Ce dont a besoin l'humanité selon Erich Fromm

27 mai, 2020
Selon Erich Fromm, nous avons besoin de davantage d'humilité et d'amour. Dans une société de plus en plus narcissique, l'égoïsme est un germe à combattre afin d’espérer atteindre le bonheur, l'harmonie et le respect.

Selon Erich Fromm, ce dont l’humanité a le plus besoin, c’est d’un changement. Ce psychanalyste social et philosophe allemand est connu pour avoir osé défier Sigmund Freud en son temps et pour avoir reformulé le concept de liberté. De plus, ce visionnaire a également dit que l’Homme était en train de perdre ses chances d’accéder au bonheur dans cette société de plus en plus technique, froide et structurée.

Dans son ouvrage incontournable Avoir ou être ?, il nous a légué une série de messages intemporels qui continuent de susciter aujourd’hui des réflexions extrêmement novatrices. Parmi ces concepts, il y en a un qui vous est sans doute très familier. Selon lui, les gens ont pris l’habitude de vivre dans un environnement où ceux qui n’ont pas, ne sont pas. En effet, le bien-être authentique et l’épanouissement humain résident précisément dans l’être. Cependant, nous avons plutôt tendance à nous définir au travers de nos possessions.

30 ans se sont écoulés depuis la disparition d’Erich Fromm. Pourtant, ses pensées, ses réflexions et son héritage continuent à être d’une grande actualité. Nous avons en effet besoin d’un changement, d’un nouveau paradigme pour pouvoir vivre en toute liberté. Une liberté ou nous cesserions de nous considérer en fonction de ce que nous avons. Une liberté ou nous nous apprécierions plutôt en fonction de ce que nous sommes.

Erich Fromm et la liberté

De quoi l’humanité a-t-elle besoin d’après Erich Fromm ?

Selon Erich Fromm, l’humanité a besoin de plusieurs choses que nous allons analyser dans la suite de cet article. Cependant, pour comprendre l’approche et la perspective de ce penseur, il faut d’abord rappeler que les fondations même de sa philosophie ont toujours reposé sur un humanisme presque radical. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela implique que ce psychologue social cherchait avant tout à libérer les personnes de leurs chaînes.

Chacun de nous porte de multiples fardeaux. Et ce, sans presque le savoir. La structure industrielle, sociale et politique dans laquelle nous vivons nous impose une multitude de schémas et de verrous qui entravent notre épanouissement, notre capacité de choix, nos pensées et notre volonté. Ainsi, nous limitons nous-même notre propre bonheur de différentes manières.

Nous le faisons en choisissant par exemple le conflit et la violence plutôt que la paix. Nous le faisons aussi en étant guidés par l’instinct et non par la raison et l’émotion. Enfin, et surtout, nous ne nous aimons pas comme nous le mériterions.

Ainsi, dans son livre La passion de détruire : anatomie de la destructivité humaine, il indique que la situation de l’humanité est aujourd’hui très grave. Selon lui, il est donc nécessaire de créer de nouvelles structures mentales. De nouveaux scénarios de réflexion sont ainsi nécessaires afin de produire des changements.

Voyons à présent ce dont l’humanité a besoin pour investir dans le bien-être et dans la liberté.

Nous devons être plus spontanés

Dans La peur de la liberté (1941), Fromm fait appel à quelque chose qui peut être frappant mais qui est aussi source d’inspiration. Selon lui, les gens accordent trop de poids à la pensée rationnelle. Cependant, l’être humain est en soi une combinaison parfaite entre l’émotion et la raison. Un subtil mélange entre les sentiments et la maîtrise de soi.

Par conséquent, lorsqu’il s’agit d’exprimer librement notre personnalité authentique, nous devons être plus spontanés. C’est ainsi que nous pouvons briser les chaînes et laisser libre cours à notre essence même afin de nous libérer des conventions imposées par la société.

Un engagement plus solidaire

Dans son livre Avoir ou être, Erich Fromm a apporté diverses pistes qui, selon lui, sont essentielles pour empêcher l’humanité de se précipiter vers un avenir catastrophique. Tout d’abord, il a dû lui même faire face aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, il a aussi été témoin de la guerre froide. Cette période marquée par la course aux armements a plongé le monde entier dans un climat d’angoisse permanente.

Certes, les temps sont aujourd’hui différents. Mais les éléments essentiels restent cependant assez similaires. C’est pourquoi les suggestions que nous retrouvons dans Avoir ou être sont toujours autant d’actualité et demeurent une grande source d’inspiration. Voici quelques unes de ces réflexions.

  • Etre plus solidaire, aimer et respecter la vie sous toutes ses formes
  • Il est important de ressentir de la joie dans le don et dans le partage. Et, pas seulement dans l’accumulation de biens
  • Il est nécessaire de réduire la convoitise, la haine et le mensonge
L'humanité selon Erich Fromm

Erich Fromm sur l’humanité: nous devons nous débarrasser du narcissisme

Ce dont l’humanité a encore besoin, selon Erich Fromm, c’est avant tout de mettre de côté le narcissisme. En fait, ce postulat récurrent dans son œuvre est si fort qu’il a même introduit un concept important à ce sujet. Il s’agit de ce qu’il a appelé le narcissisme malfaisant. Pour lui, cette recherche constante de la satisfaction personnelle, du renforcement de l’ego ou de la grandeur est la véritable essence du mal.

Nous devons cultiver l’humilité, le respect des autres mais aussi de nous-mêmes avec cependant un point de vue plus sain, plus affectueux et en harmonie avec notre propre société. L’égoïsme serait le pire des virus. Il faut le combattre à tout prix car il entretient l’ignorance et la soumission.

En conclusion, peu importe que les œuvres d’Erich Fromm aient été écrites il y a plusieurs décennies. En effet, elles sont toujours aussi incontournables et d’une immense valeur. Le fait même de s’y replonger est une invitation à réfléchir à certains aspects qui méritent d’être repensés.

 

  • Fromm, Erich (1992) Del tener al ser. Barcelona. Paidos.
  • Fromm, Erich. (2007) El humanismo como utopía real,  la fe en el hombre. Buenos Aires. Paidos.
  • Fromm, Erich. (2002) Anatomía de la destructividad humana. Buenos Aires. Paidos.