Caractéristiques et particularités des psychopathes

15 février 2020
Manipulateurs, impulsifs mais aussi charmants, charismatiques et persuasifs au début. Telles sont quelques caractéristiques des personnes qui souffrent de psychopathie. Selon certaines études, 1% de la population souffrirait de ce trouble de la personnalité.

Les psychopathes ne sont pas tous des criminels ni des détenus. Ils ne sont pas non plus tous des meurtriers cagoulés ni de sinistres personnages. Cependant, c’est ainsi qu’on les imagine dans la culture populaire. Ce sont en grande partie les films et la littérature qui on fait naître ce portrait quelque peu stéréotypé.

Selon Robert Hare, docteur en psychologie et expert en psychopathie, la plupart d’entre eux sont des citoyens à part entière. Ils sont présents dans de nombreux secteurs professionnels de la société. Certains psychopathes évoluent même dans les sphères politiques et dans les affaires. Incroyable, n’est-ce pas ?

Les psychopathes ne sont pas des personnes désorientées, en proie aux délires ou aux hallucinations. Ils sont pas non plus mal dans leur peau. En fait, ce sont des gens très rationnels qui savent ce qu’ils font et pourquoi ils le font. En d’autres termes, leur comportement est dicté par leurs décisions.

Qu’y a-t-il cependant derrière cette façade charismatique et attrayante qui les caractérise si souvent ? Quels sont leurs mécanismes d’action ? Le fonctionnement de leur cerveau est-il différent de celui d’une personne qui connait l’empathie ? Voyons ça de plus près.

Les pionniers de l’étude des psychopathes

Le terme de psychopathie signifie littéralement « maladie mentale ». Le mot vient du grec psyché, « esprit, âme » et de pathos, « maladie »). Cependant, il est souvent utilisé à mauvais escient dans les médias comme un synonyme de la folie. Le fait est que la psychopathie ne doit pas être comprise comme l’ensemble des maladies mentales. En effet, comme mentionné précédemment, les psychopathes sont des êtres rationnels. Ils décident du comportement à adopter et ne souffrent d’aucune gêne liée à leur condition.

Philippe Pinel

Au début du XIXe siècle, le médecin français Philippe Pinel a été l’un des premiers auteurs à écrire sur les psychopathes. Il a utilisé le terme maladie mentale sans délire pour décrire les personnes dont les comportements sont caractérisés par une dureté implacable et un manque de limites. En outre, il a considéré qu’ils étaient moralement neutres. Toutefois, tous les auteurs ne sont pas d’accord avec cette conception. En effet, pour certains spécialistes, les psychopathes sont des aliénés mentaux.

Le double visage des psychopathes

Hervey Cleckley

En 1941, le psychiatre américain Hervey Cleckley a fait la première description détaillée de la psychopathie dans son ouvrage The Mask of Sanity. Ce livre est devenu une référence parmi les chercheurs de l’époque.

« Le psychopathe ne connaît pas les concepts ou les caractéristiques qui définissent ce que nous pourrions appeler les valeurs personnelles. Il a de grande difficultés à comprendre de telles notions. Par exemple, il ne peut pas trouver le moindre intérêt à la tragédie ou à la joie humaine représentée dans la littérature ou dans l’art. Il reste également indifférent à ces mêmes émotions dans la vie réelle. La beauté et la laideur (sauf de façon très superficielle), le bien, le mal, l’amour, l’horreur et l’humour n’ont aucun sens pour lui. Cela ne le touche pas. Malheureusement, il n’a pas la capacité de comprendre que les autres peuvent s’émouvoir. »

-Hervey Cleckley-

Robert Hare

Plus tard, de nombreux psychiatres et chercheurs se sont consacrés à l’étude de la psychopathie. Robert Hare est sans aucun doute un de ceux qui ont le plus contribué à la description de cette pathologie. En effet, ce psychiatre a consacré plus de 3 décennies à la psychopathie. Il a créé l’échelle la plus utilisée pour mesurer ce trouble mental. Il s’agit du PCL et du PCL-R (Psychopathy Checklist Revised).

Kevin Dutton

Deux autres psychologues ont également longuement étudié la psychopathie. Il s’agit de Kent Kiehl, professeur à l’Université du Nouveau-Mexique aux Etats-Unis. Et, de Kevin Dutton, de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni.

