Les 9 phrases les plus intéressantes de Slavoj Žižek

23 octobre 2017 dans Psychologie 13 Partagés
Slavoj Žižek

Slavoj Žižek est un philosophe, psychanalyste et sociologue slovène qui a acquis une grande notoriété dans le monde entier grâce à sa perception aiguë et profonde de la réalité contemporaine. Il utilise un langage frais et ingénieux pour expliquer ses positions, une chose qui lui a permis d’acquérir une grande reconnaissance et un grand prestige dans le monde culturel.

Les approches de Žižek mêlent les principes du matérialisme dialectique à ceux de la psychanalyse lacanienne. Son intention est d’expliquer la culture populaire actuelle. Il dénonce les pièges idéologiques du pouvoir et ses manifestations, en cherchant à ouvrir les esprits à une compréhension de nouvelles réalités. Il le fait d’ailleurs avec simplicité, sans perdre son sens de l’humour.

« Je ne suis ni naïf, ni utopiste ; je sais qu’il n’y aura pas de grande révolution. Malgré tout, il est possible de faire des choses utiles, comme signaler les limites du système. »

-Slavoj Žižek-

L’un des aspects les plus intéressants de Slavoj Žižek est qu’il se sert du cinéma et de la littérature pour expliquer ses points de vue. Il utilise tout particulièrement, et fréquemment, les films d’Alfred Hitchcock et de David Lynch. Et il cite Shakespeare, Kafka ou Lénine avec le même naturel.

Žižek est un philosophe antisystème. Sa pensée propose et promeut une attitude de résistance face à la société de consommation et aux excès du marché. Il est également un ennemi reconnu des fondamentalismes politiques et religieux. Certain-e-s le cataloguent comme un anarchiste mais il est en réalité un critique âpre des temps actuels. Voici quelques-unes de ses affirmations les plus intéressantes.

Une vie dépourvue de substance

Il semblerait que, désormais, des formes d’exister qui « ne touchent pas » à la vie soient promues, comme le signale cette extraordinaire réflexion : « C’est comme si nous vivions, de plus en plus et à tous les niveaux, une vie dépourvue de substance. Nous consommons de la bière sans alcool, de la viande sans graisse, du café sans caféine et, finalement, du sexe virtuel… sans sexe. »

Dans ce texte, Žižek décrit très bien cette posture actuelle de rejet du « négatif », comme si chaque réalité nous procurait des bénéfices et des points noirs. Tout implique une perte et un gain, même ces postures aseptiques. Ainsi, vouloir se placer en marge des « mauvaises choses » n’est rien d’autre qu’une paranoïa infantile.

homme et femme aux visages vides

Ne pas changer les personnes mais les systèmes

Pour Žižek, l’individu est déterminé, en grande mesure, par son environnement. Au point qu’il lui est difficile de reconnaître si ses pensées et actes viennent bien de lui-même ou s’ils sont le fruit d’une influence structurelle. Žižek signale donc : « Vous ne pouvez pas changer les personnes mais vous pouvez changer le système pour que les personnes ne soient pas poussées à faire certaines choses ».

Cette affirmation précise qu’un grand nombre de comportements sont créés par le système de relations, de valeurs et de croyances à travers lequel se meut l’individu. Par conséquent, pour aboutir à certains changements personnels, il faut aussi transformer le contexte.

Ne pas agir signifie laisser agir les autres

Le pouvoir opère de différentes façons sur les personnes. C’est ce même pouvoir qui crée une attitude de passivité ou d’indifférence chez certains êtres humains. Cela se reflète dans cette phrase : « Le fait de ne rien faire n’est pas vide de sens. Son sens est de dire oui aux relations de domination existantes ».

Slavoj Žižek

Cela peut aussi bien s’appliquer à des situations quotidiennes qu’à de grands faits sociaux. Le fait de ne pas agir, de ne pas intervenir activement, est une façon d’accepter les conditions dominantes. Ces conditions sont imposées par le pouvoir, dans le but de se perpétuer.

La même chose est valable pour la vie privée individuelle. Celui/celle qui se maintient dans un état de passivité obéit au pouvoir familial ou à celui du cercle intime. C’est la manifestation du totalitarisme dans la vie privée. N’importe quelle personne ayant l’impression de ne rien avoir à faire obéit en fait à une autre.

L’amour, un malheur

Žižek s’écarte de la vision romantique de l’amour. Il lui donne, bien au contraire, un rôle déchirant : « L’amour est vécu comme un grand malheur, un parasite monstrueux, un état d’urgence permanent qui ruine tous les petits plaisirs ».

