John Forbes Nash : biographie du mathématicien à l’esprit prodigieux

2 mai 2019
John Forbes Nash était l'un des mathématiciens les plus brillants de notre temps, quelqu'un qui nous surprend encore aujourd'hui. Très tôt, il avait des performances scolaires exceptionnelles, mais il a dû apprendre à vivre avec la schizophrénie paranoïaque.

John Forbes Nash était l’un des mathématiciens les plus brillants de notre siècle. Il a remporté le prix Nobel d’économie pour sa théorie des jeux et ses processus de négociation. Cependant, s’il y a un aspect pour lequel on se souvient de lui, c’est pour son esprit prodigieux (et merveilleux) capable de faire face à la schizophrénie paranoïaque en gérant des pensées irrationnelles.

Sylvia Nasar, journaliste et professeure à l’Université Columbia, a écrit un livre sur la vie de Nash, qui a ensuite été présenté au grand écran sous le titre A Beautiful Mind. Ce travail décrit pour nous, avant tout, l’ère la plus créative de ce génie mathématique qui avait l’habitude d’errer dans les couloirs de l’Université de Princeton.

John Forbes Nash : quelques faits surprenants

John Forbes Nash jeune

C’est vers l’âge de 30 ans qu’il a été diagnostiqué schizophrène. C’est aussi à cette époque que ses aptitudes et ses capacités en mathématiques étaient plus éveillées que jamais. Comme Nash l’a plus tard lui-même expliqué, il s’est limité à donner la même véracité aux êtres surnaturels qu’il voyait qu’à ses travaux. En définitive, il a modelé son esprit comme il l’a fait pour ses idées mathématiques. Les deux mondes se chevauchaient de manière diffuse, mais ils lui donnaient aussi une étonnante harmonie créative et théorique.

Ses contributions de l’époque ont été immenses. Par exemple, ses équations non linéaires en dérivées partielles ont eu un impact décisif en mathématiques. Mais aussi dans des domaines tels que la finance, la biologie systémique, les sciences politiques, la psychologie et, bien sûr, l’économie.

Ainsi, sa théorie des jeux, par exemple, nous fournit un outil très précieux pour essayer de prédire comment différents phénomènes vont évoluer. En outre, nous ne pouvons ignorer le fait que cette approche théorique a un noble objectif, puisque l’idée de Nash était de parvenir à une formule pour créer des économies et des politiques plus justes.

« Même quand j’étais atteint de troubles mentaux, je m’intéressais beaucoup aux nombres. Mais c’est vers les années 1980 que j’ai décidé que l’appréciation scientifique des nombres devrait être plus pertinente que mes idées paranoïaques. »

-John Nash-

La petite enfance de John Forbes Nash : entre intuition et talent mathématique

John Forbes Nash est né en juin 1928 en Virginie. Comme nous pouvons déjà le deviner, ce génie des mathématiques était un enfant avec de grandes capacités. Il a appris à lire très tôt, et comme une bonne partie des élèves doués, il a mis en évidence les problèmes classiques de l’adaptation à une école ordinaire. Il ne faisait pas attention, était très agité, avait des problèmes avec ses aptitudes sociales et avait de mauvaises notes.

Pour autant, son intuition pour les mathématiques et tout ce qui concerne les sciences était prodigieuse. De fait, il n’était pas encore un adolescent quand il fouillait déjà dans le théorème classique de Fermat de son propre chef. Cet appétit d’apprendre lui a permis d’entrer au Carnegie Institute of Technology à Pittsburgh – plus tôt que prévu pour son âge. Plus tard, il a voulu se spécialiser en chimie et en ingénierie et a échoué. Son domaine de prédilection devait rester les mathématiques pour le restant de sa vie.

C’est en 1948 que les portes lui ont été ouvertes de ce qui allait devenir son véritable destin : l’Université de Princeton, la Mecque des mathématiques. C’était la demeure d’autres esprits prodigieux comme Albert Einstein ou Von Neumann. Ce dernier était la véritable référence de John Forbes Nash, qui a introduit la théorie des jeux dans les sciences mathématiques, la même théorie qu’il allait commencer à s’améliorer dès son arrivée à l’université.