Une entrevue que Dutton a réalisée avec un psychopathe en prison illustre parfaitement la capacité de raisonnement de ce dernier. A un moment donné, le psychopathe laisse entendre que si une fille refusait d’avoir des rapports sexuels avec lui, il se savait capable de la convaincre d’une manière ou d’une autre. A la fin de l’entrevue, alors que Dutton s’apprête à partir, il dit au détenu qu’ils sont « câblés » différemment. Et, c’est pour cette raison que le psychopathe est en prison alors que lui est dehors. C’est alors que le détenu lui a répondu :

« Ne laisse pas ton cerveau te tromper, Kev, avec tous ces tests qui ne te permettent pas de voir la réalité. Il n’y a qu’une seule différence entre toi et moi. Moi, je veux quelque chose et j’y vais. Alors que toi, tu le veux mais tu n’y vas pas ».
« Kev, tu as peur. Tu as peur ! Tu as peur de tout. Je le vois dans tes yeux. Peur des conséquences. Peur d’être pris. La peur de ce qu’ils vont penser. Peur de ce qu’ils te feront quand ils viendront frapper à ta porte. Tu as peur de moi ».
« Regarde-toi ! Tu as raison. Tu es dehors et je suis ici. Mais… qui est libre, Kev ? Vraiment libre, je veux dire. Toi ou moi ? Penses-y ce soir. Où sont les vrais barreaux Kev ? Là-bas ? (il pointe la fenêtre du doigt) Ou ici ? (et il indique alors sa tempe) ».

Sans aucun doute, la conversation est surprenante et appelle à la réflexion.

L'ombre et lumière des psychopathes

Principales caractéristiques des psychopathes

La plupart des psychopathes partagent un certain nombre de traits qui les caractérisent. Cependant, toutes les personnes qui présentent ces traits ne sont pas nécessairement des psychopathes. Pour cette raison, rappelons-nous que la psychopathie est un syndrome. C’est-à-dire que nous parlons d’un ensemble de signes cliniques que seuls des professionnels spécialisés peuvent diagnostiquer.

Voici une brève description des caractéristiques les plus représentatives, selon Robert Hare :

  • Un esprit simple et superficiel : bien qu’ils semblent souvent ingénieux et qu’ils s’expriment bien, ils racontent souvent des histoires improbables. Le fait est qu’ils sont capables de donner du réalisme à leurs histoires grâce à leur excellente capacité d’interprétation
  • Une personnalité égocentrique et arrogante : les psychopathes ont une vision narcissique de la vie. Ils se croient des êtres supérieurs, qui devraient être autorisés à vivre selon leurs règles. En fait, ils n’ont généralement pas honte de leurs problèmes. Qu’ils soient personnels, économiques ou juridiques. Ils n’y voient que des tracasseries passagères. Ils sont aussi persuadés que leurs aptitudes leur permettront toujours d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés
  • L’absence de remords ou de culpabilité : les personnes sujettes à la psychopathie font peu de cas des conséquences de leurs actes sur les autres. Et ce, même si les répercussions sont dévastatrices. En d’autres termes, ils ne regrettent pas la douleur et la souffrance qu’ils peuvent avoir causé. D’ailleurs, ils admettent ouvertement qu’ils n’ont aucun sentiment de culpabilité. Parfois, ils peuvent parfois parler de remords mais par la suite ils peuvent également se contredire par leurs actions ou leurs paroles

L’absence de remords chez les psychopathes est souvent associée à une forme excessive de rationalisation et donc d’évitement de la responsabilité de leurs actes :

« Ce que j’ai fait dans le passé ne me tracasse pas. Essayez de toucher le passé ! Essayez de faire quelque chose avec le passé. Ce n’est pas réel. C’est seulement un rêve », déclarait Ted Bundy dans une interview. Bundy était un tueur en série qui aurait tué près de 100 personnes aux Etats-Unis.

