Emily Dickinson et ses démons mentaux

· 17 avril 2019
Connaissez-vous la vie de cette poétesse ?

« Pour être hanté, nul besoin de chambre« , disait Emily Dickinson. Peu de figures, dans le monde de la poésie, ont été aussi énigmatiques sur le plan psychologique. Ainsi, dans des œuvres comme Je perçus des Funérailles, dans mon Cerveau, elle laisse entrevoir, selon plusieurs experts, certaines pistes à propos de son choix de s’enfermer pour toujours dans sa chambre, en s’isolant du monde et de la société.

On a toujours beaucoup spéculé sur le possible trouble dont avait pu souffrir la célèbre poétesse nord-américaine. Sa réclusion a commencé en 1864, alors qu’elle avait une trentaine d’années. Elle ne s’est achevée que le jour de sa mort, à 55 ans. Elle avait décidé de ne porter que du blanc et de ne plus jamais franchir cette ligne qui délimitait l’espace de sa chambre.

Cet isolement choisi lui a permis de se plonger pleinement dans son travail littéraire. Cette solitude lui a offert, sans le moindre doute, l’inspiration suffisante pour sa création artistique. Cependant, elle a aussi fini par ne devenir qu’un spectre derrière une fenêtre. Elle n’a même pas été capable de se rendre aux funérailles de son père, qui étaient célébrées dans le salon de sa maison.

Ce n’est qu’en 2003, lorsque le docteur David F. Maas de l’Université de Minessota a réalisé une étude intitulée Reflections on self-reflexiveness in literatureque l’on a pu analyser l’état émotionnel de l’écrivaine.

À partir de ce moment, d’autres travaux ont été effectués. Grâce à eux, nous pouvons nous faire une idée approximative des démons mentaux qui ont dévoré la vie d’Emily Dickinson. Ceux qui lui ont aussi offert un élan créatif indéniable.

Emily Dickinson petite

Emily Dickinson et les tambours de son esprit

Les poètes ont toujours eu l’étonnante faculté de se plonger comme personne dans leurs complexes océans mentaux. Edgar Allan Poe, par exemple, écrivait dans son poème Alone « Depuis l’heure de l’enfance, je ne suis pas/Semblable aux autres ; je ne vois pas/Comme les autres ; je ne sais pas tirer
/Mes passions à la fontaine commune-/D’une autre source provient
/Ma douleur, jamais je n’ai pu éveiller
/Mon cœur au ton de joie des autres
/Et tout ce que j’aimai, je l’aimai seul
 ».

D’une certaine façon, une grande partie de ces artistes souvent marqués, à parts égales, par un esprit extraordinaire et la maladie, ont toujours été conscients de leur singularité. Emily Dickinson a même écrit dans un poème que sa propre folie était en réalité le sens le plus divin qui soit. Celui qui lui a permis d’écrire et l’a fait extrêmement souffrir. Étudions cela de plus près.

Migraines

Dans un premier temps, s’il y a bien une chose que nous devons comprendre à propos d’Emily Dickinson, c’est qu’elle ne souffrait pas d’une seule maladie psychologique (comme beaucoup d’autres personnes). Bien souvent, d’autres problèmes physiques, organiques, etc., sont détectés. Dans le cas de la poétesse nord-américaine, les experts ont découvert qu’elle avait souffert de nombreux épisodes de migraines.

Anxiété sociale et agoraphobie

Certains érudits et fins connaisseurs de l’oeuvre d’Emily Dickinson défendent une idée curieuse. Selon eux, le choix de s’isoler du monde et de s’enfermer dans sa chambre était une façon d’approfondir encore plus son travail. Nous devons cependant prendre quelques aspects en considération.

  • Le premier est que sa réclusion a été totale. Elle ne recevait pas de visites, ne se réunissait pas avec sa famille alors qu’ils vivaient tous dans la même maison.
  • Emily préférait communiquer avec ses proches à travers la porte, quand c’était possible.
  • Elle a bien maintenu une grande correspondance avec ses amis à travers des lettres. Cependant, elle n’a jamais franchi le seuil de sa chambre après ses 30 ans.

Les médecins de l’époque ont dit à la famille d’Emily qu’elle souffrait d’une maladie rare appelée « prostration nerveuse ». Actuellement, beaucoup de psychiatres relient ces symptômes à une anxiété sociale et une agoraphobie sévère.

portrait d'Emily Dickinson

Trouble de la personnalité schizotypique

Dans le livre Wider than the Sky: Essays and Meditations on the Healing Power of Emily Dickinson, Cindie Makenzie nous parle de la façon dont cette écrivaine s’est servi de la poésie pour contrôler sa maladie. Elle a toujours été consciente que quelque chose n’allait pas et que ses démons mentaux, comme elle avait l’habitude de les appeler, embrouillaient sa raison, son sens et son équilibre.

Steven Winhusen, docteur à la Johns Hopkins University, a réalisé une étude très intéressante sur Emily Dickinson. Ses conclusions sont révélatrices. Selon lui, la célèbre poétesse souffrait d’un trouble de la personnalité schizotypique. Ce diagnostic pourrait effectivement correspondre si nous nous arrêtons un instant sur les informations si graphiques qu’elle livre dans ses poèmes, la façon dont sa calligraphie s’est détériorée, ses pensées, son besoin d’isolement, son génie créatif et les émotions qui imprègnent ses vers.

Conclusion

Emily Dickinson est décédée le 15 mai 1886 à cause de la maladie de Bright. Il s’agissait d’une maladie rénale qui, curieusement, a aussi mis fin à la vie de Mozart. Elle a été enterrée dans le cimetière de son village, selon les souhaits qu’elle avait exprimés : dans un cercueil blanc parfumé à la vanille.

La raison de son enfermement est et sera toujours une énigme, un mystère fantastique, comme ses propres poèmes. Elle a emporté ce secret avec elle mais nous a transmis un héritage qui va bien au-delà de cette souffrance provoquée par ses « démons mentaux ». Nous pouvons aujourd’hui apprécier sa magnifique oeuvre et ses lettres brillantes, dotées d’une exquisité et d’une créativité absolues.

 

  • Maas, DF (2003). Reflexiones sobre la autorreflexividad en la literatura. Et Cétera, 60 (3), 313.
  • Winhusen, S. (2004). Emily dickinson y la esquizotipia. The Emily Dickinson Journal, 13 (1), 77–96.
  • Thomas, H. H. (2008). Wider than the sky: Essays and meditations on the healing power of emily dickinson. The Emily Dickinson Journal, 17(2), 113–116,124.