Quand vous finissez par imiter celleux qui vous font du mal

· 1 avril 2017

Nous sommes, de façon permanente, exposé-e-s au risque de sortir blessé-e-s des relations que nous entretenons avec les autres. Un malentendu, une situation inhabituelle ou une faute de tolérance peuvent faire que les gens nous fassent mal et que nous ayons à passer par un conflit. Mais il y a aussi des expériences où l’agression et la violence vont plus loin, et c’est à ce moment que nous pouvons finir par imiter celleux qui nous font du mal.

L’expression « Identification avec l’agresseur » a été créée par Sandor Ferenczi et ensuite reprise par Anna Freud, les deux étant psychanalystes mais avec des points de vue un peu différents. On le définit comme un comportement paradoxal, pouvant seulement s’expliquer comme un mécanisme de défense, qui faisait que la victime d’une agression ou d’une blessure finissait par s’identifier à son agresseur-se.


« La violence est la peur des idéaux des autres. »

-Mahatma Gandhi-


Dans un scénario de terreur et d’isolement, l’attitude de la victime envers son agresseur-se peut même en arriver à devenir pathologique, quand des liens d’admiration, de reconnaissance et d’identification apparaissent.

Un exemple typique d’identification à l’agresseur-se est le comportement de certain-e-s juif-ve-s dans les camps de concentration nazis. Là, certain-e-s déporté-e-s se comportaient comme leurs gardiens et abusaient de leurs propres compagnons/compagnes. Cette conduite ne pouvait pas s’expliquer comme une simple façon de s’attirer la sympathie des agresseurs, même en étant leurs victimes.

Quand vous admirez ou aimez celleux qui vous font du mal

Un exemple classique d’identification à l’agresseur-se est ce qu’on appelle le « Syndrome de Stockholm« . Ce terme s’applique quand les victimes établissent un lien affectif avec leurs ravisseurs au cours d’une séquestration.

On a aussi nommé ce syndrome le « lien terrifiant » ou le « lien traumatisant ». On l’utilise pour décrire des sentiments et des comportements favorables des victimes envers leurs abuseurs et des attitudes négatives envers tout ce qui va à l’encontre de la mentalité et des intentions de ce dernier, malgré tout le mal fait.

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Quand quelqu’un reste à la merci d’un-e agresseur-se, des doses de terreur et d’angoisse élevées apparaissent, qui entraînent comme conséquence une régression infantile. Cette régression se vit comme une espèce de sentiment de gratitude envers l’agresseur-se, que l’on commence à voir comme quelqu’un qui satisfait nos besoins primaires, de sorte que la victime redevient en quelque sorte un enfant.

L’agresseur-se donne à manger, permet d’aller aux toilettes, etc. En rétribution à cette « générosité », la victime ne peut que ressentir de la gratitude envers l’autre personne, pour lui permettre de rester en vie. Elle oublie que l’agresseur-se est précisément la source de sa souffrance.

La méthode habituelle d’un-e agresseur-se consiste à intimider l’autre, quand celui/celle-ci se trouve dans l’impossibilité de se défendre. C’est-à-dire que l’agresseur-se abuse de sa victime quand celle-ci se trouve vulnérable. Elle se retrouve terrorisée et se défendra donc difficilement face au mal qu’on lui fera. Ce comportement est dû au fait que la victime croit que si elle reste soumise, elle aura plus de chances de survivre.

Le lien émotionnel

Le lien émotionnel de la victime d’intimidation et d’abus avec l’agresseur-se est en réalité une stratégie de survie. Une fois que l’on comprend la relation entre victime et agresseur-se, il est plus simple de comprendre pourquoi la victime soutient, défend ou même aime son ravisseur.

Ce qui est sûr, c’est que ce type de situations ne se produit pas seulement quand une séquestration se déroule. Nous rencontrons aussi ce type de mécanisme dans diverses situations malheureusement plus habituelles, comme les femmes victimes de maltraitance.

Beaucoup d’entre elles refusent de porter plainte et certaines paient même la caution de leurs fiancé-e-s ou de leurs maris/femmes, même si celleux-ci abusent physiquement d’elles. Elles en arrivent même à affronter des membres de la police quand iels essayent de les sauver d’une agression violente.

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Il existe des conditions qui constituent un bouillon de culture pour favoriser l’identification à l’agresseur-se. Par exemple, quand la violence au sein de la famille ou le harcèlement au travail priment. Ce mécanisme s’active également dans des situations sporadiques de violence, comme dans le cas d’une attaque ou d’un viol. De toute façon, la vie peut devenir insoutenable si nous ne trouvons pas le moyen de surmonter le fait.

Tout traumatisme causé par un acte violent laisse une trace profonde dans le cœur humain. C’est pour cela que parfois, l’identification à l’agresseur-se s’active, sans même qu’il y ait un lien étroit avec lui/elle.

Ce pouvoir déployé par l’abuseur-se est tellement craint que la personne finit par en faire de même, pour compenser la peur que lui produit l’idée d’une possible confrontation. Un exemple de cela se présente lorsque quelqu’un est victime d’un vol à main armée et achète ensuite une arme pour se défendre. Son attitude rend légitime l’usage de la violence dont il a été victime.

De victime à agresseur-se

Une personne qui a été victime d’abus court le risque de se transformer en abuseur. Cela se produit parce que la victime s’efforce de comprendre ce qu’il s’est passé, mais n’y arrive pas. C’est comme si la personnalité se diluait dans la confusion et un vide survient. Un vide qui peu à peu se remplit avec les caractéristiques de son agresseur-se et se produit alors l’identification avec son bourreau.

Sur ce point, il convient de préciser que tout ce processus se déroule de manière inconsciente. C’est comme si un-e acteur-trice entrait tellement dans son personnage qu’iel finissait par se transformer en ce personnage même. La victime pense que si elle peut s’approprier les caractéristiques de son agresseur-se, elle pourra le neutraliser. Elle devient obsédée par cet objectif, essaye plusieurs fois et, dans cette dynamique, finit par ressembler à son abuseur.

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De cette façon commence une chaîne qui se transforme en un cercle vicieux de violence. Le/La chef-fe use de violence sur son employé-e, celui/celle-ci sur son mari/sa femme, qui fait de même sur les enfants, qui finissent par frapper leur chien, et l’animal finit par mordre le/la chef-fe. Ou un peuple en violente un autre et l’affecté pense donc avoir le droit d’en faire de même avec son agresseur. Il croit qu’il se montre à la hauteur, mais au fond il imite ce qu’apparemment il rejette.

Malheureusement, et à un pourcentage élevé, les personnes qui vivent des situations traumatisantes et n’arrivent pas à les surmonter ou ne cherchent pas d’aide sont des sujets qui peuvent potentiellement reproduire ce traumatisme chez d’autres. Pour certain-e-s, cette conséquence peut être évidente, et pour d’autres elle peut résulter contradictoire, mais ainsi est la réalité.