Nous avons parfois besoin que quelqu’un nous dise ce que nous représentons pour lui/elle

· 18 juillet 2017

Nous avons parfois besoin d’entendre un « je t’aime », un « tu es important-e pour moi » ou un « merci d’être qui tu es ». Savoir ce que nous représentons aux yeux de quelqu’un n’est pas un acte de faiblesse. Nous ne cherchons pas à nous sentir « validé-e-s », nous avons seulement besoin d’entendre, à voix haute, ce que ressent le cœur, et d’être reconnu-e-s et caressé-e-s à travers des mots, un ton, une voix sincère.

Souvenez-vous : l’amour n’est ni intangible ni intraduisible, ce n’est ni de la fumée, ni un parfum, car le verbe « aimer » se décline avec nos cinq sens et c’est de cette façon que nous nous sentons nourri-e-s et réconforté-e-s. Nous n’avons pas à prendre les sentiments pour acquis quand nous créons un lien, un « tu sais déjà ce que je ressens » ne suffit pas et n’alimente pas une relation, et un « si je suis avec toi, c’est pour une raison » peut parfois susciter plus de doutes que de certitudes quand nous aimons vraiment quelqu’un.


« Un mot bien choisi peut en faire économiser cent autres ainsi que cent pensées. »

-Henri Poincaré-


Presque personne n’a besoin d’écouter constamment ce qu’il représente pour les autres, mais avoir auprès de nous des personnes qui ne parlent pas le langage des émotions, qui s’échappent et qui ne perçoivent pas le besoin qu’a l’autre d’être reconnu ou apprécié à travers des mots peut épuiser. Ces personnes peuvent même créer et entretenir des doutes, des incertitudes et des vides insondables, ce qui est bien pire.

Bien souvent, la personne qui souffre d’un manque de caresses émotionnelles exprimées par des mots est obligée de traduire des gestes. De lire la tendresse à travers les regards, la préférence à travers les actions, la sincérité à travers ces comportements quotidiens d’un être aimé alexithymique qui ne perçoit ni n’exprime des émotions. Une telle chose peut bien évidemment fatiguer…

Le besoin d’entendre et de sentir que nous sommes important-e-s pour quelqu’un

Ressentir de l’amour, de la tendresse et de la reconnaissance dans chaque atome de nos sens, dans chaque vibration de nos battements de cœur et dans chaque connexion de nos cellules cérébrales nous confère un équilibre, un bien-être, une plénitude. L’être humain est génétiquement programmé pour se connecter à ses semblables car c’est de cette manière que nous garantissons notre survie et que nous parvenons à avancer, à évoluer et à grandir en tant qu’espèce.


« Très souvent, les mots que nous aurions dû employer ne se présentent à notre esprit que lorsqu’il est déjà trop tard. »

-André Gide-


Par conséquent, personne ne doit s’auto-considérer comme quelqu’un de faible ou de dépendant s’il a besoin que son compagnon/sa compagne ou ses proches lui disent un mot gentil, s’il veut qu’un geste de tendresse soit traduit en une phrase aimable, en une expression où se mêlent l’empathie et l’affection. Pour notre cerveau, il s’agit d’un acte très significatif. C’est pourquoi avoir besoin d’un « merci », d’un « tu es incroyable » ou « je suis heureux-se de t’avoir à mes côtés » est une chose qui n’est pas seulement naturelle mais aussi logique et nécessaire.

D’un autre côté, il y a un élément essentiel que nous ne pouvons pas négliger. Oui, les adultes ont besoin d’entendre ce qu’ils représentent pour les autres. Mais les enfants ont encore plus besoin de ce type de gestes : c’est plus important pour eux que la nourriture, que les bras forts qui les tiennent pendant qu’ils apprennent à marcher, que les vêtements qu’ils enfilent ou que ces jouets si chers qu’ils nous demandent à chaque instant.


Les enfants ont besoin d’entendre des mots positifs, de caresses émotionnelles, de cette voix qui les valide, qui leur offre de la sécurité, qui leur injecte de la confiance et de l’amour véritable, celui qui donne des ailes et fait pousser les racines.


L’importance du lien affectif et la qualité de ce dernier détermineront beaucoup de comportements futurs : ainsi, tout enfant qui sera élevé dans un environnement de froideur émotionnelle, d’insécurité ou de négligence parentale aura beaucoup plus de probabilités de développer des troubles du comportement et de nettes difficultés au moment d’utiliser un langage émotionnel adéquat.

Parle-moi sans crainte, parle-moi avec ton cœur

Les analphabètes émotionnels abondent, et nous ne faisons pas seulement référence à ceux qui souffrent de ce trouble affectif-cognitif de la communication qu’on appelle l’alexithymieC’est quelque chose de beaucoup plus complexe, plus profond, qui a un lien avec la façon dont nous avons été éduqué-e-s. Nous pouvons le voir dans nos environnements quotidiens, à l’école, au travail, etc, là où grandissent en abondance les « ravisseurs émotionnels » au lieu des « fournisseurs émotionnels ».


« Le langage est l’habit des pensées. »

-Samuel Johnson-


Nous voyons des enfants qui en harcèlent d’autres à l’école ou sur les réseaux sociaux, nous voyons des directeurs incapables de créer des climats de travail plus empathiques, respectueux et créatifs. Nous le voyons dans notre manière de communiquer, dans cette façon de croire qu’utiliser des émoticônes et des smileys souriants nous permet de construire un langage significatif et valide.

Mais c’est loin d’être le cas. Comme on nous l’explique dans le livre Corazones Inteligentes (« Coeurs intelligents », en français) de Natalia Ramos et Pablo Fernandez, notre monde souffre du manque d’application pratique de l’intelligence émotionnelle. Car les émotions ne se vivent pas dans un monde abstrait, elles ne sont pas diffuses, la vie n’est pas un film de David Lynch dans lequel le langage narratif, bien qu’il soit fascinant et symbolique, manque parfois de sens. La vie a besoin d’un sens ferme et l’amour de certitudes.

Par conséquent, servons-nous efficacement du langage, autorisons-nous à le transformer en un instrument créateur qui nous permettrait d’être courageux-ses, qui autoriserait notre cœur à prendre soin d’autres, qui nous laisserait nous connecter aux gens que nous aimons en utilisant des mots positifs et des phrases qui transmettent une affection réelle.