Fusillades dans des lycées : que se passe-t-il dans l’esprit de ces assassins ?

26 avril 2018 dans Actualité et psychologie 0 Partagés
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Les fusillades dans les lycées sont un phénomène très triste, surtout si nous prenons en compte la fréquence à laquelle elles se produisent. Derrière ces actes, et dans seulement 5% des cas, il existe un trouble mental. Chez les autres profils, on observe d’autres facteurs déclencheurs comme les abus physiques ou psychologiques, l’éloignement familial, le bullying à l’école, les antécédents pénaux des parents et, par-dessus tout, l’accès aux armes à feu et la culture associée à ces dernières.

Après le massacre qui a eu lieu le 14 février dans le Marjory Stoneman Douglas High School à Parkland, en Floride, le président Trump a tweeté la chose suivante: « Tant de signes que le tireur de Floride était un déséquilibré mental, même viré de l’école pour son mauvais comportement erratique. Les voisins et ses camarades de classe savaient qu’il représentait un gros problème. Toujours les signaler aux autorités encore et encore ! ».

Dans la structure sociale des écoles américaines, les stimulus violents liés à la culture des armes ou au racisme sont des phénomènes très habituels.
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S’il est vrai que Nikolas Cruz représentait un profil à risques, celui d’un élève expulsé et marginalisé qui exhibait fréquemment sa fascination pour les armes, quelque chose de beaucoup plus profond se cache derrière ce phénomène. Quelque chose d’enraciné et d’obscur qui va au-delà de la santé mentale et qui implique tous les organismes sociaux de la société américaine. Voyons cela plus en détails.

nikolas cruz

Les fusillades dans les lycées, le problème d’une société

Nikolas Cruz, 19 ans, a ôté la vie à 17 jeunes et a laissé une dizaine de blessés derrière lui. Son nom s’ajoute à cette longue liste d’individus qui, armés de frustration, de rage et de mépris, ont perpétré un plan à feu et à sang; un plan au cours duquel ils visent et tirent sans pitié sur des élèves et des professeurs de leur centre éducatif, portés par la fascination pour les armes, en tant qu’unique réponse à leurs problèmes.

Aussi grave que cela nous paraisse, il ne se passe pas un mois sans qu’il y ait une fusillade ou un incident lié aux armes à feu dans les lycées des Etats-Unis. Qui plus est, depuis 2012, date où Adam Lanza a tué 20 personnes (des enfants de 7 ans et leurs professeurs), 239 fusillades ont eu lieu dans des écoles. Tout cela s’est traduit par 438 blessés et 138 morts lors des six dernières années.

Les sénateurs, les collectifs et les personnalités qui sont contre l’usage des armes à feu ne cessent d’insister sur un fait très concret: les tueries augmentent année après année. Ce n’est pas dû au hasard, ce n’est pas de la malchance et ce n’est pas non plus dû à une épidémie de troubles mentauxCe qui se produit aux Etats-Unis avec les fusillades dans les lycées est le résultat de l’inaction d’une société. Les personnes qui les perpètrent n’en ont pas seulement l’opportunité c: elles en ont aussi les moyens.

Il ne s’agit pas seulement de débattre sur le besoin ou non d’interdire ou de réguler l’usage des armes à feu, qui constitue déjà un point extrêmement important en soi. Il est aussi prioritaire d’approfondir les raisons qui poussent ces jeunes à avoir recours à ces rifles ou fusils d’assaut afin de canaliser leur colère ou leurs problèmes.

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Le profil des assassins des fusillades dans les lycées

Le massacre du 20 avril 1999 au lycée secondaire de Columbine a supposé un avant et un après. Ce fut une prise de conscience face à une réalité qui mettait en évidence la violence contenue aux Etats-Unis. Il a aussi supposé la prise de nouvelles mesures dans les centres scolaires, la réalisation d’exercices de simulation pour apprendre à réagir lors de telles situations et a impliqué que les services secrets prennent plus au sérieux ce type de massacres et leurs motivations.

Ainsi, en 2000, on a élaboré un profil psychologique pour essayer de comprendre un peu plus l’architecture mentale de ces jeunes assassins. Voici les principaux traits qui les caractériseraient.

  • Les attaques sont minutieusement préméditées. Ce ne sont pas des actes casuels ou le résultat d’un instant d’aliénation mentale.
  • 80% de ces personnes ont souffert d’harcèlement à l’école. Elles accumulent tout un historique de maltraitance, de harcèlement et une usure émotionnelle élevée, générée par leur environnement scolaire.
  • Un haut pourcentage fait partie de familles déstructurées et l’un des parents a souvent des antécédents délictuels.
  • 95% des assassinats sont commis par des personnes sans problèmes mentaux. C’est-à-dire que des maladies mentales comme la schizophrénie ne sont pas associées à la violence.
  • Dans 100% des cas, il existe une fascination directe pour les armes. Généralement, ils le montrent publiquement, que ce soit à d’autres compagnons ou à travers les réseaux sociaux.
  • La violence chez ces jeunes (qui sont parfois encore des enfants) n’est pas quelque chose de casuel ou de soudain. En réalité, il s’agit d’un processus complexe, lent et impactant qui se construit petit à petit dans leurs esprits.
  • Ainsi, les stimulus au caractère violent qui peuvent les entourer, combinés au stress et aux pensées biaisées, tend à leur faire créer une armure mentale déshumanisée. Cette froideur émotionnelle leur fait finalement voir l’assassinat comme une porte de sortie gratifiante et même justifiable.

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Alors, quelle est la solution face aux fusillades dans les lycées ?

Un sénateur américain s’est hâté de dire que la solution face aux fusillades dans les lycées est très simple. Il s’agirait seulement de donner des armes à des « hommes bons » pour qu’ils fassent face à ces jeunes malveillants qui cherchent à faire du mal à leurs camarades de classe. Or, armer de (supposés) « hommes bons » ne feraient qu’alimenter le même cercle, celui de la violence. En faisant cela, on démontrerait une fois de plus que la meilleure façon de solutionner un conflit est d’utiliser les armes à feu.

La culture de la violence nourrit la propre violence. Ce germe est un problème; l’autre virus n’est autre que la négligence institutionnelle, le laisser-aller éducatif et social et un pays qui fait de l’usage des armes l’essence de son identité. Ce n’est évidemment pas le bon chemin. Ainsi, une chose que signale la communauté médicale et éducative est le besoin de mettre en place une plus grande attention psychologique aux élèves dans les centres éducatifs, afin de pouvoir s’occuper d’eux et, par la même occasion, suspecter et empêcher ce type de situations.

Avec l’aide de psychologues et d’assistants sociaux, on pourrait beaucoup mieux s’occuper de ces jeunes qui, d’une façon ou d’une autre, donnent normalement des signes de ce qu’ils vont faire, des pistes qu’il faut traiter le plus rapidement possible pour éviter davantage de fusillades dans des lycées. Ces fusillades qui, rappelons-le, ont lieu tous les mois.

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