Savez-vous en quoi consiste la thérapie comportementale émotivo-rationnelle d’Ellis ?

· 11 novembre 2017

En 1955, Albert Ellis créa la thérapie comportementale émotivo-rationnelle. Il fut le fondateur et président émérite de l’Albert Ellis Institute, dans la ville de New-York. Il en vint à être considéré comme le second psychothérapeute le plus influent de l’Histoire, dépassant même Sigmund Freud.

En 1953, Ellis trouva la psychanalyse peu philosophique et inefficace. Il rejeta également, presque complètement, la thérapie comportementale. C’est ainsi qu’entre 1953 et 1955, il commença à charger ses armes thérapeutiques de grandes quantités de philosophie et de désensibilisation en direct. Et c’est de cette façon qu’il devint un authentique thérapeute rationnel émotivo-comportemental.

Au début, la thérapie comportementale émotivo-rationnelle était très simple, et c’est peut-être pour cette raison qu’elle n’atteignit pas, dans un premier temps, les cotes de popularité qu’elle obtint par la suite. Il s’agit d’une méthode de psychothérapie brève qui prétend aider les personnes à réaliser un changement intense et profond, surtout au niveau émotionnel.

La thérapie comportementale émotivo-rationnelle a déjà démontré de façon expérimentale que, très souvent (mais pas toujours), les personnes peuvent significativement aller mieux dans un laps de temps relativement court (de 10 à 20 sessions).

Bien sûr, la thérapie comportementale émotivo-rationnelle n’est pas la seule thérapie à être intrinsèquement brève et intense. Le problème, et en même temps le côté positif de cette thérapie, consiste à imaginer un traitement psychologique qui soit aussi bref qu’intense et qui ne donne pas d’horribles résultats !

« Il y a trois monstres qui nous empêchent d’avancer : je dois faire ça bien, tu dois bien me traiter, et le monde doit être simple. »

-A. Ellis-

homme marchant sur des ballons

La thérapie comportementale émotivo-rationnelle, qu’est-ce que c’est exactement ?

Nous allons vous l’expliquer. En tant que personnes, nous vivons en étant plongées dans un contexte, aussi bien physique que social. Par ailleurs, nous passons notre temps à poursuivre des objectifs ou à agir dans un but précis :

  • Rester en vie, en mouvement, et profiter
  • Profiter de la vie, que ce soit en solitaire ou en collectivité
  • Maintenir des relations intimes avec certaines personnes
  • Trouver un sens à la vie à travers l’éducation et l’expérience
  • Inventer et mener à bien des objectifs qui tracent une vocation
  • Profiter du temps libre, des loisirs

Entre autres, bien sûr !

Le modèle ABC

Cependant, en poursuivant ces buts, nous tombons nez à nez avec un événement ou une épreuve qui nous bloque et qui peut nous frustrer complètement. Cet événement est dénommé, par Ellis, par la lettre A.

Quand cet événement se produit, les personnes peuvent faire l’expérience d’une conséquence saine et utile. Malgré tout, elles peuvent aussi vivre des conséquences destructrices ou dangereuses. Ces conséquences sont désignées par la lettre C.

Que se passe-t-il avec la lettre B ? La lettre B sert à dénommer les croyances ou les pensées de la personne. En ce sens, il existe deux types de croyances pour Ellis : les croyances rationnelles et les croyances irrationnelles.

Croyances rationnelles et croyances irrationnelles

Les croyances rationnelles (RB) nous aident à faire face aux événements désagréables. Elles consistent normalement en des préférences, des espoirs ou des souhaits. Par exemple, « j’espère que cette mauvaise chose ne va pas se produire, mais si elle se produit, je pourrai y faire face et j’aurai d’autres opportunités pour être heureux-se ». Ou, également : « J’aimerais vraiment plaire à Juan, mais si ce n’est pas le cas, je pourrai quand même avoir une belle vie ».

