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La souffrance associée au fait de ne pas vouloir souffrir

4 minutes
La souffrance associée au fait de ne pas vouloir souffrir
Dernière mise à jour : 28 août, 2020

Cela peut sembler incroyable, mais au cours de ces dernières années, un mandat social nous obligeant à être heureux par dessus tout s’est imposé. Le fait de ne pas vouloir souffrir s’est converti en consigne que nombreux suivent à la lettre sans s’interroger sur les conséquences qu’elle implique.

Désormais, nombreux sont ceux qui parlent de “la dictature du bonheur”. Nombreux signalent comme l’analyste Ima Sanchis que “le bonheur s’est converti en instrument de torture“. Paradoxalement, la dépression n’a jamais été une épidémie si étendue qu’elle ne l’est actuellement. D’une manière ou d’une autre, ne pas vouloir souffrir s’est convertit en source énorme de souffrance.

Nombreux sont ceux qui ressentent une aversion forte à ce qu’ils appellent “négatif”. Que personne ne parle de sa souffrance, que personne ne se plaigne ou que personne ne montre de signes de pessimisme. C’est comme si nous nous trouvions tous dans une pièce de théâtre au sein de laquelle la douleur était interdite. C’est comme si nous avions d’un coup cesser d’être des êtres humains. Ne pas vouloir souffrir revient en fait à ne pas vouloir vivre.

“La souffrance et l’amour on peut-être une capacité de rédemption que les hommes ont oublier ou, au moins, négligé”.

-Martin Luther King-

La prison de ne pas vouloir souffrir

En réalité, peu de personnes conscientes diraient qu’elles désirent expérimenter la douleur. Une autre chose se produit sur le plan inconscient. L’homme est l’unique être qui trébuche mille fois sur la même pierre et qui continue à marcher aveuglément jusqu’à ce que les situations provoquent en lui de la souffrance. Mais c’est une autre histoire.

Le point traité dans cet article ne signifie pas que nous devons chercher la souffrance. Il s’agit en fait de présenter la tendance qui consiste à la renier. La douleur dans la vie ne se choisit pas, elle en fait partie. Tenter de renier la souffrance, de la cacher ou de l’ignorer ne nous rend pas plus heureux. Bien au contraire : cela pourrait être la cause de la naissance d’une douleur plus difficile à surmonter.

Le plus déconcertant dans ce désir actuel de ne pas vouloir souffrir est qu’il s’agit d’une espèce d’aspiration à la simulation. Si on vous demande “Comment vas-tu ?” et que vous allez mal, vous vous sentez obligé de mentir. Votre réponse doit être “Très bien”. Ceux qui sont en faveur de ces “idioties” affirment qu’ainsi vous finissez par vous convaincre du fait que vous allez bien même lorsque ce n’est pas le cas. D’ailleurs selon eux, si vous répondez : “Mal, je souffre” nombreux s’éloigneront de vous comme si vous aviez la peste.

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Le bonheur déguisé

Le psychanalyste Luis Hornstein dit que dans ses consultations, nombreux sont ceux qui ont des schémas de souffrance similaires. Dépendance excessive aux autres, grave confusion de valeurs, fluctuations vertigineuses de l’estime de soi, difficulté à établir des relations de couple significatives… Nous ne sommes plus à l’époque de Freud lorsque des personnes avec des maux exotiques et particuliers venaient consulter. Dans le monde actuel, même la souffrance s’est standardisée.

Le désir de ne pas souffrir s’est également standardisé. Pour cette raison, nombreux sont ceux qui consultent pour cesser de souffrir. Ils ne consultent pas pour comprendre le sens de leur souffrance et faire des modifications, mais bel et bien pour éliminer la douleur. Pour cela, en n’obtenant pas ce résultat impossible, ils finissent par renoncer à la psychothérapie en s’immergeant dans une histoire d’amour aveugle, une obsession invasive ou un cynisme évasif.

Nous avons oublié que nous avons tous besoin de la souffrance pour grandir. La douleur émotionnelle est celle qui nous permet de donner vie à des fantaisies impossibles et d’apprendre à gérer les limitations et les pertes. Ces deux éléments, limitations et pertes, sont constants de notre naissance à notre décès. Apprenons donc à les surmonter en donnant un visage à la souffrance et non pas en l’éludant.

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Apprendre à être heureux

Le bonheur est quelque chose qui va au-delà d’une réussite ponctuelle ou d’un instant d’euphorie. C’est également beaucoup plus que de simples citations positives à moitié faites. Nous parvenons à être heureux lorsque nous apprenons à extraire le meilleur de chacune des expériences que nous vivons. Nous parvenons à être heureux lorsque nous apprenons à avoir confiance en nos capacités à surmonter ce que nous offre l’existence, avec ses hauts et ses bas.

Le plus grand bonheur se trouve dans l’être et non pas dans le paraître. On les distingue par l’attitude qui les accompagne. C’est une attitude sereine qui parle de paix intérieure et d’équilibre. Ce n’est pas un fait constant mais bien un travail permanent qui permet d’adopter des perspectives plus constructives. 

Nous sommes un peu plus heureux lorsque nous acceptons notre vulnérabilité, notre exposition à l’incertitude et notre soumission aux limitations. Ne pas vouloir souffrir est contraire aux conditions nécessaire pour être heureux. Renier la souffrance revient à nous renier. Cela revient aussi à renoncer à la croissance qu’apporte chaque douleur avec elle pour nous apprendre à être meilleurs dans la vie.

 


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Allouch, J. (2006). Erótica del duelo en tiempos de la muerte seca. El cuenco de plata.


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