Transsexualité et cinéma : De Glen ou Glenda à Danish Girl

· 21 janvier 2018

La transsexualité a été un thème polémique et tabou tout au long de l’histoire et donc un sujet qui est resté dans l’ombre. Sa standardisation se montre être un chemin très lent et difficile à obtenir pour les personnes transsexuelles. Il paraît qu’il y a chaque fois moins de préjugés envers les homosexuels, que les personnes qui comprennent que l’amour va au-delà du purement et simplement physique sont chaque fois plus nombreuses, et que chaque jour les pays qui approuvent le mariage entre des personnes du même sexe sont plus nombreux.

En revanche, les revendications et manifestations pour un amour sans barrière continuent aujourd’hui d’être nécessaires : il existe toujours des préjugés et nous entendons encore des nouvelles d’actualité sur du harcèlement ou des agressions envers des personnes homosexuelles ou bisexuelles. Mais, qu’en est-il des personnes transsexuelles ? Il y a toujours une stigmatisation très enracinée dans la société, être transsexuel n’est facile pour personne car, même dans les environnements où il y a une majorité d’homosexuels, la stigmatisation continue d’une certaine manière d’exister.

« S’aimer soi-même est le début d’une aventure qui dure toute la vie. »

-Oscar Wilde-

Il est difficile à croire qu’aujourd’hui, lorsque tout devrait être normalisé, il existe encore des familles qui doivent déménager car l’un de leurs membres est transsexuels. Il est également difficile à croire qu’il existe des personnes qui se voient refuser l’accès à un poste de travail déterminé pour cette raison et que dans certains cas, cela soit la famille qui n’accepte plus son fils ou sa fille comme il ou elle est.

La vérité est que, si nous réfléchissons un instant sur la visibilité qui est donnée aux personnes transsexuelles dans les moyens de communication, nous nous rendrons compte du fait qu’elle est minime, qu’elle est réduite à des nouvelles d’actualité d’agressions et de harcèlement, ou dans le cas du cinéma, elle donne lieu à la parodie.

Dans le cinéma et les séries télévisées, hormis des exceptions comptées, les personnages transsexuels ont généralement un rôle secondaire, sont généralement montrés comme des prostitués ou dans des situations comiques. Il est fréquent de trouver des scènes humoristiques dans lesquelles l’homme se couche avec une femme ou s’approche d’elle et il se trouve qu’elle est en fait transsexuelle.

Glen ou Glenda et les premiers pas vers la visibilité

En 1952, Christine Jorgensen a accaparé les unes de la presse des Etats-Unis pour avoir été la première personne à se soumettre à une chirurgie réussie de réaffectation du sexe. Ce fait a inspiré le film Glen ou Glenda de Ed Wood, connu comme le pire directeur de cinéma de tous les temps. Actuellement, on considère Ed Wood comme un cinéaste de culte et ses films, de faibles budgets, ont été rachetés et étudiés. Même Tim Burton réalisa un film sur sa personne.

« La nature commit une erreur qu’il fallait corriger et maintenant je suis sa fille. »

-Christine Jorgensen à ses parents-

Glen ou Glenda, mise en scène par Wood, est un film digne de Wood, avec d’innombrables erreurs et des scènes « copiées/collées » d’images d’archives. En définitive, un film « du pire directeur de tous les temps », mais avec un argument révolutionnaire pour son époque.

glen ou glenda

Dans Glen ou Glenda, Wood parle du travestisme et réalise une espèce d’autobiographie. Il présente un personnage hétérosexuel qui aime se travestir, tout comme le directeur de cinéma. Un personnage hermaphrodite apparaît également et se soumet à une chirurgie de réaffectation de sexe.

De cette manière, Wood différencie le travestisme de la transsexualité et montre qu’un hétérosexuel peut également se travestir. Le problème est qu’en 1953, la transsexualité et le travestisme étaient considérés comme des maladies, quelque chose qui se reflète dans le film. Des décennies plus tard, nous trouvons d’autres exemples dans le cinéma comme : Tout sur ma mère, Dallas Buyers Club ou musicaux comme The Rocky Horror Picture Show ou Priscilla, reine du désert.