Cette affirmation n’est pas un rejet de l’amour ou n’appelle pas à ne pas en faire l’expérience. Il s’agit plutôt d’une dénonciation. D’un côté, l’amour offre une plénitude mais, de l’autre, il brise intérieurement l’individu. Ce n’est pas négatif, c’est simplement propre à la nature de l’être humain.

Mieux échouer

Žižek appelle à ne pas avoir peur des échecs. Le pire des échecs, en effet, est peut-être de ne pas essayer, comme il le souligne dans cette phrase : « Après avoir échoué, il est possible de continuer à aller de l’avant et d’échouer encore mieux ; en revanche, l’indifférence nous plonge de plus en plus dans le bourbier de l’être stupide ».

L’essai, même s’il mène à l’échec, permet toujours de s’améliorer. On apprend, on grandit. En revanche, si l’on tombe dans une position passive et indifférente, c’est tout le contraire qui se produit. La décadence, la relégation et la stagnation apparaissent. La passivité équivaut à la mort de la conscience.

funambule

Systèmes généraux de pensée

L’histoire a été dominée par les grands systèmes de pensée, qui se sont vus comme universels. Désormais, nous vivons à une époque différente, comme nous pouvons le voir à travers cette phrase : « Ce n’est pas non plus dans le champ de la politique que nous devons aspirer à des systèmes qui expliquent tout et à des projets d’émancipation mondiale ; l’imposition violente de grandes solutions doit laisser la place à des formes d’intervention et de résistance spécifiques ».

Les systèmes de pensée avec des prétentions d’universalité sont passés au-dessus d’un grand nombre de particularités. En fait, ils se sont souvent imposés de manière violente. Il est maintenant temps de chercher ce qui nous différencie et pas ce qui nous rend uniformes.

La compétition et la comparaison

Ce merveilleux texte de Žižek dénonce une réalité qui est, étrangement, d’actualité : « Nous sommes pris au piège d’une compétition malsaine, un réseau absurde de comparaisons avec les autres. Nous ne prêtons pas suffisamment d’attention à ce qui nous fait nous sentir bien parce que nous passons notre temps à mesurer si nous ressentons plus ou moins de plaisir que les autres ».

Nous vivons à une époque où, plus que jamais, nous sommes soumis-es à l’approbation ou à la sanction sociale. Beaucoup définissent leurs actions et jugements en fonction de la comparaison effectuée avec les autres.

Dans ce cas, il ne s’agit pas de trouver ce qui les gratifie personnellement mais de mesurer si cette gratification est supérieure ou inférieure à celle des autres. Dépasser les autres, voilà ce qui produit du bonheurBeaucoup plus que le fait de ressentir une impression de réalisation personnelle.

personnes dans les nuages

Le rôle de la philosophie

Actuellement, la philosophie n’est pas un savoir orienté vers la révélation de grandes vérités. Pour Žižek, son rôle consiste davantage à remettre en question et à ouvrir les « vérités absolues ». Nous le voyons à travers cette phrase : « La philosophie ne trouve pas de solutions, elle pose des questicipale est de corons. Sa tâche prinriger les questions ».

À une époque où l’incertitude prédomine, la philosophie apporte plus en posant des questions qu’en y répondant. Les interrogations profondes nous rapprochent de réponses plus précises. Nous n’avons peut-être donc pas trouvé les questions adéquates. Et c’est précisément le but que doit avoir la philosophie.

Non aux prophètes, oui aux leaders

Les agents des « vérités révélées » font beaucoup plus de mal que de bien. Ils poussent à soutenir des idées absolutistes ou totalitaires qui ne mènent qu’à de nouvelles formes d’esclavage. C’est pour cela que Žižek signale : « Nous n’avons pas besoin de prophètes, mais de leaders qui nous motivent à utiliser notre liberté ».

Slavoj Žižek

Le rôle du leader contemporain est d’aider les autres à définir librement leur chemin, non pas à les faire suivre aveuglément les préceptes d’un homme ou d’un groupe. Un véritable leader encourage l’autonomie de ceux qu’il guide. Il cherche à ce que chacun soit leader de soi.

Žižek est l’un des grands penseurs de notre époque. Ses réflexions contribuent à comprendre un monde qui est devenu trop complexe et qui, par moment, semble complètement erratique. Il constitue une source de consultation obligée pour celleux qui cherchent à calibrer leur boussole à l’époque à travers laquelle la vie doit continuer.

A découvrir aussi