La dépression majeure résistante : lorsque le traitement ne fonctionne pas

· 23 novembre 2017

La dépression majeure résistante, ou dépression réfractaire, est une dépression tendant à ne pas répondre aux traitements pharmacologiques ordinaires. Il est commun pour beaucoup de ces patient-e-s de passer par toute une série de combinaisons de médicaments ou d’approches thérapeutiques sans obtenir d’amélioration. Cependant, l’expérience nous montre que, tôt ou tard, nous trouvons le traitement leur permettant de commencer à éprouver des changements positifs.

La définition de ce terme, aussi curieux que cela puisse paraître, soulève encore de nombreux désaccords. D’après le guide NICE  (The National Institute for Health and Care Excellence), il nous est dit, par exemple, que diagnostiquer une personne souffrant de dépression résistante uniquement parce qu’elle ne montre pas l’évolution attendue après avoir pris deux types d’antidépresseurs, est quelque peu arbitraire.

En outre, des organisations telles que l’Association Britannique de Psychopharmacologie considèrent que ce diagnostic devrait être réalisé lorsque le/la patient-e a essayé différentes combinaisons de médicaments sans obtenir de changements positifs.

La dépression majeure résistante  est généralement l’une des plus complexes à traiter : il est fréquent que de nombreux-ses patient-e-s perdent espoir et cessent de faire confiance aux professionnel-le-s de la santé.
Comme nous pouvons le constater, il n’existe toujours pas de consensus clair à ce sujet. Cependant, nous pouvons constater que près de 30% des patient-e-s diagnostiqué-e-s avec une dépression majeure ne connaissent pas d’amélioration. Par conséquent, nous trouvons de nombreux-ses professionnel-le-s qui se considèrent obligé-e-s de réévaluer le diagnostic pour une raison très évidente : il peut parfois y avoir des troubles sous-jacents non identifiés. Approfondissons un peu plus cette réalité.
dépression majeure résistante

Dépression majeure résistante : lorsque le médicament échoue

La dépression se soigne, cela doit être clair dès le début. Quelle que soit sa typologie, nous sommes face à un type de trouble multifactoriel qui nécessite plusieurs stratégies afin de le surmonter : pharmacologique, psychothérapeutique, sociale, etc.

Il en est de même pour la dépression majeure résistante. Cependant, dans ces cas, nous devons simplement être constant-e-s et persévérant-e-s afin de trouver les traitements les plus efficaces pour que la personne (le/la patient-e qui vit des souffrances indicibles) connaisse l’amélioration dont elle a besoin.

En revanche, nous ne pouvons pas oublier que les antidépresseurs, pris aux doses appropriées et pour un minimum de 6 semaines, offrent généralement une efficacité prouvée, mais lorsque cela n’est pas le cas, lorsque le patient perçoit que son malaise est toujours présent, installé et le dévore, la désolation devient absolue. Plus encore, le/la patient-e peut éprouver la perte de confiance à l’égard de son médecin et devenir sceptique lorsqu’il s’agira d’essayer un nouveau traitement.

Aborder la dépression majeure résistante n’est facile pour aucune des parties, c’est pourquoi un engagement ferme du/de la patient-e est nécessaire dans de nombreux cas, tout comme le soutien familial afin de ne pas perdre l’alliance thérapeutique. En effet, lorsque le/la patient-e a déjà essayé deux types d’antidépresseurs sans éprouver de changements, la première chose que les médecins doivent faire, avant de commencer une nouvelle approche, sera :

  • Vérifier que le/la patient-e se conforme au traitement, aux doses indiquées et au temps établi.
  • Vérifier s’iel prend d’autres types de médicaments (sur ordonnance ou non, y compris ceux dits « naturels ») qui pourraient interférer avec l’action des médicaments.
  • Vérifier s’il existe d’autres problèmes de santé, tels que des maladies cardiovasculaires, neurologiques ou hormonales.
  • Vérifier si un diagnostic adéquat a été réalisé. Dans de nombreux cas, la résistance de la dépression majeure au traitement tend à dériver de la présence d’autres troubles, tels que le trouble bipolaire, le trouble de la personnalité borderline, etc.