« Je ne pense pas que j’aurais eu de bonnes idées scientifiques si j’avais pensé comme les autres, de façon formelle. »

-John Forbes Nash-

L’ombre du génie créateur : réussite scolaire et maladie

John Forbes Nash et sa femme

Sa carrière académique a été fulgurante. Nash avait un don. Il y avait quelque chose d’extraordinaire à propos de lui, sa façon d’innover dans les formules mathématiques et théorèmes, sa technique exquise pour parvenir à une solution rapide et tout simplement étonnante… Ses professeurs, camarades de classe et étudiants ont admiré cet esprit brillant. Cependant, ils étaient également conscients de son comportement excentrique.

Il a obtenu son doctorat à l’âge de 21 ans grâce à une thèse de 27 pages sur les jeux non coopératifs, reconnue par l’ensemble de la communauté universitaire. Plus tard, il a commencé à travailler pour l’U.S. Air Force dans le domaine de la recherche stratégique. En 1957, John Forbes Nash épousera une ancienne élève, Alicia Lardé López-Harrison. Cette jeune femme serait son meilleur soutien tout au long de sa vie.

C’est précisément un an après cet heureux événement que tout a commencé à déraper. Nash a commencé à manifester des comportements paranoïaques. Il était convaincu qu’il était poursuivi par des cryptocommunistes et que quiconque portait une cravate rouge l’espionnait et conspirait contre lui. Il a envoyé des lettres aux ambassades de Washington, alertant et informant des complots politiques complexes….

Un esprit qui a appris à contrôler son désordre

Après son admission à l’hôpital McLean, on lui a diagnostiqué une schizophrénie paranoïaque. Sa vie a ensuite donné lieu à tout un parcours d’admissions, près d’un an d’hospitalisation psychiatrique, de traitements antipsychotiques et de thérapies de choc à l’insuline. Ainsi, alors qu’il luttait dans cet univers clinique, entre rechutes et délires, ses travaux académiques ont reçu plus d’admiration et de respect de la part de la communauté universitaire.

Puis, dans les années 1970, John Forbes Nash a pris une décision : ne pas laisser ses pensées irrationnelles et ses idées paranoïaques prendre le contrôle de sa vie. Il a décidé d’ériger un mur, de contenir cet univers surnaturel et d’améliorer ses habitudes de vie. Notamment grâce au soutien de sa femme. En effet, Alicia a pu s’occuper de son alimentation, se calmer jour après jour et ainsi réduire ces voix internes.

Cependant, son comportement est resté erratique et déconcertant pendant quelques années. Ses collègues de l’université se sont rapidement habitués. Nash a donc été en mesure de poursuivre son travail avec un meilleur contrôle de sa maladie. Et ce sans avoir recours aux médicaments.

Le prix Nobel, la reconnaissance et une fin inattendue

En 1994, John Forbes Nash a reçu le prix Nobel d’économie. Son mérite principal a été d’ajouter le concept d’équilibre dans la théorie des jeux. Il a donc donné à la science et à la discipline un moyen plus fiable de prédire le comportement des gens. Les applications de son travail peuvent être incluses dans presque tous les domaines. Cependant, le monde de l’économie, et plus particulièrement de la microéconomie, s’est fortement inspiré de cette théorie.

Après son prix Nobel, les vies de Nash et de son épouse Alicia ont été bouleversées avec l’arrivée de la journaliste du New York Times Sylvia Nasar. Elle voulait raconter son histoire, elle voulait expliquer au monde comment il traitait sa schizophrénie et comment il avait développé sa théorie de l’équilibre. Ainsi, après la publication du roman, vint plus tard le film A Beautiful Mind, lauréat de plusieurs Oscars.

Soudain, tout le monde connaissait John Forbes Nash. Ce professeur qui a continué à parcourir les couloirs de Princeton d’une manière discrète, excentrique et toujours concentrée. Maintenant, son esprit n’avait plus le même brio qu’avant. Avec le retour à la rationalité et le contrôle de sa maladie, son intuition mathématique n’était plus la même.

Malheureusement, Nash et Alicia sont morts ensemble le 23 mai 2015 dans un accident de la circulation après avoir reçu un prix du roi Harald V à Oslo pour leur travail. Il avait 86 ans.

 

  • Del Carmen Orfila, D. (2007). Teoría de los Juegos–Los Aportes de John Forbes Nash (h). Contribuciones a la Economía, (2007-09).
  • García, H. M. (2016). John Forbes Nash, Jr.(1928–2015). Economía Informa397, 139-145.
  • Nasar, Sylvia, Una mente prodigiosa, Penguin Random House Grupo Editorial España