Yacouba Sawadogo, l'homme qui a vaincu le Sahara

21 janvier, 2021
Il y a des personnes dans le monde qui nous rappellent la lutte entre le petit David et le géant Goliath. L'une de ces personnes est Yacouba Sawadogo, un homme qui a fait face au désert du Sahara et l'a vaincu, grâce à sa persévérance et à sa confiance dans le savoir ancestral.

Yacouba Sawadogo n’avait pas besoin d’aller à l’université ou de lire les journaux pour se rendre compte que le climat changeait. Il vit au Burkina Faso, un pays voisin du désert du Sahara, et a remarqué que les pluies se faisaient rares. Il a également remarqué que cette situation diminuait progressivement les récoltes.

Cet homme, doté d’un bon sens extraordinaire, vit dans la région connue sous le nom de Sahel. C’est la région située entre le Sahara et la savane soudanaise ; une région aux conditions climatiques instables qui, à plusieurs reprises, a déclenché des famines dramatiques.

L’une de ces périodes se situe entre 1968 et 1974. Et c’est précisément en 1974 que la lutte de Yacouba Sawadogo a commencé.

“J’espère que la légitimité apportée par ce prix contribuera à inspirer et à encourager de nombreuses autres personnes à régénérer leurs terres au profit de la nature, des communautés locales et des générations futures.”

-Yacouba Sawadogo-

Yacouba est devenu connu bien après, en 2018, lorsqu’il a remporté le “Nobel alternatif”, un prix décerné à Stockholm à ceux qui ont excellé dans leur lutte pour améliorer l’humanité. Le monde connaissait alors le travail silencieux et merveilleux que Yacouba Sawadogo avait accompli pour son peuple et pour nous tous.

Une illustration d'un désert.

Yacouba Sawadogo et le Sahara

Nous avons tous entendu parler du désert du Sahara, un endroit plein de légendes qui remontent à des milliers d’années. Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que, tant au nord qu’au sud de cette zone, les habitants ont réussi à se tailler une place et des communautés s’y sont installées, vivant en lutte constante contre la force du désert.

Au XXe siècle, avec l’augmentation de la population en Afrique et l’arrivée massive de sociétés étrangères, principalement des sociétés d’extraction minière, les cycles écologiques du continent ont commencé à être modifiés. Cela a d’abord touché les pays de la zone du Sahel, dont le Burkina Faso, la patrie de Yacouba Sawadogo.

À la fin des années 1960, le désert a commencé à gagner du terrain dans ce pays. Les sables allaient progressivement engloutir les terres fertiles et la faim commença à devenir un mal répandu.

La plupart des personnes touchées ne pensaient qu’à quitter les lieux, car elles considéraient la lutte comme perdue. C’est alors que Yacouba a fait la différence : il a décidé de rester et de combattre le Sahara.

L’utilisation de méthodes anciennes

Lorsqu’un sol est en cours de désertification, la solution consiste à établir un diagnostic spécialisé, basé sur des recherches approfondies, puis à appliquer la méthode appropriée à grande échelle. Mais au Burkina Faso, il n’y avait pas de spécialistes, pas de recherche de haut calibre, sans parler des millions de dollars qu’il faudrait investir pour atteindre l’objectif.

Yacouba Sawadogo n’allait pas abandonner sans se battre. C’est pourquoi, avec Mathieu Ouédraogo, son ami et compagnon de combat, il a commencé à enquêter pour lui-même.

Ils ont eu assez de lucidité pour chercher le seul endroit où ils pouvaient trouver des réponses : les traditions ancestrales. Dans cette région, les cultures datent de nombreuses années, et leurs traditions étaient donc assez sages pour atténuer les ravages de la désertification.

Au final, les deux rêveurs ont appliqué deux techniques anciennes pour récupérer le sol. La première est appelé “cordon de pierres”. Elle consiste à faire des rangées de pierres, de sorte que, lorsqu’il pleut, l’eau reste stagnante pendant quelques minutes et, ainsi, elle peut pénétrer dans le sol et réduire sa dureté.

La technique gagnante

La deuxième technique utilisée par Yacouba Sawadogo et son ami était les “trous Zaï”. Cette technique consiste à creuser des trous à côté des graines semées, afin qu’elles aident à retenir plus d’humidité. Yacouba a incorporé plusieurs innovations à la technique traditionnelle, comme la réalisation de trous encore plus grands.

Il a pensé que c’était aussi une bonne idée d’incorporer de la matière organique dans les trous, et il a donc introduit un peu de fumier, de matière organique, de feuilles, de petits troncs et de débris végétaux dans les trous. Sans le savoir, mais intuitivement, cette décision a été cruciale pour la réussite de son projet.

Mais Yacouba Sawadogo n’a pas compté sur l’introduction de matière organique dans les trous pour attirer les termites. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les termites ont commencé à creuser des tunnels et, grâce à eux, le résultat a été encore plus réussi.

En d’autres termes, les termites ont fait le travail d’ingénierie manquant. Le résultat a été que le sol est devenu plus mou, plus humide et que les plantes ont commencé à pousser.

Une parcelle de terre.

L’histoire Yacouba Sawadogo : une victoire sur le désert

Il a fallu plus de 40 ans au monde pour voir que Yacouba Sawadogo avait gagné dans son combat acharné contre le désert. Jusqu’à présent, il a réussi à récupérer plus de 3 millions d’hectares, qui étaient autrefois des terres stériles et qui sont maintenant des terres fertiles.

Yacouba savait qu’une réussite partielle ne suffisait pas. Alors, quand il a réalisé que ses techniques ancestrales fonctionnaient, il a commencé à les enseigner à tous ceux qui voulaient les apprendre. Il a passé toutes ces années à faire des allers-retours sur sa moto, transmettant ses enseignements dans diverses communautés.

Aujourd’hui, avec le prix Nobel alternatif à son actif, il nous a donné de nombreuses leçons. Il nous a appris à ne pas abandonner sans nous battre, aussi difficile que cela puisse paraître.

Il nous a également appris que les solutions préconçues ne sont pas toujours les meilleures et, surtout, que le bon sens et la confiance en soi peuvent nous mener très loin. Merci à lui de nous rappeler tout cela.

Puig, J. (2019). Sensibilidad por el medio ambiente y cristianismo. Scientia et Fides, 7(1), 73-96.