Enfin, il est également essentiel que le/la patient-e soit pleinement conscient-e de sa maladie et que, dans la mesure du possible, iel soit motivé-e pour y remédier. La chimie, comme nous le savons déjà, est efficace et essentielle dans le traitement de la dépression, mais elle nécessite aussi un certain engagement personnel pour optimiser le processus thérapeutique.

homme souffrant de dépression majeure résistante

Stratégies pour aider la personne atteinte de dépression majeure résistante

À ce stade, nous nous sommes rendu-e compte d’un aspect : il est considéré que quelqu’un souffre d’une dépression majeure résistante lorsqu’elle ne répond pas au traitement pharmacologique. Cependant, que se passe-t-il avec l’approche psychothérapeutique ? N’est-elle pas utile dans ces cas ? Nous devons admettre qu’il n’existe pas d’études concluantes sur ce point. En d’autres termes, lorsqu’une personne souffrant de dépression majeure ne connait pas d’amélioration avec les antidépresseurs, elle ne bénéficie généralement pas de la thérapie.

Par conséquent, nous ne devons pas oublier que ce type de dépression est un trouble sévère de l’humeur qui nécessite l’administration de médicaments psychotropes et que lorsque ces derniers ne fonctionnent pas, la stratégie suivante est habituellement mise en oeuvre :

  • La dose est augmentée.
  • Nous changeons d’antidépresseur.
  • Nous combinons les antidépresseurs.
  • Nous renforçons le traitement de l’antidépresseur avec un autre médicament, tel que :
    • Antipsychotiques
    • Lithium
    • Anticonvulsivants
    • Triiodothyronine
    •  Pindolol
    • Zinc
    • Benzodiazépines.

Deux techniques pour la dépression majeure résistante

Jusqu’à récemment, la dépression majeure résistante était systématiquement traitée à travers la controversée thérapie électro-convulsive. Cependant, au cours des dernières années, deux thérapies intéressantes sont apparues :

  • La stimulation magnétique transcrânienne (TMS) est une forme non invasive et indolore de stimulation du cortex cérébral capable de contrôler l’activité normale du cerveau de manière contrôlée. Grâce à cette « neuro-modulation », nous obtenons par exemple que les médicaments agissent efficacement ou que la personne soit plus réceptive à la thérapie psychologique.
  • D’autre part, comme nous  l’expliquent certaines études, la stimulation du nerf vague est une autre stratégie permettant d’améliorer de manière significative les symptômes de la dépression majeure. Cette méthode est basée sur l’application d’un dispositif électrique stimulant ce nerf, lequel est en contact avec notre cerveau. Grâce à cela, le/la patient-e perçoit plus de calme, réduit le stress, l’anxiété et les pensées négatives.
cerveau

Que dois-je faire si je souffre de dépression majeure résistante ?

  • Si le traitement ne fonctionne pas immédiatement, n’abandonnez pas.
  • Comprenez que votre médecin devra peut être modifier la dose ou vous proposer de commencer avec un nouveau médicament psychotrope ou même d’en combiner plusieurs types. Soyez patient-e et faites confiance.
  • Comprenez que la dépression est unique chez chaque personne et, par conséquent, votre médecin doit trouver le traitement qui vous convient le mieux. Vous devez lui faire confiance et travailler ensemble.
  • Si vous prenez d’autres médicaments, vous devez en informer votre médecin.
  • Il est également important que vous preniez soin de votre santé et de votre style de vie. Parfois, une mauvaise alimentation ou même une dépendance peut interférer avec le traitement.
Enfin, rappelez-vous que notre corps et notre esprit montrent souvent leur complexité, mais cela ne signifie pas que vous n’avez pas le droit ou de vous sentir bien, ou de vous libérer de cette dépression. N’ayez pas peur de suivre les conseils des bon-ne-s professionnel-le-s, car iels trouveront tôt ou tard l’approche qui convient le mieux à votre personne.