Codépendance : quand trop d’amour tue l’amour

26 juin 2019
Derrière l'amour excessif d'une personne codépendante se cache bien souvent une peur de l'abandon.

Il y a des gens qui sont dans la codépendance, c’est-à-dire qu’ils sont prêts à faire n’importe quoi ou à endurer toute humiliation au nom de l’amour. Ils partent du principe que lorsque vous aimez trop, tout d’abord, vous devez vous renoncer à vous-même. C’est-à-dire donner l’affection sans conditions et pardonner mille et une fois si nécessaire. Tout cela pour ne pas perdre l’être aimé et lui plaire.

Au sein de ce groupe de personnes, par exemple, se trouvent les mères qui paient encore et encore les dettes contractées par leurs enfants. Ils savent que ce n’est pas correct, mais ils finissent par le justifier au nom de l’amour. Il y a aussi ceux qui restent avec un conjoint qui les maltraite. Ils soutiennent que lorsqu’ils aiment trop, aucune offense ne peut mettre fin à ce lien.

La vérité est que dans de tels cas, nous ne sommes pas confrontés à un amour hors du commun, mais à une codépendance. Cela amène une personne à faire l’expérience d’un type d’affection débordant et ingérable. Elle sent littéralement qu’elle ne peut pas vivre sans l’autre. C’est pourquoi elle est prête à tout faire, sauf à briser ce lien. Une telle personne manque cruellement d’amour propre.

femme pensant à la codépendance

 

Codépendance : aimez-vous trop cette personne ou avez-vous trop besoin d’elle ?

Sans s’en rendre compte, une personne en proie à la codépendance agit selon un principe : elle a besoin que l’autre ait besoin d’elle. C’est sa manière de tisser des liens significatifs dans sa vie. Son attitude de base consiste à « sauver » l’autre, à servir de tampon pour toute conséquence négative qui résulte des actes de cette personne tant aimée.

Les personnes ayant un tel fonctionnement s’oublient elles-mêmes. Elles considèrent que leurs besoins et leurs désirs devraient toujours être à l’arrière-plan. La seule chose qui compte vraiment, ce sont les besoins et les désirs de l’autre. Elles sont prêtes à se sacrifier pour lui, et expliquent cette situation injuste en disant simplement que lorsqu’elles aiment trop, elles ne sont jamais trop dévouées.

Cependant, cette situation est source pour elles de souffrance et d’anxiété. Quand on aime trop, probablement aura-t-on également des difficultés à dormir ou sera-t-on dans un état d’agitation constante. Une personne qui aime trop peut aussi connaître des altérations dans ses habitudes alimentaires ou des difficultés dans d’autres domaines. Selon elle, lorsqu’elle aime, tôt ou tard, ses soins et son attention se transforment en comportements de contrôle, dont le but est de ne pas perdre la personne aimée.

Je veux que tu aies besoin de moi

La particularité d’une relation co-dépendante réside dans le fait qu’un des deux membres du couple a intensément besoin que l’autre ait besoin de lui. Une personne ayant un tel comportement ne peut être qualifiée d’autonome ou de mature. Il s’agit plutôt d’une personne fragile avec beaucoup de problèmes.

Résulte de ce type de mode relationnel une symbiose insensée. Une relation où il y a des abus des deux côtés. Au fond, il y a un accord tacite : l’un s’engage à ne pas résoudre ses propres problèmes et l’autre à l’empêcher de le faire, en échange d’un « amour » inconditionnel. C’est un enchevêtrement névrotique difficile à reconnaître et à analyser pour les personnes impliquées.

codépendance

Ainsi, le codépendant nourrit le comportement abusif de la personne à charge. Son excès de consommation, sa colère, sa passivité, ses exigences excessives… Ce qui terrifie le plus le codépendant, c’est que l’autre n’ait plus besoin de lui.

Derrière un amour excessif se cache souvent une profonde peur de l’abandonDans le cadre de ce type d ‘ »amour », c’est la souffrance qui prévaut, pas le bonheur. Cette situation se pose fréquemment chez les personnes qui ont subi des déficiences ou des abus dans leur enfance. Il est possible de changer de comportement en reconnaissant qu’une grande partie de ce que l’on ressent et de ce que l’on fait n’est pas le résultat de l’amour, mais de la peur.

 

  • Hoyos, M. L., Arredondo, N. H. L., & Echavarría, J. A. Z. (2007). Distorsiones cognitivas en personas con dependencia emocional. Informes psicológicos, 9(9), 55-69.