Le syndrome de Procuste : je veux que tu ailles bien, mais pas mieux que moi

· 28 septembre 2017

Le syndrome de Procuste fait référence à ces personnes qui négligent celleux qui ont plus de talent ou de capacités qu’elles. Plus encore, elles n’hésitent pas à les discriminer, voire même à les harceler. Ce sont des personnes qui n’avancent pas, des profils frustrés ou présentant une estime personnelle exacerbée que l’on trouve dans bien des environnements au sein desquels nous évoluons.

Il est tout à fait possible qu’à ce même moment, après la lecture de ce portrait, beaucoup d’entre vous pensent à bien plus d’un nom, bien plus d’une personne de leur entourage.  Il faut dire, de plus, que cette caricature a inspiré bien des oeuvres littéraires et cinématographiques. C’est, pour ainsi dire, le classique antagoniste que l’on trouve dans tout scénario scolaire, professionnel, voire même familial.


« Procuste : – si tu sursautes, je te couperai les pieds. Si tu te montres meilleur que moi, je te couperai la tête… »

– Mythologie grecque –


Ainsi, il est intéressant de savoir que même si le syndrome de Procuste n’est présent dans aucun manuel de diagnostic et s’il n’a aucune entité clinique, il correspond pourtant à la perfection à ce que les psychologues appellent « la technique des coups de coudes ». Autrement dit, cela consiste à se débarrasser des personnes les plus brillantes de manière hostile et à boycotter les plus préparées par simple intolérance et pur égoïsme. Car pour ces personnes-là, la pire chose qui puisse leur arriver, c’est de se voir dépassées par les autres en un quelconque aspect, aussi petite l’avance soit-elle.

Le mythe de Procuste

Même si le mythe de Procuste n’est pas très connu, il faut dire que c’est sans doute un des plus sombres, un des plus terribles de la mythologie grecque, qui raconte que ce personnage était un aubergiste qui tenait une taverne dans les hautes collines d’Attique. Là, il offrait de plus un hébergement aux voyageur-se-s. Cependant, sous ces toits aimables qui invitaient au repos et au confort se cachait un macabre secret.

Procuste avait un lit où il invitait les voyageur-se-s à dormir. La nuit, quand tou-te-s dormaient, il en profitait pour les bâillonner et les attacher. Si la victime était trop grande et que ses pieds, ses mains ou sa tête dépassaient du lit, il les coupait. Si la personne, au contraire, était trop petite, il lui brisait les os pour ajuster les mesures.

Cet obscur personnage mena à bien ses macabres actions pendant des années, jusqu’à ce qu’arrive dans son auberge un homme très spécial : Thésée. Comme nous le savons tou-te-s, ce héros est célèbre pour avoir affronté le Minotaure de l’Ile de Crête et pour devenir, plus tard, le roi d’Athènes. On raconte que lorsque Thésée découvrit ce que ce sadique de Procuste faisait la nuit, il décida de réserver à ce dernier le même sort.


« Dès lors, s’ébruita un avertissement en guise de refrain qui disait la chose suivante : attention, il y a des personnes qui, lorsqu’elles perçoivent que vos opinions ne s’ajustent pas aux leurs ou lorsqu’elles voient que vous êtes plus brillant qu’elles, n’hésiteront pas à vous coucher dans le lit de Procuste. »


mythe de Procuste

Comment agissent les personnes présentant le syndrome de Procuste ?

Il reste clair, indubitablement, que dans notre quotidien, personne ne fait preuve d’une violence telle que celle du Procuste du mythe grec, mais en revanche, bien des personnes présentent cette agressivité dissimulée que l’on voit si souvent dans les domaines du sport, de la politique ou du monde des entreprises. De fait, quelque chose que l’on sait tou-te-s, c’est que celleux qui occupent les postes les plus importants dans une organisation ne sont pas toujours les plus qualifié-e-s ni les mieux préparé-e-s.

Par conséquent, dès qu’une personne brillante apparaît, une personne proactive, créative et capable de les surpasser en bien des aspects, iels n’hésitent pas à appliquer mille et un stratagèmes et autres astuces pour l’annuler, l’humilier et l’écarter dans le coin de l’indifférence où elle ne représente aucun « risque ». Une menace capable de détruire leur petit monde d’incompétence et de vulgarité.

Les caractéristiques des personnes présentant le syndrome de Procuste

  • Ce sont des profils qui vivent dans une frustration perpétuelle, et qui comptent sur une rare sensation de contrôle.
  • Ces personnes peuvent avoir une estime d’elles-mêmes très basse ou, au contraire, exacerbée et démesurée.
  • Elles sont sensibles émotionnellement : elles considèrent comme un terrible affront chaque situation où elles se trouvent face aux capacités ou bonnes idées des autres.
  • Ainsi, généralement, elles nous « vendent » l’idée qu’elles sont très empathiques, qu’elles valorisent le travail en équipe… Cependant, ce qu’il y a derrière ces mots est un véritable égocentrisme et une pensée rigide et extrêmement hostile.
  • Elles accaparent toutes les tâches : leur niveau de compétitivité n’a qu’un seul objectif, celui de sortir du lot face aux autres.
  • Elles craignent le changement, quelque chose de sans doute très commun dans les entreprises régies par des leaders traditionnels et en rien proactifs qui voient chaque petit changement comme une grande menace.
  • Elles réalisent de plus des attributions irrationnelles : si par exemple on mène à bien une action qui peut supposer un bénéfice pour l’entreprise, elles verront cela comme une erreur, comme une preuve de notre naïveté et comme une idée n’ayant aucune valeur.

La personne présentant le syndrome de Procuste utilise toutes ses énergies pour limiter les capacités des autres : elle éteint les rêves, coupe les espoirs, est une manipulatrice psychologique et une maîtresse dans l’art de l’agression dissimulée.


Enfin, dernier point, et pas des moindres, il faut dire également que ces personnes n’hésitent pas à manipuler les autres ou à user de leur complicité pour « en finir » avec celui/celle qui se démarque le plus.

lapins manipulant des marionnettes

Nous devons nous libérer des cages construites par les personnes présentant le syndrome de Procuste

Lorsque nous avons dans notre entourage des personnes compliquées, des personnes caractérisées par certains troubles, certaines conduites ou certains comportements que l’on considère comme nocifs, nous vous proposons, dans la plupart des cas, « d’apprendre d’abord à les comprendre et ensuite à les gérer ».


« Le talent est quelque chose d’assez courant. Ce n’est pas l’intelligence qui manque, mais la constance et le courage. »

– Doris Lessing –


Dans ce cas, et lorsqu’on parle de profils qui exécutent le niveau le plus toxique et le plus menaçant du syndrome de Procuste, le plus judicieux est de prendre ses distances. On ne peut pas oublier que le talent ne s’harmonise pas avec la menace ni avec le pouvoir le plus rigide et le plus blessant.

La « technique des coups de coudes » va bien plus loin que la simple compétition. Quand elle se transforme en attaque, quand on a un-e directeur-trice ou même un-e membre de notre famille qui nous boycotte constamment pour nous humilier et nous annuler, il est nécessaire de prendre les initiatives nécessaires et de fermer cette porte. Il est préférable de chercher des scénarios où s’étendre au maximum, en accord avec nos talents.

Nous ne devons pas non plus oublier que, même si les Procustes de notre quotidien ne manquent pas, nous ne devons jamais nous soumettre face à eux. Nous naissons tou-te-s pour sortir du lot dans un domaine ou un autre, renforcer cette habilité et trouver le contexte le plus idéal pour en tirer profit en toute liberté.