Au revoir là-haut

· 13 mai 2019
Au revoir là-haut avec un magnifique portrait de la fin de la Première Guerre mondiale. Son auteur nous emmène à Paris en 1919, dans une société qui pleurait ses morts et ne savait que faire des survivants...

Dans le roman Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, la Première Guerre mondiale touche à sa fin. Les soldats au front essaient de sortir cette idée de leur esprit. Ils craignent que ces présages qui courent plus vite que la poudre à canon ne se réalisent pas. Il serait très facile de croire, mais ensuite très difficile de supposer que la réalité tournerait le dos à la foi. De cette façon, le facile devient difficile.

Cependant, cette fois-ci, les rumeurs prédisent ce qui va se passer. Mais peut-être trop tard pour deux soldats qui, dans les derniers râles de ce douloureux massacre, verront leur vie à jamais unie par ces liens invisibles dont il faudrait plus d’une vie entière pour en raconter toutes les intrications.

Le roman – et le film du même nom – commence à l’intérieur même des tranchées, où un officier, le lieutenant Pradelle, craint que la bataille ne se termine sans avoir accumulé suffisamment d’honneurs. Pour éviter cela, il n’hésite pas à envoyer deux de ses hommes pour espionner l’ennemi. Et le tuer dans le dos ; son idée est de provoquer une confrontation finale qui ajoutera une victoire éclatante de renommée à ses états de service.

Cependant, à cause des hasards de la vie, l’un de ses soldats – Albert – découvre la ruse. Pradelle se rend compte qu’il a été découvert et n’hésite pas à essayer de le tuer. Cette fois, cependant, sa situation sera pire. Car l’homme qu’il croyait avoir enterré vivant dans le cratère d’un obusier ne mourra pas.

L’un de ses compagnons, Edouard, réussira à le sauver alors qu’il caressait la mort. Un acte héroïque que la fortune lui fera payer très cher. Il recevra un éclat d’obus qui défigurera son visage. La guerre se termine pour toute l’Europe. Pour toute la France. Et pour les trois personnages, déjà présentés, dont les histoires seront le fil conducteur du roman.

Pierre Lemaître et Au revoir là-haut
Pierre Lemaître

Au-delà d’une guerre

La majeure partie du roman Au revoir là-haut  est dédiée à la suite de ces événements. Au défi de reconstruire ce qui a été détruit, de retourner à une vie loin des tranchées et où les balles qui survolent et les mauvaises nouvelles sont les autres, ou les mêmes, mais avec un autre déguisement. Nous assistons à la formation d’une mafia entière sous la protection d’institutions achetées qui n’hésitent pas à commercer et à profiter de la douleur d’un pays entier. De ces familles qui ne veulent refermer la plaie qu’en disant au revoir à leurs proches. En les enterrant en paix. Aux morts, aux héros.

C’est une mission compliquée lorsque ceux qui doivent assumer cette tâche n’ont que peu ou pas de respect pour faire leurs adieux dans la dignité. La tâche est compliquée, et dans Au revoir là-haut nous voyons comment la volonté est nulle. En additionnant les deux facteurs, nous assistons à la narration d’un désastre.

D’autre part, il y a ceux qui ont survécu, sur le plan physique mais pas sur le plan mental. Ceux qui reviennent le cœur battant, mais mutilés, défigurés ou aphones. Suspicieux pour beaucoup d’entre eux d’avoir survécu, de ne pas avoir donné leur vie comme d’autres l’ont donnée, ignorés par les autres pour le fait de constituer un ancrage dans un passé fait d’horreur, de famine et de peur.

Au revoir là-haut, une histoire de disparus et de trouvailles.

Deux de nos protagonistes sont sortis en mauvais état de cette guerre. Sans la possibilité de retourner un jour dans l’environnement qu’ils ont quitté. On voit en eux comment la vie fait son chemin. Comment l’instinct de survie demeure. Comment les peurs grandissent tant que le fil de la vie n’est pas coupé. Que ce soit à travers des chaussures ou des masques en papier capables de transformer un visage défiguré en une face acceptable.

Nous voyons aussi comment l’enfance, avec sa façon particulière de voir le monde, est chargée d’innocence, ce qui peut souvent éliminer une partie de l’amertume que nous ressentons. Ce sont les petits qui d’abord arrêtent de se fixer sur ce qui vient inéluctablement pour se concentrer sur ce que nous pouvons faire.

Aussi, dans Au revoir là-haut, nous voyons comment des espoirs brisés peuvent nous affecter. Comment un père doit enterrer son enfant avant d’avoir pu l’accepter. Nous comprenons, parce que nous l’avons tous ressenti, ce sentiment de penser que quelque chose n’a pas d’importance pour nous ; jusqu’à ce qu’il ne soit plus là, découvrant en l’absence combien nous avions tort.

L’auteur lui-même dit, en se référant à son œuvre, qu’il n’a pas pu éviter de prendre La vie de Lazarillo de Tormes comme référence. C’est Edouard qui enseigne à Albert (son guide) différentes stratégies pour survivre et profiter d’un monde qui ne les aime ni ne les apprécie.

En résumé, il s’agit d’une œuvre absolument indispensable. Nous sommes ici devant un portrait, souvent ironique, de la façon dont une guerre finit par détruire des bâtiments ou la vie de ceux qui combattent. Mais aussi dont elle a le pouvoir de lacérer des sociétés et des générations entières.

 

  • Lemaitre, P. (2014). Nos vemos allá arriba. Salamandra.