Le trouble bipolaire : quand vivre est une montagne russe

· 15 janvier 2018

Le trouble bipolaire est peut-être l’un des troubles qui intéressent le plus toute les personnes qui s’intéressent un tant soit peu à la psychologie clinique. La sensation qu’une personne peut passer sa vie aux prises avec deux pôles de sa personnalité si opposés nous fascine et, dans le même temps, nous fait peur. Mais cet intérêt s’explique également par le fait que l’acception populaire du trouble bipolaire peut nous amener à penser, quand nous observons de manière analytique nos propres comportements, que nous pourrions en souffrir. Personne ne jouit d’une stabilité émotionnelle absolue et il est aisé de confondre un trouble pathologique avec des comportements erratiques, mais parfaitement normaux.

De la même manière, il n’est pas rare d’entendre que les personnes qui souffrent d’un trouble bipolaire abritent deux personnalités bien distinctes. Quel trouble définit véritablement le comportement d’une personne qui a une double personnalité ? Quelles sont les différences majeures entre le trouble bipolaire et le trouble de la personnalité borderline ?

Qu’est-ce réellement que le trouble bipolaire ?

Le trouble bipolaire est un trouble affectif qui se caractérise par des changements brutaux d’état d’esprit, avec des phases de manie (euphorie), d’hypomanie (euphorie de courte durée) ou mixtes, qui alternent avec des épisodes dépressifs. Selon les critères de la Classification internationale des maladies (CIM-10) et du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DMS-IV), il existe différents types de troubles bipolaires :

  • Le trouble bipolaire de type I (TB I) : ce trouble se caractérise par la présence d’une phase maniaque ou d’une phase mixte (manie et hypomanie), avant ou après la manifestation d’un épisode dépressif.
  • Le trouble bipolaire de type II (TB II) : ce trouble se caractérise par des symptômes maniaques moins graves, qui sont appelés phases hypomaniaques, et qui alternent avec des épisodes dépressifs.
  • La cyclothymie : ce dernier trouble est caractérisé par des phases d’hypomanie alternées avec des symptômes dépressifs sous-cliniques.
femme angoissée

Il s’agit d’un trouble relativement fréquent. Le sexe et l’âge n’ont que peu d’influence sur sa manifestation, même si l’on estime qu’il apparaît davantage chez des individus âgés de 15 à 25 ans. Lorsque le trouble n’apparaît qu’après 60 ans, les différentes études sur le sujet démontrent qu’il est fort probable qu’il soit d’origine organique, une situation davantage réversible que les autres.

Dans la grande majorité des cas, le trouble bipolaire altère le fonctionnement et le bien-être des patients qui en souffrent. Le taux de suicide chez les personnes bipolaires est très élevé, autour de 15%. Le risque est à son maximum lors des épisodes dépressifs ou des phases mixtes.

Les différentes altitudes de ces montagnes russes

Le DSM-IV-TR établit des critères pour différencier les types d’épisodes maniaques, hypomaniaques, dépressifs et mixtes dont souffrent les personnes bipolaires.

L’épisode maniaque se manifeste par un état d’esprit, qui se maintient durant une semaine environ, et qui présente au moins trois des caractéristiques suivantes :

  • Une estime de soi exagérée
  • Une baisse du besoin de sommeil
  • Une faculté à parler davantage que d’habitude
  • Une fuite des idées
  • Des difficultés à être attentif
  • Une agitation psychomotrice
  • Une implication excessive dans des activités génératrices de plaisir qui recèle des conséquences potentiellement graves
  • Une altération comportementale si importante qu’elle peut provoquer une détérioration des relations sociales et professionnelles, nécessiter une hospitalisation et exiger un traitement adapté aux troubles psychotiques

L’épisode hypomaniaque est un état d’esprit qui dure au moins quatre jours et qui comprend au moins trois des symptômes que nous venons de détailler pour le trouble maniaque. L’altération de l’état d’esprit et le changement du niveau d’activité sont observables par l’entourage du patient, mais ils ne sont pas suffisamment graves pour nécessiter une intervention médicale. Le patient ne souffre pas, à ce moment-là, de troubles psychotiques.