  • Un manque d’empathie : ils sont incapables de se mettre à la place des autres, si ce n’est sur le plan intellectuel. Ils n’ont pas d’émotions et voient seulement les autres comme des objets qui peuvent leur offrir des satisfactions. C’est-à-dire qu’ils utilisent les gens de façon instrumentale. Leur manque d’empathie s’applique en général autant avec leurs proches qu’avec les inconnus. S’ils ont des relations avec leurs proches, c’est qu’ils les considèrent en réalité comme des possessions
  • De l’habileté pour la manipulation et le mensonge : Ce sont de véritables aptitudes naturelles. Même lorsqu’ils sont pris la main dans le sac, ils ont la capacité de changer d’histoire ou de réarranger la vérité sans aucune honte ni faiblesse. De manière totalement indifférente. De plus, ils semblent éprouver de la fierté vis-à-vis de ce « talent » pour le mensonge
  • Des porteurs d’émotions superficielles : les psychopathes manifestent souvent un certain dénuement émotif qui limite la profondeur de leurs sentiments. Bien qu’ils puissent parfois montrer des émotions sincères, mais cependant très discrètes, ils sont froids. De plus, il leur est très difficile d’expliquer les différences entre les états affectifs. Par exemple, ils assimilent l’amour au désir sexuel et à l’excitation sexuelle. Ou encore la tristesse à la frustration ou bien même la colère à l’irritabilité. Néanmoins, le langage qu’ils utilisent n’est pas dépourvu de contenu émotionnel

 

Un style de vie propre aux psychopathes

Le mode de vie des psychopathes est marqué par une grande instabilité. Le manque de direction et la transgression des normes sociales est souvent un dénominateur commun. « Je l’ai fait parce que je le sentais bien » est une réponse fréquente aux questions concernant leurs actions.

Ils sont souvent impulsifs afin de satisfaire leurs désirs, satisfaire leurs plaisirs ou combler un besoin immédiat. Selon la psychologue Joan McCord, ils se focalisent sur leurs besoins et cherchent à les combler immédiatement. Un peu à la manière des enfants.

Un autre point caractéristique des psychopathes est leur tendance à perdre le contrôle lorsqu’ils ont l’impression que quelqu’un s’attaque à eux ou que cette même personne compromet leurs intérêts. Lorsque cela se produit, ils sont très réactifs. Cependant, même si leur maîtrise d’eux-mêmes peut parfois diminuer, ils perdent rarement le contrôle de leurs actes et savent conserver leur sang froid.

Le besoin d’excitation est un autre élément important de leur mode de vie. Ils peuvent préférer vivre sur la corde raide ou sur le fil du rasoir seulement pour être au cœur de l’action. En fait, ils ont tendance à se mettre dans des situations caractérisées par un grand désordre émotionnel. Enfin, ils sont assez intolérants à toute forme de routine.

Autres faits intéressants sur les psychopathes

Les psychopathes connaissent le sens des mots. Cependant, la valeur émotionnelle qu’ils y associent est erronée. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas accès à la dimension émotionnelle du langage.

Ils comblent ce manque par l’observation de l’utilisation du langage par les autres. Ils sont ensuite capables de réutiliser avec succès le langage observé dans des situations similaires. Cependant, les mots qu’ils emploient peuvent être totalement dissociés de leur état émotionnel.

Ils ont aussi tendance à tourner autour du pot dans leurs explications. Ils ne parviennent pas toujours à relier les phrases de manière cohérente mais grâce à une adresse affûtée par la pratique, ils sont souvent en mesure de se dérober sans que le doute s’insinue chez leur interlocuteur.

Leur discours est malgré tout fragmenté. Il montre des incohérences et des contradictions. Par exemple, un psychopathe peut déclarer dans une entrevue qu’il n’a jamais été violent. Toutefois, à un autre moment, il peut avouer qu’il a tué quelqu’un. Curieusement, les dernières études suggèrent que les psychopathes ont tendance à agiter davantage leurs mains que les autres. Particulièrement, lorsqu’ils abordent des aspects émotionnels.

D’autre part, leur définition de la conscience est très conceptuelle. Ils considèrent que c’est le produit des normes sociales inventées par les hommes afin d’assurer un mécanisme de contrôle social. Il en est de même de la culpabilité selon eux. Ils y accordent peu de valeur. De la même façon qu’ils portent peu d’intérêt à l’amour et à la compassion.

Conclusion

Comme on peut le voir, le spectre de la psychopathie est complexe… mais très intéressant. C’est pourquoi la recherche sur le sujet est si importante pour continuer à progresser dans la connaissance de la personnalité des psychopathes.

 

  • Hare, Robert D. (2003). Sin conciencia. El inquietante mundo de los psicópatas que nos rodean. Madrid: Editorial Paidós.