Une demi-vérité sera (tôt ou tard) un mensonge total

· 25 juin 2017

Il n’y a pas de pire lâche que celui/celle qui se sert constamment des demi-vérités. Parce que celui qui conjugue la vérité au mensonge dévoile tôt ou tard le mensonge en entier et parce que les tromperies camouflées par de bonnes manières font du mal, usent et ont tendance à remonter à la surface, tout comme les mensonges intégraux.

Unamuno disait dans ses textes qu’il n’existe pas de « bon idiot », qu’ils savent tous, à leur manière, conspirer et déployer des ruses efficaces pour nous prendre par surprise. Mais s’il y a bien quelque chose qui abonde en excès dans notre société, ce n’est pas spécialement les idiot-e-s ou les ingénu-e-s. Le mensonge partiel ou la demi-vérité sont les stratégies les plus familières que nous retrouvons dans presque tous les domaines, plus particulièrement dans les sphères de la politique.


« Tu as dit une demi-vérité ? Ils diront que tu as menti deux fois si tu dis l’autre moitié. »

-Antonio Machado-


Faire usage de vérités sans tête ou de mensonges à pattes courtes permet à celui/celle qui les utilise d’avoir la sensation de ne rien faire de mal et de sortir indemne de la responsabilité qu’il a envers l’autre. Il paraît que la pitié par omission décharge de toute responsabilité ; c’est comme quelqu’un qui nous dit « je t’aime beaucoup mais j’ai besoin de temps » ou « nous apprécions beaucoup votre façon de travailler et nous avons pris en compte tous vos efforts, mais nous avons besoin de mettre votre contrat entre parenthèses pendant quelques mois ».

La vérité, même si elle blesse, est une chose que nous préférons tou-te-s et dont nous avons besoin. Elle représente notre seule façon d’avancer et de rassembler nos forces pour déployer les stratégies psychologiques adéquates, afin de tourner la page, de mettre de côté le manque de certitudes et, avant tout, cette instabilité émotionnelle causée par l’impossibilité de savoir, démasquant ainsi les fausses illusions.

Le goût amer des demi-vérités

Aussi curieux que cela paraisse, le thème des mensonges et leur analyse psychologique est quelque chose d’assez récent. Freud a à peine effleuré le sujet parce qu’il s’agissait jusqu’alors d’un aspect qui restait aux mains de l’éthique, voire même de la théologie et sa relation avec la morale. Cependant, à partir des années 80, les psychologues sociaux ont commencé à s’intéresser et à étudier en profondeur le thème de la tromperie et toute la phénoménologie passionnante qui y était associée, pour confirmer quelque chose que Nietzsche lui-même avait déjà affirmé à son époque : « le mensonge est une condition de vie ».

Nous savons que cela peut sembler désolant, parce que même si l’on nous socialise très tôt en nous répétant qu’il faut toujours dire la véritépetit à petit et à partir de 4 ans, nous nous rendons compte que recourir au mensonge, bien souvent, nous aide à obtenir quelques bénéfices. Une autre chose que nous découvrons également très vite est qu’un mensonge direct et sans arôme de vérité n’est presque jamais rentable à long terme.

Par ailleurs, comme l’a démontré le professeur Robert Feldman de la faculté de psychologie de l’Université de Massachusetts, beaucoup de nos conversations quotidiennes sont emplies de ces mêmes vérités incomplètes. Malgré tout, 98% de ces demi-vérités sont inoffensives, ne blessent pas et sont même fonctionnelles (comme quand nous disons à une personne en qui nous n’avons pas beaucoup confiance que « nous allons bien, que nous avons juste quelques petits souci à droite à gauche » alors qu’en réalité, nous traversons une mauvaise passe).

Cependant, les 2% restants mettent bien en évidence cette demi-vérité camouflée, cette stratégie perverse où la supercherie de la vérité incomplète exécute une tromperie exprimée par omission. Et où, en outre, la personne prétend s’en tirer sans rien et se justifie en disant que puisque son mensonge n’était pas total, il n’y a pas d’offense.

Le mensonge face à l’honnêteté

Il se peut que nous ayons été nourri-e-s pendant longtemps de ces demi-vérités qui, en fin de compte, sont des mensonges complets. Il se peut aussi qu’on nous ait offert des mensonges pieux ou répété encore et encore un même mensonge dans le but de nous voir l’assumer comme une vérité. Cependant, cette vérité finit tôt ou tard par remonter, comme un bouchon que l’on aurait plongé dans l’eau.


« L’homme qui ne craint pas les VÉRITÉS ne doit rien avoir à craindre des mensonges. »

-Thomas Jefferson-


Il y a plusieurs explications à cela : que tout est relatif ou que « personne ne peut toujours dire la vérité ». Cependant, au-delà de tout cela, il est conseillé de pratiquer et, également, d’exiger une chose des autres : l’honnêteté. Alors que la sincérité et la franchise sont associées à l’obligation absolue de ne pas tomber dans le mensonge, l’honnêteté a une relation beaucoup plus intime, utile et efficace avec nous-même et avec les autres.

Nous parlons avant tout de respect, d’intégrité, d’être authentique, cohérent-e et de ne jamais recourir à ces ruses qui mettent en évidence une lâcheté associée à une agression dissimulée. Il faut donc comprendre, pour conclure, qu’il n’y a pas de mensonge plus néfaste qu’une vérité camouflée et que pour cohabiter dans l’harmonie et le respect, il n’y a rien de mieux que l’honnêteté. Une dimension qui, à son tour, a besoin d’un autre pilier indiscutable : la responsabilité.