La drogue fait réellement du mal lorsqu’aucune autre issue n’est identifiée

11 octobre 2017 dans Psychologie 1 Partagés

On a tenté d’expliquer la consommation et l’addiction envers des substances déterminées en adoptant des perspectives différentes et elles ont peut-être toutes une certaine raison. L’une des perspectives les plus explorées est celle qui englobe les facteurs environnementaux identifiés dans différentes recherches comme des facteurs de risques, associés à la consommation et à l’addiction pour une drogue déterminée.

D’autre part, tenter d’isoler la composante addictive d’une drogue sans tenir compte des circonstances et des caractéristiques particulières de la personne qui la consomme est une erreur. Réellement, si nous souhaitons comprendre le problème, nous nous devons d’aller au-delà de la simple substance et de son pouvoir addictif, en n’oubliant pas le/la consommateur-trice, chaque consommateur-trice.

De cette manière, nous pourrons répondre à une question simple, qui à la fois illustre l’idée que nous souhaitons exposer. Par exemple, pourquoi certaines personnes consomment de l’alcool, même fréquemment et en quantités élevées, mais ne tombent pas dans l’addiction ?

Les souris qui avaient seulement de la drogue et celles qui avaient aussi des toboggans

Nous pouvons tenter d’analyser le phénomène d’addiction en nous penchant sur un laboratoire. Dans la première expérience, une souris est dans une cage avec deux bouteilles d’eau. L’une est remplie uniquement d’eau et l’autre d’héroïne ou de cocaïne diluée.

Quasiment à chaque fois que l’expérience fut réalisée, la souris se montrait obsédée par l’eau avec de la drogue et revenait en chercher jusqu’à en mourir. Cela pourrait s’expliquer par l’action de la drogue sur le cerveau. En revanche, dans les années 60, un professeur de psychologie à Vancouver, Bruce Alexander, révisa et modifia l’expérience.

Ce psychologue a construit un parc pour les souris (Rat Park). Il s’agissait d’une cage de diversion dans laquelle les souris avaient des balles de couleur, des tunnels pour gambader, de nombreuses amies et de la nourriture en abondance. En définitive, tout ce dont une souris pourrait rêver. Dans le parc des souris, elles testèrent une à une les deux bouteilles d’eau car elles ne savaient pas ce qu’elles contenaient.

être prisonnier-ère de la drogue

Ce qui se produisit est que les souris qui menaient une bonne vie ne tombèrent pas « prisonnières » de la drogue. En général, elles évitaient de la boire et au final, elles consommèrent moins d’un quart des drogues consommées par les souris isolées. Aucune ne mourra. Tandis que les souris isolées et malheureuses devinrent addicts et n’eurent pas la même chance.

La forme de la première expérience ne tenait pas compte du fait que la souris pouvait seulement rôder dans la cage en suivant des réflexes et des stimuli basiques ou se limiter à boire l’eau avec la drogue. Ces actions supposaient au moins la réalisation d’une activité motrice différente et la possibilité de faire quelque chose, indépendamment de l’attraction probable qu’avait la drogue pour elle.

En revanche, la deuxième expérience offrait une ALTERNATIVE aux souris, et pas n’importe laquelle : une activité très attractive, marquante et stimulante. Les souris qui avaient une bonne alternative ou simplement une routine de vie agréable ne ressentaient pas la nécessité de boire continuellement l’eau à la substance qui stimulait le plaisir ; ou au moins elles ne remarquaient pas le déséquilibre.

Cela fut davantage surprenant lorsqu’une troisième révision de l’expérience fut introduite pour les souris qui avaient passé 57 jours enfermées dans des cages avec pour seule option celle de consommer de la drogue. On observa qu’une fois l’abstinence surmontée, et dans un environnement joyeux, elles récupérèrent toutes.

Une bonne vie : le meilleur moyen de ne pas tomber dans de mauvaises habitudes

Si vous êtes heureux-se, nous n’aurez pas besoin de remplir de vide, et si vous êtes malheureux-se vous souhaitez peut-être couvrir cette décompensation chimique par une substance. Le noyau accumbens ; le centre de la réception de la dopamine dans le cerveau, et de l’émission des sensations de plaisir associées à une conduite ; est un roi assis chargé de recevoir des sujets, environnementaux et chimiques.

Il y a des sujets très fidèles qui récupèrent pour lui, des biens et des possessions de manière continue, agents chimiques de la dopamine : eau, nourriture, interaction sociale stimulante, bon lit dans lequel se reposer… Si en plus, ces biens sont donnés de manière individuelle ou restreinte dans des conditions de privation, alors cela rajoute du plaisir.

Des milliers de soldats de la guerre du Vietnam devinrent prisonniers de l’addiction à l’héroïne. A leur retour au foyer et une fois le syndrome d’abstinence surmonté, les soldats reprirent leur vie normale s’ils vivaient dans un environnement satisfaisant.

drogue et soldats

La drogue en soi n’est pas un amplificateur de comportement puissant si elle ne s’installe pas dans les griffes orphelines vitales de l’affection, de routines saines ou d’un travail digne. Peut-être qu’une fois établie, elle se convertit en une conduite addictive qui se maintient par simple répétition ou/et destruction de la vie, mais son point départ est beaucoup plus complexe.

Une explication ; qui nous donne de l’espoir et du sens, éloignée des visions moralistes ou chimiquement réductrices qui présentent l’addict comme quelqu’un ayant un caractère faible ; nous fait comprendre que les addicts, en préservant les distances, pourraient être comme les souris de la première cage : isolé-e-s, seul-e-s et avec une seule voie d’évasion ou de plaisir à leur disposition.  Au contraire, une personne qui consomme de la drogue, mais revient vers un environnement satisfaisant, peut éviter de tomber dans l’addiction car elle a à sa disposition d’autres stimuli qui mettent en marche son circuit cérébral de récompense.

En ce sens, la clé est de nous construire une « cage » qui sache la liberté. Une « cage » dans laquelle nous avons des alternatives différentes que nous pourrons inter-changer afin de produire des sensations agréables, de manière à ne jamais générer une quelconque dépendance. On peut donc dire que les drogues sont mauvaises, mais qu’elles sont encore pires lorsqu’elles apparaissent dans un contexte de désespoir dans lequel la personne n’est pas capable de voir une alternative possible au fait de s’attacher pour se sentir bien… Car nous voulons tous nous sentir bien, même si cela ne dure qu’un instant.

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