La neurobiologie de l'agression impulsive

17 juin, 2020
Pendant la première moitié du XXè siècle, des études sur l'agression impulsive ont été réalisées sur chats, plus précisément au niveau de leur hypothalamus postérieur. S'agissant d'une zone détruite et sans connexion avec des centres, les chercheurs ont déterminé qu'elle était à l'origine d'un comportement agressif de type rage.

L’agression est un comportement complexe et hétérogène. Nous pouvons distinguer essentiellement deux types d’agression : l’agression préméditée (prédatrice et instrumentale) et l’agression impulsive (affective et réactive). Nous nous centrerons ici sur la neurobiologie de l’agression impulsive.

Pour l’auteur Stahl, l’agression impulsive peut refléter “une hypersensibilité émotionnelle et une perception exagérée des menaces. Cela peut être lié à un déséquilibre entre les contrôles inhibiteurs corticaux de haut en bas et les impulsions limbiques de bas en haut.”

Grosso modo, il semblerait que l’agression impulsive non restreinte exerce une grande activité dans la zone de l’amygdale. Elle exerce également une faible activité inhibitrice dans la zone du cortex orbitofrontal (COF). Mais lorsqu’une personne tente de contrôler son agression impulsive, l’activité augmente dans la zone du COF. La question que nous nous posons ici est donc la suivante : au sein du système nerveux central, d’où vient le comportement agressif ?

Agression impulsive : l’hypothalamus et la substance grise périaqueducale

Pendant la première moitié du XXè siècle, des études sur le sujet ont été réalisées sur des chats. Plus particulièrement au niveau de leur hypothalamus postérieur. Les chercheurs ont conclu que la destruction de cette zone détruisait un comportement agressif de type rage (fausse rage) qui ne semblait pas être une vraie colère. De plus, ce comportement n’était pas toujours dirigé vers le stimulus à l’origine de la rage. Un stimulus dans cette zone provoquait ce comportement de rage (2, 3).

Les études sur les bases neurologiques de l’agression chez les chats ont conduit à la description suivante (4, 5) :

  • Une attaque affective caractérisée par des réponses émotionnelles typiques du système nerveux sympathique
  • Une attaque prédatrice sans ces réponses émotionnelles typiques
L'agression impulsive chez une femme

L’attaque affective, une expression de l’agression impulsive

L’attaque affective peut être contrôlée depuis une grande extension de l’hypothalamus médial. Cette extension s’étend vers le tronc cérébral où se trouvent les centres nerveux qui contrôlent l’expression de l’attaque (râler, ronchonner) (6). Ces deux autres zones peuvent être impliquées dans l’attaque affective :

  • L’amygdale médiale
    • Elle envoie des informations stimulantes à l’hypothalamus
  • La substance grise périaqueducale dorsale du tronc cérébral
    • L’hypothlamus envoie à cette substance des informations stimulantes. De plus, depuis cette substance, il y a des connexions stimulantes avec le locus cœruleus et le noyau solitaire qui interviennent dans les réponses autonomes pendant l’attaque affective (6)

L’attaque prédatrice

C’est le cerveau qui contrôle ce type d’attaque depuis l’hypothalamus latéral et depuis d’autres régions du tronc cérébral telles que la substance grise périaqueducale ventrolatérale, entre autres. De plus, l’hypothalamus latéral reçoit des informations stimulantes depuis l’amygdale centrale et latérale, et inhibitrices depuis l’amygdale médiale. Dans le cadre de cette recherche, les chercheurs ont conclu que ces circuits s’inhibaient mutuellement ; lorsque le chat exécutait une attaque prédatrice, il ne pouvait pas exécuter en même temps une attaque affective.

Haller (2014) affirme que les mécanismes décrits chez le chat au niveau de l’hypothalamus, de la sustance grise périaqueducale et d’autres centres comme l’amygdale peuvent fonctionner de manière similaire chez les humains. Il ajoute à ces zones le cortex préfrontal en tant que substrat des facteurs psychologiques.

