Hypatie d’Alexandrie : science et religion

16 juillet 2019
Assassinée d'une manière cruelle, Hypatie était une femme de raison, une enseignante dans des endroits où les femmes n'entraient même pas, une révolutionnaire qui croyait, avant tout, en la science...

Hypatie d’Alexandrie fut la première philosophe, mathématicienne et physicienne dont l’existence a été prouvée de manière fiable. Elle est née en Egypte à la fin du IVème siècle. Enseignante et directrice de l’école néoplatonicienne d’Alexandrie au début du Vème siècle, elle cultivait des connaissances telles que la géométrie et la logique. Hypathie menant donc une vie ascétique selon les préceptes néo-platoniques.

Elle a été enseignante et éducatrice d’une école sélect d’aristocrates, de chrétiens et de païens, qui ont fini par occuper des postes élevées dans la société alexandrine. C’est ainsi qu’elle est devenue une figure à forte influence sociale, la cible de la jalousie de beaucoup.

D’autre part, parmi ses réalisations scientifiques, mentionnons l’amélioration des astrolabes primitifs qui servaient à déterminer la position des étoiles dans la voûte céleste. De plus, elle a inventé un densimètre, un instrument utilisé pour déterminer la densité relative des liquides sans avoir besoin de calculs mathématiques complexes.

Hypathie d'Alexandrie

Chrétiens et païens, science et religion

Alexandrie était le siège central d’une guerre civile sanglante entre chrétiens et païens. Le plus haut représentant du christianisme, le patriarche Théophile, avait l’intention de mettre fin à tout culte religieux non chrétien. A savoir, au paganisme sous toutes ses formes. D’autre part, l’élite intellectuelle soutenait les défenseurs du temple païen ; tous les philosophes défendant le paganisme ont quitté Alexandrie pour sauver leur vie.

Cependant, Hypatie, qui considérait que la philosophie, la science et les mathématiques étaient très éloignées des conflits politiques et religieux, continuait à donner des cours comme si toute cette guerre n’avait pas lieu. En réalité, jusque-là, personne ne l’avait dérangée, peut-être en raison de sa position neutre sur le sujet.

Mais quand Cyrille, beaucoup plus implacable, prend la place du Patriarche Théophile, le niveau de persécution contre tout ce qui n’est pas chrétien augmente. Cette fois, Hypatie ne peut rester en dehors des disputes et se place du côté d’Oreste, un délégué impérial dont la fonction était la fermeté et l’ordre étatique.

En fin de compte, Hypatie se sent représentée avec tout le traditionnel. Avec la polis grecque aristotélicienne où la religion n’est qu’une partie de la politique. Et non l’inverse. Son idée était que l’autorité religieuse devait se subordonner à la politique et au bien-être des citoyens et non l’inverse.

Jusque-là, Hypatie – en donnant des cours à l’élite alexandrine où se rencontraient « païens » et chrétiens – avait été la preuve vivante que le christianisme était compatible avec le reste des idées philosophiques et religieuses. Il y a des sources qui disent que des gens de tous les milieux l’admiraient.

En réalité, presque tout le monde, puisqu’il y a une secte irréductible de chrétiens fanatiques qui n’en veulent pas dans leur ville. D’autre part, son influence arrive jusqu’aux couches inférieures, mais d’une manière beaucoup plus atténuée que la religion.

Hypatie d'Alexandrie

Hypatie « la païenne » et « la sorcière »

Les chrétiens surnomment Hypathie « la païenne ». Il n’était pas difficile de répandre des rumeurs sur l’état de sorcellerie de cette scientifique. Pour les analphabètes, les signes mathématiques semblaient être des invocations au diable et l’astronomie était facile à confondre avec l’astrologie. Soudain, Hypatie d’Alexandrie était devenue une sorcière des mauvais arts.

Un jour de mars 415, pendant le Carême, Hypatie rentre chez elle. Soudain, une foule l’attaque et l’emmène à l’église de Césarion. C’est là qu’Hypatie est écorchée vive avec des morceaux de poterie que l’on arrache des murs, en pleine ferveur. Puis, la foule a mis feu à ses restes.

Ce meurtre est clairement religieux, politique et philosophique ; philosophique parce qu’Hypatie défend le dialogue et la raison contre la foi fanatique. Politique parce qu’elle croit que la religion devrait être révoltée à la politique. Et religieux parce qu’Hypatie d’Alexandrie est peut-être la représentation la plus douloureuse de la bataille culturelle entre paganisme et christianisme.