Théorie des cadres relationnels

30 septembre 2019
Selon la théorie des cadres relationnels, on pourrait dire qu'il existe certaines propriétés du langage qui favorisent la souffrance. L'une d'elles serait, précisément, la capacité de croire littéralement ce que nos pensées, nos émotions, nos sensations nous indiquent et d'agir selon leurs dictats.

La théorie des cadres relationnels est une théorie sur le langage et la cognition. Elle sert de base expérimentale à la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT). Du point de vue de la théorie des cadres relationnels, le comportement et le langage sont intrinsèquement liés.

Ce cadre fournit une explication fonctionnelle de certaines conclusions tirées de la recherche cognitive sur le langage et sert de base à l’étude moniste des phénomènes. C’est une théorie qui aspire à étudier ce que l’on appelle les « processus mentaux » d’une manière opérationnelle et expérimentale.

Théorie des cadres relationnels : concepts et propriétés

Pour comprendre ce qu’est un cadre relationnel, il est nécessaire de savoir que l’être humain n’apprend pas seulement à partir d’expériences directes. Les personnes apprennent aussi indirectement en mettant en relation des stimuli au-delà de leurs propriétés physiques. C’est cette valeur ajoutée linguistique des stimuli qui conditionnerait leur capacité à gouverner les relations et les fonctions.

Une femme dans un cadre relationnel

Propriétés d’un cadre relationnel

Pour lier et transformer, à la fois la cognition et le langage, il existe trois propriétés :

  • Lien mutuel : une relation entre deux stimuli consiste à répondre à l’un en termes de l’autre et vice versa. Si, dans un contexte donné, A est directement lié à B, alors il existe une relation dérivée entre B et A
  • Lien combinatoire : l’une des caractéristiques qui définissent les cadres relationnels est la capacité de combiner les événements mutuellement. Si A est lié de façon caractéristique à B, et A est lié à C, B et C seraient également liés
  • Transformation des fonctions : dans le cas d’un stimulus qui a une fonction, si un autre stimulus établit une relation avec lui dans ce contexte, la fonction des deux se transforme par cette relation. Par exemple, si quelqu’un nous dit qu’il existe un produit meilleur et moins cher que celui que nous utilisons habituellement, la probabilité que nous l’achetions augmente. Sa fonction a été transformée par la relation qui s’est établie

Les types de clés contextuelles dans la théorie des cadres relationnels

Les liens mutuels, les combinaisons de liens multiples et les transformations de fonctions sont des composantes d’un modèle de réponse relationnelle plus large que la théorie des cadres relationnels (RFT) que l’on appelle « cadre relationnel ». Le concept s’utilise pour expliquer la façon dont nous apprenons à faire des associations dérivées des relations entre les stimuli.

Les cadres relationnels peuvent être combinés pour générer des règles verbales régissant les comportements. Ce processus permet aux personnes d’organiser, de prévoir et de contrôler la réalisation des conséquences en fonction du contexte. De cette façon, on peut anticiper les situations futures sans les avoir vécues.

Les clés contextuelles de la théorie des cadres relationnels

Chaque contexte d’apprentissage présente des stimuli multiples. Avec la possibilité d’acquérir la valeur des clés qui régissent le développement des cadres relationnels. La RFT distingue deux sous-type de clés contextuelles :

  • Celles qui régissent le type de relation spécifiée (Crel). Les types les plus notables sont la coordination, l’opposition, la distinction, la comparaison, spatiales, temporelles, causales, hiérarchiques et déictiques
  • Comme chaque stimulus ou événement peut avoir plusieurs fonctions psychologiques. Une deuxième classe de clés contextuelles (Cfunc) spécifiera quelles fonctions de stimuli seront transformées (Torneke, 2010)

La théorie des cadres relationnels comme explication de la souffrance humaine

Dans ce cadre théorique, on pourrait dire qu’il existe certaines propriétés du langage qui font de la souffrance psychologique quelque chose de très courant. L’une d’elles serait, précisément, la capacité de croire littéralement ce que nos pensées, nos émotions, nos sensations nous indiquent et d’agir selon leurs dictats.

Ainsi, si une personne pense d’elle-même qu’elle est une « ordure » et qu’elle « ne vaut rien », cela limite probablement énormément son attitude. De cette façon, nous verrions combien de personnes renoncent à des objectifs réalisables. Et ce parce qu’elles pensent qu’ils sont hors de leur portée.

