. Et ce, dès les années 1960.

Ainsi, selon le père de la thérapie cognitive, les gens qui pensent en termes absolus et qui appliquent ce type de biais, se caractérisent par des processus mentaux très rigides. Parmi ces processus, nous pouvons citer les suivants :

  • Les personnes concernées ne s’arrêtent que sur les aspects globaux de la réalité. Elles ne sont pas capables d’analyser et de conceptualiser certaines informations en termes d’échelles, de degrés ou de dimensions.
  • Leur pensée est également invariable et irréversible.
Le chef et la pensée dichotomique.

La pensée dichotomique et l’autoritarisme

Aaron T. Beck a indiqué à son époque que ce type de mode de pensée n’est pas, en soi, révélateur d’un quelconque trouble mental. Cependant, il arrive que d’autres symptômes viennent s’ajouter à la pensée dichotomique pour donner forme à des états cliniques. C’est par exemple le cas du trouble de la personnalité borderline.

Par ailleurs, on retrouve souvent la pensée dichotomique dans le comportement autoritaire. Aujourd’hui, nous disposons même d’une échelle pour la mesurer. C’est notamment grâce à des études comme celle menée par le Dr Atkushi Oshio, de l’Université de Tokyo, que nous avons découvert la relation intime entre l’autoritarisme et la “pensée en noir et blanc”.

  • Selon ces travaux, la pensée dichotomique est courante chez les personnes narcissiques ayant une faible estime d’elles-mêmes et qui affichent un comportement autoritaire.
  • Ce sont des personnes qui ne tolèrent pas l’ambiguïté. Elles ont besoin de tout contrôler et elles ont tendance à dévaloriser toute personne qui pense différemment d’elles.
  • Le perfectionnisme est un autre facteur qui accompagne généralement ce type de personnalité.

La nécessité de faire travailler notre flexibilité cognitive

Pour faire taire la pensée dichotomique, nous devons promouvoir la flexibilité cognitive. Et ce, dès le plus jeune âge.

Cette fonction exécutive nous permettrait, entre autres, d’avoir une plus grande capacité à résoudre des problèmes. Après tout, une chose que la personnalité rigide et autoritaire n’accepte pas est la contradiction. Cependant, s’il est une chose qui abonde dans notre réalité quotidienne, c’est bien la complexité et la variabilité.

Une ampoule en forme de tête.

Par conséquent, être capable d’assumer cette richesse de facteurs et de catégories et d’avoir un point de vue plus ouvert, respectueux et flexible nous enrichirait beaucoup plus en tant qu’êtres humains. Prendre en compte d’autres points de vue est synonyme d’empathie et d’intelligence.

La pensée flexible, par opposition à la pensée dichotomique et rigide, façonne un style de vie où il est possible de s’adapter beaucoup mieux aux complexités de l’environnement. On ressent moins de frustration, on est plus créatifs mais aussi plus tolérants.

On est alors prêt à analyser, à valoriser et à se connecter beaucoup mieux avec tout ce qui nous entoure. Essayons d’appliquer cette approche dans notre vie quotidienne et combattons les regards autoritaires qui cherchent à créer un monde à leur mesure.

  • Altemeyer, B. (1998). The Other “Authoritarian Personality.” Advances in Experimental Social Psychology30(C), 47–92. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(08)60382-2
  • Jurczak, CA, Adorno, TW, Frenkel-Brunswik, Levinson, DJ, y Nevitt-Sanford, R. (2007). La personalidad autoritaria. The American Catholic Sociology Review , 11 (2), 96. https://doi.org/10.2307/3707481
  • Oshio, A. (2009). Desarrollo y validación del Inventario de Pensamiento Dicotómico. Comportamiento social y personalidad: An International Journal , 37 (6), 729–741. https://doi.org/10.2224/sbp.2009.37.6.729