L’épisode dépressif majeur dure environ deux semaines et se manifeste par les symptômes suivants :

  • Une perte ou une augmentation importante du poids ou de l’appétit
  • De l’insomnie ou de l’hypersomnie
  • Une agitation ou un ralentissement psychomoteurs
  • De la fatigue
  • Des sentiments d’inutilité et de culpabilité excessifs
  • Une baisse de la concentration et de la faculté à prendre des décisions
  • Des pensées morbides récurrentes
  • Une manifestation d’un état d’esprit dépressif ou apathique durant la majorité de la journée

L’épisode mixte correspond aux critères déjà évoqués des épisodes maniaques et des épisodes dépressifs majeurs, qui se manifestent tous les jours, durant une semaine au minimum.

Quel que soit l’épisode expérimenté par le patient, ses symptômes ne sont pas dus aux effets physiologiques produits par une substance chimique ou par un traitement. Si cette symptomatologie est provoquée par la consommation d’un agent extérieur, le diagnostic du trouble bipolaire ne peut pas être validé.

Le traitement des personnes souffrant de troubles psychopathologiques doit être identique au traitement des autres pathologies ; les patients ne doivent pas être stigmatisés ou culpabilisés d’être malades.« 
images superposées d'une femme

Les différences entre le trouble bipolaire (TB) et le trouble de la personnalité borderline (TPB)

Le trouble de la personnalité borderline (TPB) fait partie des troubles de la personnalité les plus graves. L’absence de régulation émotionnelle présente dans le TPB doit être bien différenciée des décompensations qui se produisent dans le cadre du trouble bipolaire.

Le trouble de la personnalité borderline est caractérisé par :

  • Une instabilité globale, qui affecte l’état d’esprit, l’image de soi et le comportement général
  • Des difficultés intrinsèques et permanentes à établir des liens sociaux stables, ce qui ne se produit généralement pas chez les patients bipolaires
  • Une grande impulsivité, une colère incontrôlée, de l’auto-agressivité et de l’hétéro-agressivité
  • Une conduite suicidaire, caractérisée par des menaces, des gestes ou des mutilations
  • Des comportements à risque, généralement déclenchés par des conflits interpersonnels et par des problèmes relationnels (peur de l’abandon ou du rejet)
  • Un sentiment de vide et d’ennui

Le trouble bipolaire ne génère pas différentes personnalités

Lorsqu’une dissociation affecte le niveau le plus élevé d’organisation d’un être humain, c’est-à-dire sa personnalité, nous parlons alors de trouble dissociatif de l’identité, ou trouble de la personnalité multiple. Les personnes qui souffrent de ce trouble développent plusieurs identités, parfois jusqu’à cent, dont au moins deux prennent régulièrement le contrôle du patient touché. De plus, les personnes qui souffrent de ce trouble sont incapables de se rappeler des informations personnelles importantes, en fonction du moment et de la personnalité qui était en charge.

La plupart des personnes qui travaillent dans le domaine de la santé mentale s’accordent à dire que, dans le cas du trouble dissociatif de l’identité, des interventions complémentaires au traitement pharmacologique sont nécessaires. La psychothérapie individuelle ou en groupe peut s’avérer particulièrement efficace dans ce domaine. De plus, il est conseillé de diminuer la posologie du traitement pharmacologique si ce dernier n’offre pas de résultats concluants.

Les étiquettes diagnostiques permettent un traitement personnalisé, mais nous ne devons pas oublier que nous sommes tous différents, et que le domaine de la santé n’échappe pas à cette règle. Deux personnes avec un diagnostic similaire peuvent vivre la maladie qu’ils partagent de manière radicalement différente.

 

femme en pleurs

Références bibliographiques :

Belloch, A., Sandín, B., & Ramos, F. (2012). Manuel de psychopathologie. McGraw-Hill.

Ministère de la Santé, des Services sociaux et de l’Egalité d’Espagne, Université d’Alcalá & Association Espagnole de Neuropsychiatrie (2012). Guide de pratique clinique sur le trouble bipolaire.