Épigénétique : les tragédies sont-elles héréditaires ?

2 avril 2019
En quoi consiste l'épigénétique ?

Rares sont les générations qui n’ont pas connu la moindre tragédie. Lorsque ce ne sont pas des guerres, ce sont des périodes de famine, des génocides ou des crises économiques brutales. Nous connaissons les conséquences physiques et psychologiques, souvent dévastatrices, que les personnes peuvent développer après une expérience de ce genre. Mais les tragédies sont-elles héréditaires ? Découvrez ici en quoi consiste l’épigénétique.

Jusqu’à il y a peu, les chercheurs n’avaient pas pensé à une chose. Ce type d’expériences semble laisser un résidu génétique chez celui qui en souffre. Un résidu qui peut se transmettre aux générations suivantes. C’est en tout cas ce que démontrent des études menées sur des animaux.

Les recherches sur des humains présentent un problème éthique clair. Il est donc très difficile de déterminer à quel point et comment les humains héritent génétiquement des tragédies et des souffrances de leurs parents et grands-parents.

La psychologie sociale, la première voie d’accès

On a malgré tout pu réaliser des expériences massives dans le champ de la psychologie sociale. Et les résultats ne peuvent pas être plus révélateurs. Ces études, réalisées à travers différentes générations, nous montrent que nous pouvons hériter des tragédies, comme les animaux.

La psychologie sociale ne peut pas déterminer les mécanismes génétiques, les mutations ou les gènes qui sont altérés mais elle a découvert qu’il existe des schémas d’hérédité différenciés par genres. Ce fait est en train de révolutionner le monde de la psychologie, de la sociologie et de la recherche génétique.

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La Finlande et la Seconde Guerre Mondiale

Une étude menée par l’équipe du Dr Torsten Santavirta, de l’Université d’Uppsala, a révélé que les filles d’enfants qui ont été évacués de Finlande lors de la Seconde Guerre Mondiale ont eu beaucoup plus de problèmes d’hospitalisation pour cause de troubles psychologiques que d’autres personnes avec des parents qui n’ont pas été évacués.

Les recherches ont aussi montré que ce fait ne semblait pas avoir affecté les fils des enfants évacués. Les chercheurs ont essayé d’apporté une explication à cette donnée fascinante. Ils ont affirmé que les maladies mentales sont généralement moins habituelles chez les hommes. La coïncidence est malgré tout étonnante.

« Notre observation du risque psychiatrique à long terme transmis à la génération suivante est préoccupante. Elle souligne le besoin de soupeser les risques potentiels en créant des politiques pour la protection des enfants. »

-Dr Torsten Santavirta-

Les soldats confédérés

Une autre étude réalisée avec les descendants de soldats confédérés qui sont passés par le camp de prisonniers d’Andersonville, en Géorgie, au cours de la Guerre de Sécession aux Etats-Unis a révélé des données très similaires à celles obtenues en Finlande.

Les enfants des survivants du camp de prisonniers ont vécu beaucoup moins longtemps que les enfants d’autres vétérans de guerre qui n’avaient pas été faits prisonniers. On a même découvert que beaucoup parmi eux étaient décédés beaucoup plus jeunes que leurs grands frères qui étaient nés avant la guerre. En d’autres termes, avant que leurs progéniteurs traversent ce trauma et puissent leur transmettre.

« Il y a assurément un transfert intergénérationnel de traits chez les humains, et cette chose peut se produire à travers des méthodes bien connues, comme l’hérédité génétique ou l’héritage culturel, comme l’apprentissage. »

-Neil Youngson, professeur à l’Université de Nouvelle Galles du Sud-

Les petits-enfants de l’Holocauste pourraient hériter de la tragédie

L’une des premières études publiées a été réalisée auprès des survivants des camps de concentration sous le régime nazi. L’équipe de recherche de l’Hôpital Mont Sinaï, à New-York, a étudié la composition génétique d’un groupe de Juifs qui avait été enfermé dans les camps de concentration et l’a comparée à celle de leurs enfants.

L’étude s’est centrée sur une région spécifique d’un gène associé à la régulation des hormones de stress. On a pu vérifier que ce gène était affecté chez les survivants et leurs enfants, à cause du trauma hérité. Pour garantir les résultats, des analyses génétiques parallèles ont été effectuées afin d’écarter la possibilité que les enfants, c’est-à-dire la seconde génération, aient pu modifier le gène avec une expérience traumatique personnelle.

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L’inexplicable différenciation par genre

Une autre donnée inexplicable -jusqu’à maintenant- a été découverte. Tout comme l’hérédité du trauma, dans le cas des enfants évacués de Finlande, qui semble n’avoir été transmis qu’aux filles, dans le cas des prisonniers de guerre, les données s’inversent. Il semblerait que seuls les garçons aient hérité du trauma.

Toutes ces recherches mettent en évidence un point qui peut être extrêmement important pour le futur de la santé physique et mentale de l’être humain. Apparemment, les êtres humains peuvent hériter des tragédies de leurs ancêtres. Même si les études établissent, pour le moment, beaucoup plus de questions que de réponses.