Pour toi qui me regardes, je t’ai laissé mon âme

· 13 juin 2015

Un garçon : 

Une fois de plus, elle s’assit près de moi. Quelques mètres seulement nous séparaient ; des millions en réalité. Lâche, j’osais la regarder uniquement quand je n’étais pas dans son champ de vision. Et quand elle levait les yeux de son livre, je replongeais alors mon regard dans le mien.

J’attendais toujours qu’elle sorte la première et j’observais avec attention sa façon de s’en aller, lentement, sans faire de bruit. Elle disait poliment au revoir à la bibliothécaire et, sans regarder en arrière, disparaissait par cette triste porte.

Une fois chez moi, je comptais toujours les heures qu’il restait à s’écouler avant que je ne puisse la revoir. En m’endormant, je repensais à sa manière si délicate de tourner les pages, à cette grimace si spéciale qu’elle faisait quand elle se concentrait sur ce qu’elle lisait.

Je comptais les secondes, et le lendemain, je m’assis au même endroit, pour la voir de nouveau…

Une fille :

Il était là, au même endroit, plongé dans ses livres, portant cette horrible chemise que lui avait certainement offert sa mère. Une fois de plus, son coeur s’envola, elle n’arrivait pas à se concentrer sur ses livres, et avait besoin de le regarder… Elle leva discrètement les yeux en sa direction, avec l’intention, une fois de plus, de l’explorer.

Ses lunettes étaient horribles, mais elles le rendaient si beau et si intéressant qu’elle priait pour qu’il se lève et l’invite à aller boire un café. Tout en le regardant, elle se demandait si elle trouverait l’amour un jour. Même si elle n’avait pas tant besoin que ça d’étudier, elle venait à la bibliothèque pour le regarder, là, assis à travailler pour améliorer ses notes, jour après jour, semaine après semaine.

Quand elle s’en allait, elle se rapprochait toujours de la bibliothécaire pour lui demander, dans un regard complice, si elle l’avait vu partir, ce à quoi la bibliothécaire, derrière ses grosses lunettes en cul de bouteille, ne savait pas bien quoi lui répondre puisque de là où elle était, elle ne pouvait pas le voir.

Une fois chez elle, elle écrivait dans son journal les choses qui avaient attiré son attention chez lui, et au fil des jours, elle se mit finalement à écrire une petit récit fictionnel. Elle coucha sur le papier toutes ces choses qu’elle aurait aimé voir se concrétiser ; qu’il se dirige vers elle et qu’il se présente, tout simplement.

Dans la vie, on s’inquiète pour le futur, on se replonge dans le passé, mais on vit rarement le moment présent ; on le laisse filer, sans se rendre compte qu’il ne reviendra jamais.

Enfant, on aimerait être adulte ; adolescent, on vit comme si la vie était éternelle, et adulte, comme si elle était presque terminée.

Puis, on en arrive à un stade de notre vie où on fait le bilan. On se demande si notre vie en a valu la peine, si on a fait les bons choix, ou encore si on a su saisir les opportunités qui se sont présentées à nous.

S’il est vrai que bien souvent, on ne regrette pas nos choix ou autres actes, il n’empêche que parfois, on aimerait revenir en arrière et faire les choses autrement… On se demande donc « Et si..? »

Carpe diem, c’est une expression latine qui signifie « vivre le moment présent ». Mais ce n’est pas qu’une simple expression ; c’est également une philosophie existentielle de la vie, une manière différente de l’apprécier, un appel à la liberté, une façon de toucher du bout des doigts chaque moment qu’elle nous offre de vivre.

Profitez de la vie, respirez le moment, prenez l’air, sentez le vent, vivez dans le présent et considérez votre existence.

Ne laissez pas le présent filer, car il ne reviendra plus. Alors, profitez de la vie, buvez-la sans modération et délectez-vous de sa fraîcheur.

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Vivez, et arrêtez de vous demander « et si? »

Il est important de construire son avenir et ne pas oublier le passé, savoir où on va et de là d’où on vient.

Mais tout cela n’a plus de sens si on ne profite pas du moment présent, qu’il s’agisse de voir un bébé et jouer avec lui, embrasser langoureusement sa moitié, boire un bon vin, lire un bon livre, se balader en bord de mer, ou sentir les rayons du soleil chauffer notre peau.

Vivre sa vie, c’est bien plus que la vivre ; c’est la sentir, la respirer, l’aimer, profiter des moments dont elle nous fait cadeau et se coucher en se languissant que la nuit passe pour vivre une nouvelle journée.

On tire profit de chacune de nos expériences, même des plus mauvaises, car sans elles, on ne pourrait pas apprécier les meilleures.

Vivre le moment, vivre dans le présent, ça s’apprend. C’est se laisser porter, donner les choses qu’on a à donner telles qu’elles sont sans chercher à les améliorer, ressentir sans réfléchir.

C’est vivre en accord avec ses valeurs sans chercher à les contrôler, c’est laisser chaque moment nous envahir et enrichir notre âme.

En définitive, la philosophie du carpe diem nous encourage à saisir chacune des opportunités pouvant nous permettre d’être heureux ; d’avoir un amour, un emploi, ou une chance d’améliorer sa vie, toutes ces choses qui ne peuvent se produire qu’à un instant magique et unique de notre vie.

Alors saisissez cette opportunité, cramponnez-vous à elle, et tirez-en profit.

Un jour, le garçon s’est vu remettre par la bibliothécaire un message. Il l’a ouvert, et une note y disait « Pour toi qui me regardes, je te laisse mon âme ».