« Nous apprenons aux gens à se blesser eux-mêmes. Nous ne pouvons pas changer le passé, et nous changeons donc la façon dont les personnes pensent, ressentent et se comportent. »

-A. Ellis-

femme triste

Les croyances irrationnelles (IB) aident à créer des sentiments et des actions qui sabotent toute possibilité d’affrontement d’un certain point A désagréable. Elles consistent normalement en des affirmations absolutistes du type je devrais, je dois, etc.

Les trois affirmations absolutistes de base qui créent des problèmes psychologiques sont les suivantes :

  • « Je dois à tout prix réussir dans la majorité de mes actes et de mes relations. Si ce n’est pas le cas, cela signifie que je suis inutile et un raté »
  • « Le reste des gens doit, absolument, me traiter avec considération, justice, respect et amabilité. Sinon, ils ne sont pas aussi gentils qu’ils le disent et ne méritent pas d’atteindre le bonheur dans leur vie »
  • « Les conditions dans lesquelles je vis doivent absolument être confortables, plaisantes et précieuses. Si ce n’est pas le cas, ma vie sera horrible, je ne le supporterai pas et ce monde entier ne sera plus qu’un endroit dégoûtant »

Les trois principales hypothèses de la thérapie comportementale émotivo-rationnelle

Les trois principales hypothèses (mais pas les seules) ou principes (ou insights, selon le nom que leur donnait Ellis) utilisés par la thérapie comportementale émotivo-rationnelle depuis le début des années 60 sont les suivants :

  • Hypothèse n°1. Les événements activateurs (A) qui sont vus comme adverses ou désagréables contribuent de façon importante à développer des conséquences névrotiques (C). Cependant, cela ne veut pas dire que ce sont les seules causes de la névrose. La cause principale est probablement la B, c’est-à-dire les croyances absolutistes et impératives que les gens ont à propos de A. B interagit de façon importante avec A pour que C se produise.
  • Hypothèse n°2. Quand les personnes pensent, ressentent des émotions ou agissent de façon névrotique (avec une attitude défaitiste envers soi-même et envers les autres), nous voyons qu’elles ont élaboré ces croyances irrationnelles (IB) face à des événements activateurs désagréables (A) dès leur enfance. Cependant, il est possible que, plus tard, elle ne se comportent plus de la sorte. Quand des symptômes apparaissent dans le présent, elles ne font que recréer, rétablir des croyances irrationnelles : elles se ré-endoctrinent elles-mêmes. De cette façon, elles maintiennent ou exacerbent leurs problèmes. Leurs pensées, sentiments et comportements du passé n’ont aucune raison d’être encore présents. Les personnes modifient et reconstruisent activement et en permanence ce système de croyances.
  • Hypothèse n°3. En général, il est facile pour les personnes de découvrir les croyances irrationnelles spécifiques (IB) qui accompagnent le comportement névrotique. Il est presque toujours possible de lutter contre elles et de les changer par des croyances plus fonctionnelles. Et pour faire ceci, il faut une bonne dose de travail constant et de patience. Oui, ça ne se fait pas par magie. Cela demande du travail et de la pratique.

« La personne mature émotionnellement doit complètement accepter le fait que nous vivons dans un monde de probabilités et de hasard, où il n’y a et où il n’y aura probablement jamais de certitudes absolues ; elle doit en outre se rendre compte que ce n’est pas du tout horrible. »

-A. Ellis-

psychologue lors d'une thérapie comportementale émotivo-rationnelle

Dans le large champ des psychothérapies d’orientation cognitivo-comportementaleles hypothèses d’Ellis ont été particulièrement utiles pour aborder la colère, l’anxiété, les frustrations, la phobie sociale, la timidité et les dysfonctions sexuelles.

L’impact de la thérapie comportementale émotivo-rationnelle a influencé un grand nombre de théories cognitivo-comportementales comme la thérapie du comportement rationnel de Maxie Clarence Maultsby, Jr., la thérapie multimodale d’Arnold A. Lazarus et la thérapie cognitive d’Aaron T. Beck.

Si vous voulez en savoir un peu plus sur ces croyances irrationnelles, vous pouvez consulter l’article que nous avons écrit quelque temps à leur propos.