Il est donc clair que c’est en parlant qu’on fait l’amour

1 mai 2017 dans Emotions 894 Partagés
On fait l’amour en parlant. Mais pas en parlant uniquement avec des mots : en parlant avec notre corps, notre attitude, notre langue, nos regards… Parce que nous ne pouvons pas réduire une expression si intense à un acte purement sexuel.
Faire l’amour, c’est créer de la poésie avec notre corps et avec notre esprit, avec tout notre être. Parce qu’on fait l’amour avec nos corps et nos âmes entremêlés, unis dans leur expression émotionnelle maximale.
Ainsi, Lacan avait raison lorsqu’il a dit qu’il est clair que c’est en parlant qu’on fait l’amour. On ne peut pas réduire l’amour à un « simple » acte charnel car c’est avec le regard, avec l’être, avec « un toi et moi » qu’on transmet la tendresse, le mystère et la passion du désir.

« Ce que j’aime de ton corps, c’est le sexe.
Ce que j’aime de ton sexe, c’est la bouche.
Ce que j’aime de ta bouche, c’est la langue.
Ce que j’aime de ta langue, c’est la parole ».

-Julio Cortázar-


L’érotisme derrière un regard, prélude d’un déshabillage émotionnel

Ne vous déshabillez pas complètement avant que l’érotisme des regards ne dépasse la barrière charnelle. Nous nous séduisons par de nombreux actes, nous nous connectons grâce aux émotions, nous nous enveloppons à partir des étiquettes que l’acte amoureux nous pousse à créer.

Les mots, édifiants dans leur expression maximale, nous rapprochent de la nudité émotionnelle, celle que l’on aperçoit à l’horizon mais que peu de couples parviennent à atteindre.


Il est difficile de recréer ce concept dans une société qui a reçu une éducation centrée sur l’acte du coït. On nous a appris qu’on doit faire l’amour par un simple contact sexuel. Hors, le contact sexuel n’est qu’une partie de l’acte amoureux.
Nous nous rendons habituellement compte de cela quand quelque chose ne fonctionne pas, quand on omet cette étape et que quelque chose va mal, quand nous ne dialoguons ni avec notre corps, ni avec nos regards, ni avec nos caresses. On le communique donc de façon polarisée en faisant l’apologie de nos besoins émotionnels.
Nous croyons que l’erreur se situe au niveau de notre corps alors que nous n’avons même pas laissé notre esprit se connecter. Nous oublions que les préliminaires ne durent pas 30 minutes mais plusieurs heures. Et, sans aucun doute, qu’ils dépendent de quelque chose de beaucoup plus intime que le temps, de quelque chose qui nous appartient entièrement et que nous devons faire pour pouvoir le contrôler.

Malgré tout, théoriser l’amour suppose de choisir un type d’amour déterminé. En étant conscient-e de ce que sous-entend cette idée, il est nécessaire d’affirmer que le/la lecteur-trice doit s’identifier (ou non) à chaque appréciation, avec ce point de vue.


Cependant, la réflexion que l’on peut retirer de ces mots est que FAIRE L’AMOUR N’EST PAS LA MÊME CHOSE QU’AVOIR UNE RELATION SEXUELLE. Non. Du moins pas avec l’idée de l’amour que nous partageons au niveau culturel. Avoir une relation sexuelle peut être vu comme aimer la peau de l’autre mais pas son être interne ou, du moins, pas un niveau interne qui va au-delà du contact physique.

Se déshabiller émotionnellement, le meilleur préliminaire

En citant à nouveau le brillant Lacan, « l’amour, c’est quelqu’un qui aborde un être en tant que tel dans une rencontre« . Le monde serait totalement différent si, avant de déshabiller des corps, nous déshabillions des âmes, en commençant par la nôtre.
Car comme nous l’avons affirmé à d’autres occasions, la rencontre la plus intime entre deux personnes n’est pas l’acte sexuel mais le déshabillage émotionnel. Il s’agit de cet échange qui se produit quand nous surmontons notre peur et nous laissons connaître par l’autre, sous tous nos angles.

Il n’est pas facile à atteindre. En fait, un déshabillage émotionnel n’est pas quelque chose que l’on peut faire simplement, ou avec n’importe qui. Il faut du temps, de la force et une envie d’écouter, de ressentir et d’embrasser des émotions.


S’écouter, se connecter et connaître notre héritage émotionnel, c’est-à-dire scanner notre corps émotionnel, est indispensable pour faire sortir nos peurs, nos conflits, nos manques de confiance, nos réussites, nos apprentissages, etc.

Parce que l’amour se fait réellement quand nous connaissons notre philosophie émotionnelle, quand nous explorons nos vulnérabilités, quand nous prenons conscience de ce qui nous fait mal.


Il est aussi indispensable de contempler l’image de notre miroir émotionnel pour nous projeter dans les vêtements que nous portons, que ce soit ces regards, ces mots, ces caresses ou ces preuves d’affection. C’est comme cela que l’on fait l’amour.
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