Altered Carbon : l’altération de la relation entre le corps et l’esprit

12 février 2019
Connaissez-vous la série Altered Carbon ?

Imaginez que nous sommes au 25ème siècle, l’humanité s’est répandue dans toute la galaxie sous la supervision de l’ONU. Les divisions de classe, de race et de religion persistent toujours, mais les progrès technologiques ont redéfini la vie. Maintenant, la conscience se stocke dans des disques numériques implantés à la base du cerveau qui sont facilement téléchargeables dans un nouveau corps, comme s’il ne s’agissait que d’un vulgaire moule.

Cette vision appartient au monde créé par Richard K. Morgan dans le roman de science-fiction Altered Carbon, qui a été adapté en série pour la plateforme Netflix. Dans ce monde fictif, différents dilemmes sur l’avenir de l’humanité se posent.

Parmi eux, nous pouvons souligner la relation entre l’esprit ou l’âme et le corps. Dans une société où notre esprit peut être téléchargé sur un disque numérique, à quoi ressemblerait la mort ? Est-ce la même chose d’être dans un corps ou un autre ? Quelles seraient les conséquences de l’immortalité ? Ce ne sont là que quelques-uns des dilemmes auxquels nous pouvons être confrontés lorsque nous nous lançons dans le livre ou la série Altered Carbon.

la psychologie d'Altered Carbon

Les piles corticales au carbone modifié

Dans cette dystopie, l’identité ou la conscience humaine peut être déchargée dans une « pile corticale ». Cette pile ou support numérique est insérée dans la colonne vertébrale, entre les cervicales. La mémoire et l’identité des gens reposent sur elle et elle est automatiquement mise à jour avec notre cerveau.

D’autre part, les humains disposent « d’enveloppes », qui sont les corps. Elles peuvent être naturelles ou synthétiques, c’est-à-dire créées ex nihilo. Le fait est que lorsque le corps meurt, la pile corticale peut être stockée indéfiniment ou insérée dans un autre boîtier. Lorsqu’elles sont stockées, l’identité peut être chargée dans un environnement virtuel.

Dans ce scénario, la mort n’est pas comprise telle que nous la comprenons. Le fait qu’un corps meure ne signifie pas que l’identité meurt, donc tuer un corps n’équivaudrait pas à un homicide puisque la victime peut reprendre vie dans une autre enveloppe. La « vraie mort » ne se produit que lorsque la pile corticale se détruit. Pouvez-vous imaginer ce que cela implique pour ceux qui croient que les âmes vont au ciel ? Et pour ceux qui croient à la migration des âmes ?

La relation entre le corps et l’esprit

Le philosophe René Descartes a proposé un dualisme entre l’âme –res cogitans– et le corps –res vaste. Son approche est très présente dans Altered Carbon. Cependant, cette distinction n’existe pas dans la réalité.

Le neurologue Antonio Damasio le dit clairement dans son livre L’erreur de Descartes. Le corps et l’esprit ne font qu’un. Vous ne pouvez pas apprendre sans corps, si nous parvenons à isoler un esprit, il ne pourrait rien apprendre parce qu’il a besoin du corps. Comme le dit Damasio, « le corps fournit un contenu qui fait partie intégrante des activités de l’esprit normal« .

Par conséquent, ceux qui vivent dans ce monde fictif auraient besoin d’un corps pour être conscients. Cependant, être dans un corps ou un autre n’est pas la même chose. Un changement de corps entraînerait des sensations très étranges.

De même, le concept de soi et l’identité personnelle changeraient radicalement, d’autant plus si la nouvelle enveloppe corporelle se montrait extrêmement différente de l’ancienne. Ainsi, l’apprentissage changerait aussi, les sensations qui nous viendraient de nos sens ne seraient plus les mêmes et, par conséquent, nos interprétations de ces signaux ne seraient plus les mêmes. En résumé, ce changement d’enveloppe aurait plus de chances de provoquer un traumatisme qu’autre chose.

Altered Carbon

Les implications de l’immortalité

Ceux qui ont vécu longtemps, des centaines d’années, sont appelés dans la série « Maths ». C’est l’abréviation de Mathusalem, un personnage biblique qui aurait vécu pas moins de 969 ans. Mais bien que vivre tant d’années puisse sembler attirant, un Math du livre nous dit : »il fallait un type particulier de personne pour aller de l’avant, pour vouloir avancer, vie après vie, enveloppe après enveloppe« . Il fallait être différent dès le début, peu importe ce que l’on deviendrait au fil des siècles.

Comme il nous le dit, tout le monde n’est pas assez bon pour être un Math. Vivre autant implique de voir beaucoup de choses, bonnes comme mauvaises. Voir beaucoup de sess proches mourir, y compris des enfants et des petits-enfants ou même des arrière-petits-enfants. Pourriez-vous supporter cela ? De même, les relations avec ceux qui ont vécu moins longtemps ne seront plus les mêmes. « Quand on vit aussi vieux, on change. On commence à avoir la grosse tête. Et pour finir, on se prend pour Dieu.

 Soudain, les gens dans la trentaine ou la quarantaine ne sont plus rien. C’est aussi voir l’avènement et la chute de civilisations entières, et finir par penser que plus rien n’a de sens dans l’existence. Et c’est ainsi que l’on commence à écraser les gens inférieurs comme s’ils étaient des fleurs sous nos pieds« .