Les types de règles verbales dans la théorie des cadres relationnels

La théorie des cadres relationnels a approfondi ce fait, en expliquant les principaux types de régulation verbale (Luciano et Wilson, 2002) :

  • Pliance : dans ce types de règles, les conséquences s’obtiennent par le fait de s’y conformer et les conséquences sont appliquées par la personne qui a généré la règle. Ce sont des comportements qui sont largement déterminés par ce que le contexte culturel détermine comme étant approprié. Par exemple, une mère dit : « Si tu ne manges pas, je te punirai »
  • Tracking : ce sont des comportements régulés verbalement qui guident l’être humain à obtenir des renforçateurs concrets dans le contexte. Ils s’associent directement aux conséquences obtenues à partir du comportement. Par exemple, « si tu manges, tu n’auras plus faim et tu te sentiras mieux ». Dans ce cas, les conséquences dépendent des caractéristiques de la nourriture et sont indépendantes de la personne qui a énoncé la règle
  • Augmenting : il s’agit d’une transformation des fonctions qui détermine qu’un stimulus verbal, un objet ou un événement acquiert une valeur de renforcement ou d’aversion. Il est important de souligner qu’ils fonctionnent toujours en combinaison avec les pliances et les trackings

L’augmenting est une règle verbale qui modifie les propriétés de renforcement d’un stimulus qui fonctionne comme une conséquence. C’est-à-dire qui augmente ou diminue la probabilité que le stimulus influence le comportement comme une conséquence.

Par exemple, en passant devant un magasin de glaces, quelqu’un dit : « Une glace nous ferait du bien ! » Lorsque nous entendons ou lisons cette phrase, nous sentons le goût et la fraîcheur de la crème glacée dans une certaine mesure, ce qui augmente la probabilité d’en manger.

Modèles de comportement déterminés par les règles verbales

La règlementation verbale nous permet de gouverner nos comportements en fonction du contexte. Mais elle peut aussi avoir différents effets négatifs :

  • Un suivi strict des règles de Pliance signifie que l’individu est insensible aux conséquences présentes dans l’environnement. Un exemple serait : « Il faut beaucoup souffrir pour être une bonne mère« . Sa rigidité limiterait le répertoire affirmé nécessaire à la défense des droits fondamentaux
  • Les règles de Trackings déterminent des comportements orientés vers des bénéfices à court terme mais qui limitent le développement de comportements importants pour le développement personnel : « Je dois prendre des médicaments pour me calmer »
  • Les Augmentals fonctionnent en coordination avec le suivi rigide et contre-productif des règles. Ils peuvent spécifier des fonctions aversives pour des événements privés « Avec des soucis on ne peut pas vivre » ou des fonctions appétitives pour des conditions émotionnelles constantes et inatteignables « Vivre heureux est sain »
Un homme qui réfléchit à la théorie des cadres relationnels

Contributions et avantages de la théorie des cadres relationnels

La théorie des cadres relationnels a conduit au développement d’un système d’analyse qui offre de nombreux avantages :

  • Il s’agit d’une approche parcimonieuse basée sur un nombre relativement restreint de principes et de concepts de base pour expliquer les phénomènes du langage et de la cognition.
  • Elle permet l’étude du langage humain selon les processus qui le composent, dont la définition est soigneusement précisée
  • Sa portée est large. Elle offre des explications plausibles et de nouvelles approches empiriques pour un large éventail de comportements humains complexes

Les principes sont accessibles pour l’observation directe, en particulier dans des conditions de laboratoire. Elle a passé avec succès tous les tests empiriques auxquels elle a été soumise. Les applications cliniques ont prouvé leur efficacité et de nombreuses applications potentielles sont encore en cours de développement.

 

  • Barnes-Holmes, D., Hayes, S. C. y Dymond, S. (2001). Self and self-directed rules. En S.C. Hayes, D. Barnes-Holmes y B. Roche (Eds.), Relational Frame Theory: A Post-Skinnerian account of human language and cognition (pp.119-139). Nueva York: Plenum Press.
  • Barnes-Holmes, D., Hayes, S. C. y Roche, B. (2001). The (not so) strange death of stimulus equivalence. European Journal of Behaviour Analysis, 1, 35-98.
  • Beck, A., Rush, A.J., Shaw, B.F. y Emery, G. (1979). Cognitive therapy of depression. Nueva York: Guilford Press.