Amnésie : types et caractéristiques

25 février 2018 dans Psychologie clinique 0 Partagés
Amnésie

L’un des troubles de la mémoire les plus connus est l’amnésie. Il s’agit d’un problème clinique qui entraîne des déficits importants lors du codage, du stockage et de la récupération d’informations issues de l’expérience. Mais le processus psychologique de base de la mémoire est complexe et multifactoriel, faisant que l’amnésie est parfois un symptôme difficile à expliquer avec précision.

Les patients atteints d’amnésie ont représenté une source d’une valeur incalculable pour comprendre un peu mieux comment fonctionne notre mémoire. L’étude des différents déficits que nous pouvons trouver nous aide à comprendre plus en profondeur la structure et la fonctionnalité de la mémoire. La plupart des études sur le sujet ont été réalisées autour du syndrome amnésique, un syndrome dans lequel la mémoire épisodique est endommagée.

Néanmoins, lorsque nous étudions l’amnésie dans la mémoire épisodique, nous le faisons autour d’une organisation temporaire des dommages. Autrement dit, nous pouvons organiser l’amnésie en deux types : (a) rétrograde, si elle a oublié ce qui s’est passé avant la maladie ou l’accident, et (b) antérograde, si la capacité à générer de nouveaux souvenirs est endommagée. Nous expliquerons ces deux catégories de manière plus large dans les sections suivantes.

Amnésie rétrograde

L’amnésie rétrograde est caractérisée par l’impossibilité d’accéder aux souvenirs antérieurs au moment où  la lésion s’est produite dans la mémoire. La période de temps affectée peut être variable, de l’oubli de quelques jours à une vie entière. Il est important de prendre en compte que les syndromes, les troubles et les blessures que produisent ce type d’amnésie, maintiennent intacte la capacité de créer de nouveaux souvenirs ; par ailleurs, d’autres types de mémoire sont également maintenus intacts, telles que la mémoire implicite et la mémoire procédurale.

amnésie

L’origine et la cause de ce trouble sont généralement de nature organique. En d’autres termes, elle est la conséquence d’une lésion cérébrale, elle peut concrètement être causée par des blessures dans l’hippocampe, les ganglions de la base ou le diencéphale. L’amnésie rétrograde peut toutefois survenir indépendamment de tout type de blessure, ce qui est appelée amnésie psychogène ou fonctionnelle.

L’un des patients les plus étudiés, souffrant d’un syndrome très amnésique, était Clive Wearing. Ce sujet n’a pu se souvenir d’aucune information survenue avant son accident en 1985. Accident qui causa la destruction de son hippocampe et de graves dommages aux lobes temporaux. Outre l’amnésie rétrograde, Clive souffrait également d’une amnésie antérograde qui ne lui permettait pas de créer de nouveaux souvenirs ; la vie de ce patient signifiait vivre dans un présent sans fin dont il ne pouvait s’échapper.

Amnésie antérograde

Contrairement au trouble de type rétrograde, l’amnésie antérograde est l’incapacité de créer de nouveaux souvenirs après une lésion. Toute information qui avait été stockée avant la lésion reste stockée dans la mémoire sous réserve des phénomènes normaux de l’oubli. Là encore, dans la plupart des cas, cette lésion est le résultat d’une lésion organique, où les structures hypothalamiques et temporales se trouvent endommagées.

Une qualité spéciale de ce trouble est que seul le codage de mémoire explicite est endommagé. Cela signifie que le sujet, malgré son incapacité à créer des souvenirs, peut apprendre de nouvelles compétences procédurales ou implicites. Par exemple, si un patient souffrant d’amnésie antérograde joue du piano tous les jours, il s’améliorera avec le temps ; il ne se souviendra toutefois pas explicitement avoir joué du piano, pour lui chaque jour serait comme le premier.

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L’un des cas d’amnésie antérograde les plus célèbres était celui de HM (l’acronyme du patient Henry Molaison). Ce sujet a dû subir une intervention chirurgicale pour soulager des crises d’épilepsie sévères. Lors de cette intervention chirurgicale, une grande partie des structures hypothalamiques a été extraite. Ce fut la fin de ses attaques d’épilepsie, mais ceci produisit de graves dommages à sa mémoire.

HM était incapable de se rappeler de quelque chose de nouveau après l’opération, mais ses capacités exécutives et procédurales restaient intactes. Lorsqu’il nous souhaitions entamer une conversation avec lui, il faisait preuve de cohérence et, à première vue, ne semblait pas avoir de problème ; mais après avoir mis un terme à la conversation et que nous revenions vers lui, il ne se souvenait plus de nous.

Nous avons précédemment mentionné que les deux types d’amnésie sont indépendants : l’un peut apparaître sans l’autre. Il convient de rappeler à cet égard que la réalité du syndrome amnésique est beaucoup plus complexe. Il est fréquent que les lésions affectent une multitude de noyaux cérébraux, ce qui déclenche des amnésies mixtes. Même ainsi, l’étude de ces amnésies « pures » est intéressante pour mieux connaître le fonctionnement de notre mémoire.


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