Essayant de sortir du sujet : The Danish Girl

The Danish Girl nous rapproche d’un personnage réel, Lili Elbe, même si, comme dans toute adaptation, certaines variations par rapport à l’histoire réelle sont présentes. Lili Elbe fut la première personne connue qui s’est soumise à la chirurgie de réassignation génitale. Avant son changement, Lili s’appelait Einar, était peintre et s’était mariée avec Gerda Wegener, également peintre.

Dans ses premiers pas vers le changement, Lili dût faire face à d’innombrables problèmes. On se situait dans les années 20-30 et les cas comme le sien étaient toujours traités comme des maladies mentales et on appliquait des électrochocs aux personnes. Cependant, elle parvint à convaincre un chirurgien allemand de pratiquer différentes chirurgies sur elle, et même une implantation d’ovaires. A l’époque, il s’agissait de chirurgies complètement expérimentales et peu d’études existaient.

the danish girl

Dans The Danish Girl, nous assistons à la transition. Eddie Remayne incarne Lili/Einar et Alicia Vikander incarne Gerda. Le film raconte avec des costumes exceptionnels qui nous resituent immédiatement dans l’époque, la même chose qui est visible sur la photographie. Cela créé une ambiance quasiment poétique, éloignant du typique sujet et transfère la souffrance de Lili.

De nombreux critiques pensent que, peut-être, cela a été trop adouci et que cela tombe rapidement dans le drame. Mais il est certain que The Danish Girl est un film nécessaire en raison des nombreuses opérations qui y sont résumées. Les interprétations de Redmayne et Vikander sont convaincantes et nous montrent une autre perspective de la transsexualité, plus naturelle et proche.

Tout commence avec un jeu, Einar pose en tant que femme pour un cadre de Gerda afin de remplacer le modèle original. Au début, les deux voient cela comme quelque chose de divertissant, mais certains sentiments commencent à naître chez Einar. Il commence à comprendre que Lili a toujours été là, cachée derrière son apparence masculine. Gerda atteindrait la réussite professionnelle en peignant Einar en tant que Lili.

peintre

Dès son enfance, Einar expérimenta une petite expérience homosexuelle, mais elle fut réprimée par sa famille et il la cacha. Lili vivait enfermée au sein du corps de Einar. Lili se sentait identifiée dans les portraits peints par Gerda, son reflet était vu dans les portraits ; mais lorsqu’il se regardait dans le miroir, cette identification disparaissait totalement.

Le philosophe et psychanalyste Jacques Lacan nous parle de l’état du miroir, une phase dans laquelle le sujet se reconnaît face au miroir, le moment où la reconnaissance du « moi » s’effectue. Lorsque nous sommes bébés, nous voyons le corps fragmenté : un bras, une jambe, une main… Au moment de nous reconnaître, nous identifions le corps dans son ensemble, dans « l’autre » ou dans le miroir. Lili cherche à se reconnaître, mais elle n’y parvient pas face au miroir et les cadres sont le plus proche de la reconnaissance.

Il y a une scène dans laquelle Einar/Lili apparaît nu, toujours en tant qu’homme, il se regarde dans le miroir et ne se reconnaît pas ; c’est l’un des moments les plus dramatiques du film. Lorsque Lili cache ses parties génitales entre ses jambes car elle sent que cela ne lui appartient pas, car c’est un symbole de masculinité et qu’elle n’est pas un homme mais une femme.

transsexuel

Quelque chose de similaire se produit lorsqu’elle entre dans une cabine de prostitution, lorsqu’à travers des fenêtres, les hommes observent les prostitués nues. Lili imite leurs gestes comme si elle se voyait en tant que femme car c’est le corps qui lui appartiendrait.

En plus de la transsexualité, dans The Danish Girl le thème de l’amour est également abordé. Nous voyons comment Gerda accepte Lili : au début il lui est difficile de comprendre ce qui arrive à son mari, il lui est difficile de comprendre qu’Einar est mort, qu’il n’existe plus désormais. En revanche, son amour est plus grand que n’importe quel préjugé, aussi bien qu’elle sera aux côtés de Lili jusqu’à la fin : même si l’amour est différent et qu’il n’est plus « amour d’épouse », l’amour ne disparaît pas. En fait, le cinéma fait une faveur à l’humanité, et à nous en tant que spectateurs, lorsque ce type d’histoires est mis en lumière.

« Cette nuit j’ai fait le rêve le plus beau, j’ai rêvé que j’étais un bébé dans les brase de ma mère, qu’elle me regardait et qu’elle m’appelait Lili ».

-The Danish Girl-