Les structures limbiques (l’amygdale, la formation hippocampique, le setum, le cortex préfrontal et la circonvolution du cingulum) modulent fortement l’agression via leurs connexions avec l’hypothalamus médial et l’hypothalamus latéral (7)

Impulsion agressive : le rôle de l’amygdale

Visiblement, l’amygdale serait clairement impliquée dans le comportement agressif. Par exemple, chez des sujets violents psychopathes, plusieurs études montrent une diminution significative du volume de la substance grise de l’amygdale (8, 9). Mais il est vrai que d’autres études montrent le contraire (1). Il semble toutefois certain que l’amygdale joue un rôle dans l’agression. Néanmoins, on ne sait pas encore bien si elle augmente ou diminue de taille lorsque l’agression se produit.

Quant à l’activation de l’amygdale, plusieurs études ont été réalisées sur des psychopathes. Ces études ont montré des niveaux d’activité plus bas dans l’amygdale pendant la visualisation d’images violentes (1).

L'agression impulsive dans le cerveau

Le cortex préfrontal dans la neurobiologie de l’agression

Au sujet de la relation entre le type d’agression et l’activité du cortex préfrontal, une étude réalisée au moyen d’une tomographie par émission de positons (TEP) sur des assassins prédateurs (psychopathes) et impulsifs, ainsi que sur des sujets normaux d’un point de vue neurologique et comportemental (10), a apporté les résultats suivants :

  • Les assassins impulsifs présentaient une activité préfrontale moins importante et une activité sous-corticale dans le lobe temporal (emplacement de l’amygdale) plus importante en comparaison avec les autres sujets
  • Les assassins prédateurs présentaient une activité préfrontale similaire à celle des autres sujets, mais aussi une activité sous-corticale excessive

De manière générale, il semblerait donc que la violence entraîne au moins une activité fonctionnelle étrange dans le cortex préfrontal.

Les études sur la neurobiologie de l’agression impulsive montrent que les structures sous-corticales telles que l’amygdale sont responsables de ce comportement. Bien que ces études ne soient pas concluantes, elles suggèrent que le comportement violent serait le résultat d’un dysfonctionnement dans l’activité corticale et sous-corticale.

 

  1. Ortega-Escobar, J., & Alcázar-Córcoles, M. Á. (2016). Neurobiología de la agresión y la violencia. Anuario de psicología jurídica, 26(1), 60-69.
  2. Finger, S. (2001). Origins of neuroscience: a history of explorations into brain function. Oxford University Press, USA.
  3. Siegel, A. (2004). Neurobiology of aggression and rage. CRC Press.
  4. McEllistrem, J. E. (2004). Affective and predatory violence: A bimodal classification system of human aggression and violence. Aggression and violent behavior, 10(1), 1-30.
  5. Siegel, A. (2004). Neurobiology of aggression and rage. CRC Press.
  6. McEllistrem, J. E. (2004). Affective and predatory violence: A bimodal classification system of human aggression and violence. Aggression and violent behavior, 10(1), 1-30.
  7. Haller, J., & Haller, J. (2014). Neurobiological bases of abnormal aggression and violent behaviour. New York, NY: Springer.
  8. Ermer, E., Cope, L. M., Nyalakanti, P. K., Calhoun, V. D., & Kiehl, K. A. (2012). Aberrant paralimbic gray matter in criminal psychopathy. Journal of abnormal psychology, 121(3), 649.
  9. Tiihonen, J., Hodgins, S., Vaurio, O., Laakso, M., Repo, E., Soininen, H. y Avolainen, L.(2000). Amygdaloid volume loss in psychopathy. Society for Neuroscience Abstracts, 2017.
  10. Raine, A., Meloy, J. R., Bihrle, S., Stoddard, J., LaCasse, L., & Buchsbaum, M. S. (1998). Reduced prefrontal and increased subcortical brain functioning assessed using positron emission tomography in predatory and affective murderers. Behavioral sciences & the law, 16(3), 319-332.